Le Maroc se prépare à des importations massives de blé, les cours internationaux à la baisse
La campagne céréalière de cette année sera très faible. Des acteurs du secteur s’accordent même à dire qu’il s’agit de l'une des pires campagnes jamais vues depuis les années 1980. Les importations seront donc massives pour répondre au besoin national et constituer le stock stratégique.
"La campagne céréalière de cette année est l’une des pires que l’on ait jamais vues depuis 1981", estime Moulay Abdelkader Alaoui, président de la Fédération nationale des minotiers (FNM).
Les prévisions de récoltes annoncées récemment par Bank Al-Maghrib sont de 25 millions de quintaux pour les quatre principales céréales ; ce qui implique un recours massif aux importations pour répondre au besoin national dans différents domaines.
Le 19 mars dernier, dans son communiqué traditionnel à l’issue de son conseil, Bank Al-Maghrib a annoncé la première prévision de récolte céréalière pour l'année en cours : 25 millions de quintaux contre 55,1 Mq en 2023. Si ce niveau se confirme, il s’agira de l’une des pires récoltes de l’époque moderne. Les deux plus faibles récoltes atteignaient 24 millions et 18 millions de quintaux, après l’Indépendance.
Ce faible niveau de récolte s’explique principalement par les conditions climatiques défavorables. Les faibles précipitations réparties inégalement sur les plans territorial et temporel ont ainsi affecté la superficie emblavée des céréales, qui se situerait, selon la Banque centrale, autour de 2,5 millions d’hectares, contre près de 3,7 millions une année auparavant.
Vers l'importation de 100 Mq de céréales, dont près de 60 Mq de blé dur et de blé tendre
Cette situation, comme nous l’a confirmé Moulay Abdelkader Alaoui, nécessitera des importations massives en blé tendre, blé dur, orge et en maïs.
"L’année dernière, on était déjà à 88 Mq d’importation. Cette année, nous serons sur le même niveau si ce n’est plus. On pourrait aller jusqu’à 100 Mq d’importation entre les quatre principales céréales, pour faire face aux besoins de l’élevage notamment, surtout pour ce qui est du maïs et de l'orge", nous explique notre interlocuteur.
"Pour le blé dur et le blé tendre, l’importation pour cette année est estimée, à l’instar des années précédentes, à 60 Mq au minimum".
"C’est pratiquement le même niveau que les trois dernières campagnes. On n’échappera donc pas à la règle cette année encore", poursuit Moulay Abdelkader Alaoui.
Et d'ajouter : "Heureusement que les cours mondiaux sont à la baisse, et que la restitution tourne autour de 1,50 DH à présent. Celle-ci va même passer à 0 DH à partir du mois prochain. Donc l’Etat ne supportera plus le différentiel qui existait auparavant".
3 millions de quintaux sécurisés
Qu’en est-il du stock stratégique que l’Etat devait constituer pour parer à d’éventuels imprévus ? "Le stock stratégique devait être constitué à partir de la récolte nationale", nous indique Moulay Abdelkader Alaoui. "C’est aussi un levier d’encouragement pour les producteurs, afin de leur assurer un prix rémunérateur". Ce stock n’a pas pu être sécurisé plus tôt en raison des conditions climatiques. Plus de 95% du blé tendre au Maroc est issu de l’importation.
"Pour le constituer à partir de l’importation, c’est désormais facile", ajoute notre source. C’est même le moment opportun.
"L’Office nationale interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL) a d’ailleurs récemment lancé un marché pour la constitution d’un stock de sécurité de 10 Mq. Il s’agit d’un stock minimal de trois mois, primable à 2,50 DH par quintal, et par quinzaine".
En effet, l’ONICL enchaîne les opérations visant la constitution d’un stock stratégique de blé tendre. La dernière en date remonte à début février, dans l'objectif de sécuriser 10 Mq pour trois mois. Cette opération a été favorisée par la baisse des cours au niveau international. Ce stock devrait être sécurisé du 1er février au 30 avril 2024, avec une prime de stockage fixée à 2,50 DH par quintal.
"Jusqu’à présent, un stock de près de 3 Mq a déjà été sécurisé. Le reste viendra à partir du mois de mars, jusqu’à fin avril. À fin avril, nous aurions probablement stocké les 10 Mq" demandés par l’Office.
Quel impact sur le Trésor ?
La faible récolte de cette année n’est-elle pas une bonne affaire pour le Trésor, étant donné que les subventions à la production intérieure sont réduites ? "Non", nous répond Moulay Abdelkader Alaoui. "Ce n’est pas une bonne affaire, parce que de toutes les manières, même si les subventions aux importateurs sont à zéro DH, ce sont des devises qui sortent, ce qui crée un déséquilibre au niveau des balances commerciale et des paiements".
Ces subventions finiront toutefois par sortir d’une autre manière. C’est juste le timing qui a été décalé. "Le milieu rural aura besoin du soutien de l’Etat pour tout ce qui est orge et aliments composés notamment. Rien ne remplace une bonne campagne".
"Lorsque la campagne est mauvaise, les subventions sont certes moindres que les années précédentes", au vu de la baisse de la production, "mais l’Etat mettra toujours la main à la poche pour subventionner l’élevage et l’alimentation du cheptel, entre autres, dans le milieu rural", conclut notre interlocuteur.
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