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AGRICULTURE

La réduction des superficies de céréales irriguées décryptée par des experts

Stratégiques, les superficies de céréales irriguées ont drastiquement diminué cette année à cause du manque d’eau. Cette baisse impacte la multiplication de semences destinées à la prochaine campagne agricole d'automne 2023-24.

La réduction des superficies de céréales irriguées décryptée par des experts
Chady Chaabi
Le 8 janvier 2023 à 9h42 | Modifié 8 janvier 2023 à 9h42

Les superficies de céréales irriguées ont une importance capitale dans l'écosystème de la filière céréalière. Cependant, elles ont été extrêmement réduites cette année. Lors de la session des questions orales à la Chambre des conseillers, le lundi 14 novembre, Mohammed Sadiki, ministre de l’Agriculture, avait mis l’accent sur la pénurie d’eau pour expliquer la réduction des superficies agricoles irriguées. 

Le département de l’Agriculture avait en effet décidé de réduire la dotation à l’irrigation à partir des barrages agricoles pour privilégier l'eau potable. La superficie irriguée a donc été logiquement impactée par cette diminution de la dotation agricole. “La superficie irriguée au niveau national atteindra 417.000 hectares sur environ 1,6 million irrigués en temps normal”, a indiqué M. Sadiki. 

La majeure partie de cette superficie irriguée, soit un peu plus de 300.000 hectares, selon nos informations, est réservée cette année aux céréales (blé dur, blé tendre, orge). Pour chaque hectare, l’apport en irrigation est compris entre 3.000 et 6.000 m3/ha, selon les variétés. 

Au total, il faut donc entre 900 millions de m3 et 1,8 milliard de m3 pour en assurer l’irrigation. L'équivalent de 20% à 30% des réserves actuelles (5 MMm3) que compte l’ensemble des barrages du Royaume. Les céréales sont l’un des produits alimentaires les plus consommateurs d’eau (5e) et le premier produit alimentaire végétal après les aliments d'origine animale, selon l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). 

Une irrigation d'appoint

En l'état, les superficies de céréales irriguées ne sont pas uniquement dépendantes de l'irrigation appliquée d’appoint ou de complément. "Elles sont également soutenues par les précipitations”, nuance un acteur du secteur agricole, joint par Médias24.

“Le terme superficie irriguée est une distinction entre les zones où il y a possibilité de faire l’irrigation d’appoint, où les ressources en eau sont disponibles, et les zones radicalement bour, où la possibilité d’irrigation de complément est impossible”, poursuit-il. 

Concrètement, l’irrigation d’appoint n’est effectuée qu’en cas d'extrême nécessité, notamment en cas de pluviométrie déficitaire. “Ce ne sont pas des irrigations quotidiennes, mais plutôt épisodiques, de l'ordre de 10 à 25 mm, notamment lors de la levée pour que la plante émerge du sol, en attendant les précipitations", explique Driss Mghabar.

Le responsable des céréales à pailles et cultures industrielles à la Direction de contrôle des semences et des plants (DCSP), relevant de la Direction de la protection du patrimoine animal et végétal (DPPAV) de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA), ajoute que ces irrigations complémentaires sont également utilisées "lors des phases de floraison et de remplissage de l’épi". 

Les céréales irriguées sont déterminantes dans la multiplication des semences

Les superficies de céréales en irrigué ont une importance stratégique, car elles permettent "d’assurer une production minimale même en cas de sécheresse et des semences sélectionnées pour la campagne suivante", indique Abdelmoumen Guennouni, ingénieur agronome.

“Il y a plusieurs années, le gouvernement avait proposé aux agriculteurs d'installer des bassins et des systèmes d'irrigation d'appoint. Nombreux sont ceux qui les ont installés et utilisés quand il ne pleuvait pas. C'était surtout le cas des multiplicateurs de semences”, ajoute-t-il.  

“Les superficies irriguées de céréales sont une bonne initiative qui garantit la disponibilité et la multiplication des semences lors des années arides” corrobore Driss Mghabar. "En particulier afin d'assurer la multiplication des semences des variétés de la catégorie G1 (première génération). Une catégorie pure à 99.9%” complète-t-il. 

Si les rendements céréaliers sont passés de 12 à 17 quintaux, résultant sur appréciation de la production de 25% et débouchant sur une évolution de la production de 64 millions de quintaux (entre 2003 et 2007) à 80 millions de quintaux (entre 2015 et 2019), c'est justement grâce à l'utilisation des variétés performantes inscrites dans le catalogue officiel de l’ONSSA.

Les dix dernières années, l’Institut national de recherche agronomique (INRA) a effectivement créé des variétés résistantes à la sécheresse, avec un cycle court. “Au lieu d'être semées en octobre et récoltées en juillet, elles peuvent l'être vers fin novembre, pour une récolte au mois de mai”, avance M. Mghabar.

Ces semences sont donc issues des superficies irriguées, qui participent grandement à la bonne marche des campagnes de céréales d'automne, en dépit du stress hydrique subi par le pays. Sans elles, il n’aurait sans doutes pas été possible d’atteindre un rendement de 30 à 40 millions de quintaux lors des années sèches.

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Chady Chaabi
Le 8 janvier 2023 à 9h42

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