Round up. Tout savoir sur la hausse du SMAG
L’augmentation du SMAG, prévue en septembre, et son alignement sur le SMIG par paliers d’ici à 2028 constituent une avancée majeure dans un pays où le secteur agricole tient une place prépondérante sur le marché de l’emploi.
Dans le cadre du dialogue social, un accord a été signé le samedi 30 avril 2022 entre le gouvernement, la CGEM et les centrales syndicales les plus représentatives. Cet accord prévoit une mesure historique : l'alignement du salaire minimum du secteur agricole sur celui des autres secteurs économiques. Ainsi, une première hausse du SMAG de 10% a été appliquée en 2022 quand le SMIG, lui, a augmenté de 5% à la même date.
Toujours selon ce même accord, une nouvelle hausse doit s'appliquer au cours de ce mois de septembre 2023. Elle entrera en vigueur quand le gouvernement publiera le décret y afférent. Le SMIG augmentera de 5% pour atteindre 3.111 DH.
Le SMAG augmentera également de 5%. Calculé sur la base d'un tarif journalier, le SMAG évolue comme suit :
- avant augmentation 2022 : 76,70 DH/jour ;
- 1er septembre 2022, après augmentation de 10% : 84,37 DH/jour ;
- septembre 2023 (après augmentation 5% ) : 88,58 DH/jour.
Sur la base d'un nombre théorique de 26 jours travaillés par mois, le salaire mensuel des travailleurs agricoles sera, dès publication du décret de cette année, de 2.303 DH contre 1.994 DH avant septembre 2022.
Après ces deux augmentations, un gap entre les deux salaires minimums persistera. Une différence de 800 DH qui sera comblée par des augmentations annuelles progressives du SMAG jusqu'en 2028 pour l'arrimer avec un salaire mensuel de 3.111 DH.
Plus d'un million de bénéficiaires
Cette décision, qui doit être officialisée au cours de ce mois de septembre avec la publication du décret d’application au Bulletin officiel, constitue une avancée majeure au Maroc, un pays où le secteur agricole a une place prépondérante sur le marché de l’emploi.
Le secteur agricole au sens large représente 19% du PIB national, réparti entre l’agriculture (15%) et l’agro-industrie (4%), selon les chiffres du haut-commissariat au Plan (HCP).
Dans son rapport sur le paysage de l'emploi au Maroc, le HCP explique que le secteur agricole emploie plus de 4 millions de personnes, dont environ 100.000 dans l’agro-industrie.
Le relèvement du SMAG va sans doute marquer un tournant dans l’évolution du secteur agricole, et plus généralement du monde rural, mais ne touchera malheureusement pas toute la population qui y travaille, car la structure de l'emploi dans ce secteur est complexe.
Entre l'emploi non rémunéré, l'auto-emploi ou encore le travail saisonnier, le nombre de travailleurs concernés par la révision du SMAG ne représente que le quart des emplois du secteur.
Au total, ce sont un peu plus d’un million de travailleurs agricoles déclarés à la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) qui profiteront de la revalorisation du salaire agricole minimum. Les agriculteurs concernés se répartissent entre :
- les salariés agricoles déclarés : 358.000 ;
- les travailleurs non salariés (TNS) : 747.000.
À noter que les travailleurs non salariés (TNS) sont des travailleurs individuels indépendants déclarés en tant que tel au ministère de l'Agriculture. Les autres sont les employés des entreprises agricoles.
Un secteur où l'informel est omniprésent
Certes, la hausse ne concerne qu'une part des emplois agricoles, mais c'est une part non négligeable. Et il s'agit d'un effort louable dans le contexte économique pour le moins difficile que traverse le secteur agricole, essentiellement en raison de la sécheresse et de la cherté des intrants.
Avec la hausse prévue en cette année 2023, en deux ans, le salaire minimum aura augmenté de 15%, soit 308 DH/mois (11,88 DH x 26 jours/augmentation brute). C'est un effort financier théorique de plus de 330 MDH mensuellement, selon un calcul sommaire, à supposer que cette revalorisation soit totalement appliquée, sans sous-déclaration ni fraude, sur l'ensemble des 1,1 million d'employés concernés.
Si l'on exclut les travailleurs non salariés du calcul, c'est un effort financier de 110 MDH/mois réalisé par les entreprises agricoles.
Ces revenus supplémentaires déjà consentis ou à venir permettront d'améliorer les conditions des travailleurs du monde agricole. L'esprit même de l'alignement du SMIG et du SMAG a pour objectif de prévenir la tentation que pourraient avoir les travailleurs du monde rural à délaisser ce dernier en quête d'un meilleur revenu en ville et, par ricochet, de réduire l’exode rural.
L'objectif à terme est d'atteindre un salaire minimum de 3.000 DH et que cela profite au plus grand nombre de travailleurs.
Mais encore faut-il que tout cela ne soit pas freiné par une réalité sectorielle complexe marquée, comme expliqué plus haut, par le travail saisonnier désorganisé et la sous-déclaration, fléau national qui touche tous les secteurs.
Il faut verrouiller les mécanismes qui permettront de s’assurer que les employeurs déclarent l’ensemble de leurs salariés.
D’après l’article 361 du Code du travail, sont punis d'une amende de 300 à 500 DH : le défaut de paiement du salaire ou le paiement d'un salaire inférieur au salaire minimum légal. L'amende est appliquée autant de fois qu'il y a de salariés à l'égard desquels les dispositions des articles précédents n'ont pas été observées, sans toutefois que le total des amendes ne dépasse le montant de 20.000 DH.
De surcroît, en cas de litige, si le paiement des sommes dues n'a pas été effectué avant l'audience, le tribunal ordonne, à la demande du salarié concerné, la restitution au profit de ce dernier des sommes représentatives du salaire minimum légal, qui ont été, en totalité ou en partie, indûment retenues. En cas de récidive, cette amende est portée au double.
à lire aussi
Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.
Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.
Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.
Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.
Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.
Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.