Récit. Comment le feu de forêt du Jbel Kharbouch a été maîtrisé
EXCLUSIF. D'origine criminelle, un feu de forêt s'est déclenché sur les pentes abruptes de la forêt du Jbel Kharbouch, dans la province de Chaouen. D'importants moyens ont été mis en œuvre pour circonscrire les flammes au milieu d'une végétation dense. Médias24 se trouvait sur les lieux. Récit d'une opération périlleuse.
D'habitude, la forêt du Jbel Kharbouch est un petit paradis sur terre. Dans la nuit du mercredi 26 juillet, ce lieu de toute beauté s'est transformé en enfer. En cause, un feu d'origine criminelle ayant détruit plus de 100 hectares de pins, chêne vert et autres essences secondaires. Au fond, ce n'est pas vraiment une surprise, tant la province de Chaouen est tristement sujette aux incendies de forêt.
L'addition aurait été plus lourde sans l'intervention éclair des équipes de l'Agence nationale des eaux et forêts (ANEF), en coordination avec les éléments de la protection civile de la gendarmerie, sans oublier la population locale qui a été d'un grand secours. Des moyens humains appuyés par des Canadair et les données fournies à distance par les équipes du Centre national de gestion des risques climatiques forestiers, depuis Rabat.
Un feu maîtrisé à 75%
À notre arrivée sur les lieux, le jeudi 27 juillet en fin de matinée, la situation était stable, "nous sommes dans la phase finale de maîtrise du feu", assure Mohamed Hakam, directeur provincial de l'ANEF. "Actuellement il y a trois équipes qui interviennent au niveau de trois points pour stabiliser la situation", a-t-il ajouté, avant qu'une fumée noir n'émane d'essence secondaire, à une dizaine de mètres de nous.
Quelques secondes après l'apparition d'une fumée noire, des pins centenaires étaient la proie des flammes. Alors que les arbres crépitaient, des cendres ont voltigé dans le ciel, rendant l'air irrespirable.
Deux équipes, composées de cinq agents chacune, ont encerclé ce nouveau foyer et se sont lancées dans une opération périlleuse, soutenues par deux véhicules de première intervention (VPI). Ces derniers sont décisifs car ils ont la capacité de fournir une source d'eau et le matériel nécessaire au plus près du foyer, d'autant que le relief est escarpé et certains endroits difficiles d'accès.

Les cinq agents qui composent la première équipe se sont répartis les tâches. Celui qui porte la lance à incendie est secondé par trois autres agents dont l'objectif est d'éviter que le tuyau de 20 m qui achemine l'eau ne se coince dans la végétation.
Le dernier agent tente d'éteindre les braises. Le plus souvent, il s'agit de branches de pin tombées au sol et qui sont susceptibles de raviver les flammes. Surtout si le vent s'en mêle. Pour le moment, seule une brise légère rafraîchit l'atmosphère. Les éléments dirigés par le coordinateur provincial de l'ANEF sont venus à bout du foyer, avant qu'un deuxième ne se déclare quelques mètres plus loin.
Pendant ce temps, d'autres agents se mobilisent sur le versant sud du Jbel Kharbouch, en prise depuis la veille avec un important foyer. C'est l'un des deux plus grands sites actifs. L'intervention est particulièrement risquée en raison de la topographie des lieux.

"D'autant que le vent y souffle beaucoup plus fort", explique Mohamed Hakam. Mais il se montre vite rassurant car "plus de 75% du feu a été maîtrisé". En d'autres termes, plus que quelques heures avant que toutes les personnes engagées dans cette course contre la montre ne relâchent une pression décrite comme intense, qui dure depuis plus de 24 heures.
Un incendie d'origine criminelle
Tout a commencé dans la nuit du mardi 25 au mercredi 26 juillet. Des guetteurs locaux ont signalé un départ du feu à 1h30 du matin. La première intervention a été lancée vingt minutes plus tard, grâce à la proximité des agents de ce site à risque, notamment le responsable local relevant de l'ANEF. Rapidement, plusieurs autres foyers se sont déclarés à un kilomètre de distance.
"C’est un acte criminel. Une personne a été arrêtée par les autorités compétentes. Elle a allumé plusieurs feux en descendant des pentes escarpées en pleine nuit", révèle Mohamed Hakam. Entre 2 et 6 heures du matin, trois sites actifs ont été maîtrisés par les agents locaux, malgré la difficulté de progresser dans le noir, en pleine montagne. Une véritable prouesse.
Au moment de l’intervention de l’équipe provinciale à l'aube, deux sites étaient encore actifs. En arrivant sur les lieux, un travail de prospection a d'abord été opéré par le directeur provincial de l'ANEF et d'autres responsables en vue de déterminer et hiérarchiser les différents sites d’intervention. "Puis nous avons affecté chaque équipe à un site en lançant les opérations terrestres", indique Mohamed Hakam.
Plus de 300 agents ont été mobilisés, dont des éléments de l'ANEF (52), la Protection civile (15), les Forces auxiliaires (85), des jeunes relevant du programme Awrach (30), les autorités locales (10), la Gendarmerie royale (3) ainsi que la population locale (30).
30 largages par Canadair
Vers le coup de midi, un nouveau point sur la situation a été fait. Devant l'incapacité des équipes à progresser à cause de la hauteur des flammes, il a été décidé de lancer la procédure pour faire appel au Canadair. "Nous avons demandé un soutien aérien pour plusieurs raisons. D'abord à cause de la topographie des sites qui les rendent difficiles d’accès. De plus, le vent commençait à se lever et la végétation était dense", explique Mohamed Hakam.
Ainsi, pour éviter une aggravation de la situation, le mercredi 26 juillet en début d'après-midi, six Canadair ont effectué 30 largages, en suivant une rotation composée de deux Canadair. Le travail aérien et celui effectué sur le terrain sont complémentaires, et ils ont tous les deux été décisifs dans la circonscription du feu.
"Les Canadair sont utiles sur un terrain accidenté comme celui-là. Ils font baisser l'intensité des flammes pour permettre aux agents sur le terrain de progresser et d'éteindre le feu", détaille notre interlocuteur. De surcroît, "nous sommes constamment en liaison avec le Centre national de gestion des risques climatiques forestiers qui nous permet d'être plus précis et efficace dans nos interventions, en nous informant sur le profil topographique du site notamment et les données météorologiques."
En usant de technologies modernes, le Centre national de gestion des risques climatiques forestiers permet d'assurer le suivi en temps réel des incendies, de guider et de protéger les équipes d'intervention, mais aussi de prédire les feux de forêt. Il n'en faut pas moins pour venir à bout d'un feu qui résistait encore au moment de notre départ.

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