Hydrogène vert : Driss Benhima décortique les défis de “l’offre Maroc”
Le premier jour de la 3e édition du World Power-to-X Summit, qui se tient du 19 au 20 septembre à Marrakech, a été marqué par des échanges sur le potentiel et les opportunités du Maroc pour devenir un producteur et exportateur de premier plan d’hydrogène vert.
Présenté par les organisateurs de l’évènement international − qui a réuni 1.000 participants et 170 experts intervenants − comme un expert en énergie durable, Driss Benhima, qui est aussi ingénieur de formation et a occupé plusieurs postes de responsabilité dans les secteurs public et privé (ministre, directeur général de l’ONEE, wali, PDG de la RAM, etc.), désormais reconverti dans le domaine du conseil, a développé au micro de Médias24 une analyse originale, tout en indiquant des points de vigilance sur l’essor des énergies renouvelables (EnR), censées affranchir le Royaume de son niveau élevé de dépendance énergétique, supérieur à 90%.
La création d’emplois, une variable cruciale pour Benhima
Benhima est formel : les stations de production d’EnR-capitalistiques en termes d’investissement, notamment les champs de production d’éolien modernes, ne créent pas beaucoup d’emplois. Il en est de même pour les champs photovoltaïques qui ne génèrent pas suffisamment de postes de travail directs.
Dans le même ordre d’idées, notre interlocuteur indique également que l’offre du Maroc portant sur l’hydrogène vert, pour sa composante relative aux unités (dessalement, production d’hydrogène, électrolyse de l’eau), ne créera pas beaucoup d’emplois.
"Il faut veiller à ce que tout le dispositif d’à côté, générateur d’emplois, soit créé au Maroc. Notre pays ne doit pas être un endroit où l’on exporte les machines pour se servir du soleil et du vent afin de produire une énergie propre exportée à l’étranger", alerte en substance l’expert en énergie durable.
Cela dit, Driss Benhima salue la prise de conscience des autorités, notamment celle de la ministre de tutelle Leila Benali, consciente de l’impératif de développer localement toute la chaîne de valeur industrielle de l’hydrogène vert. Ce qui implique, entre autres, le prompt développement de la capacité du Maroc à fabriquer les composants nécessaires à la construction d’unités de production d’hydrogène vert. Autre priorité selon l’ancien ministre : le développement du capital humain par la formation en la matière.
En résumé, l’enjeu pour le Maroc n’est pas seulement de produire de l’EnR, de l’hydrogène et de l’ammoniac verts ou d’avoir des unités de dessalement, mais de se positionner sur l’ensemble de la chaîne de valeur de ces activités.
À ce titre, Benhima cite l’exemple du secteur automobile, un domaine dans lequel le Royaume compte porter son taux d’intégration à 80% (contre 64% actuellement).
Le défi de la création d’une "nouvelle économie"
Concernant l’offre du Maroc relative à l’hydrogène vert − offre que le Souverain a demandé au gouvernement de mettre en œuvre −, l’ancien directeur général de l’ONEE explique : il ne s’agira pas simplement pour le gouvernement de valider les projets et d’allouer le foncier, mais aussi d’avoir un mécanisme de validation qui mesure l’impact des projets en matière de chaîne de valeur créée au Maroc.
En d’autres termes, le véritable défi de l’offre du Maroc portant sur l’hydrogène vert a trait à la création d’une nouvelle économie, génératrice d’emplois et de valeur ajoutée, centrée sur les EnR et les technologies. Ce qui, selon lui, fera du Maroc un centre industriel international en la matière.
En ce qui concerne la mobilisation des investissements nécessaires pour le développement de la production d’hydrogène vert, notre interlocuteur se montre rassurant, soulignant que le financement ne sera pas problématique du fait du niveau de compétitivité du Royaume en termes de prix de production d’énergie solaire et éolienne.
Pour rappel, il est indiqué dans la feuille de route de l’hydrogène vert que le développement de l’industrie de l’hydrogène vert au Maroc nécessiterait un investissement total, dans le scénario optimiste, de 140 MMDH jusqu’à 1.000 MMDH entre 2020 et 2050. Et ce, pour répondre aux potentiels de la demande à l’horizon 2050.
En définitive, si plusieurs experts souscrivent à l’idée que le Maroc doit commencer par de petits projets en matière d’hydrogène vert dans une première phase, l’ancien ministre n’est pas convaincu que le Royaume ne puisse pas démarrer avec la réalisation de grands projets.
"La gestion du Covid-19 et du séisme du Haouz, ainsi que le projet de Tanger-Med, ont démontré que le Maroc a des capacités stratégiques sur les plans économique, administratif et sur le front de l’organisation de l’Etat. Ce qui laisse penser que les grands projets d’hydrogène vert peuvent réussir", conclut-il.
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