- Pensez-vous que l’équipe nationale olympique a des chances d’atteindre le podium dans le tournoi de football ?
- En intégrant des joueurs de l’équipe nationale A, cette équipe possède le potentiel pour remporter une médaille olympique. D'autant plus qu'elle s’est qualifiée en remportant la CAN U23. Il est également important de souligner que, lors de la Coupe du monde 2022, le Maroc était dans un groupe très compétitif (Belgique, Croatie, Canada) et pourtant, il a atteint les demi-finales. L’équipe nationale olympique peut capitaliser sur cet élan d’enthousiasme généré par la performance de l’équipe A.
- Excepté le football masculin, les sports collectifs marocains sont les grands absents de ces JO...
- L'équipe marocaine de beach volley s'est également qualifiée, mais ce sont des doublettes. Pour les autres sports collectifs, comme le handball, le basketball et le volleyball, il reste encore beaucoup de travail à faire. Il est essentiel de consolider une domination sur le continent afin de s'affirmer et de progresser sur le plan mental et collectif au niveau mondial.
- Comment expliquer l'absence de représentation du tennis marocain, malgré de bons résultats sur le plan continental ?
- Le tennis est un cas particulier. Le Maroc domine la discipline en Afrique depuis cinq ans. Cependant, les jeunes talents marocains, une fois atteint l'âge de 17 ou 18 ans, partent souvent aux États-Unis après avoir obtenu leur baccalauréat. Les universités américaines attirent fortement les sportifs de haut niveau, notamment les joueurs de tennis, en leur offrant des bourses d'études et des opportunités sportives. Ces jeunes signent alors des contrats avec les universités et perdent souvent la possibilité de représenter le Maroc.
Actuellement, la Fédération royale marocaine de tennis travaille en collaboration avec les universités américaines pour établir des partenariats qui permettraient à ces jeunes de continuer à jouer sous les couleurs du Maroc tout en poursuivant leurs études aux États-Unis.
Le départ des jeunes talents vers les États-Unis s'explique non seulement par la garantie d'un avenir professionnel, mais aussi par l'absence d'un aménagement universitaire adapté pour les sportifs de haut niveau au Maroc. Ce problème n'est pas spécifique au tennis, mais concerne d'autres disciplines également.
Ces jeunes talents signent des contrats avec les universités américaines et perdent souvent la possibilité de représenter le Maroc
- Qu’entendez-vous par là ?
- Certains judokas marocains âgés de 17 et 18 ans dominent leurs catégories au niveau continental et s’imposent même à l’échelle mondiale. Cependant, une fois à l’université, ils doivent faire un choix difficile entre les études et le sport. Un sportif de haut niveau ne peut pas jongler avec huit heures d’études et six heures d'entraînement par jour. C’est tout simplement impossible. Prenons l'exemple de Khaoula Ouhmad, vice-championne du monde de karaté à seulement 20 ans.
À son retour au Maroc, le directeur de l’institut où elle étudiait l’a exclue, arguant qu’elle s’était absentée plus de dix jours. Pourtant, elle avait prévenu l’établissement et fourni les justificatifs nécessaires. Seule l’intervention du ministère de tutelle lui a permis de reprendre ses cours. En outre, de nombreux parents, une fois que leurs enfants ont obtenu leur baccalauréat, les encouragent à se concentrer exclusivement sur leurs études.
Malheureusement, cela a conduit à la perte de plusieurs athlètes de haut niveau, parfois des champions du monde ou olympiques potentiels dans divers sports. Il est crucial de trouver une solution pérenne à cette problématique. Elle est entre les mains des universités marocaines, qui doivent adapter les emplois du temps pour soutenir les étudiants-athlètes.
- Lors des précédents Jeux olympiques, plusieurs athlètes marocains ont éprouvé des difficultés sur le plan mental. Comment les aidez-vous à gérer la pression inhérente aux JO ?
- Nous avons effectivement observé à plusieurs reprises que la pression des Jeux olympiques peut entraver les performances des athlètes marocains. C'est pourquoi, depuis 2019, nous avons organisé des formations pour les directeurs techniques nationaux (DTN) et les entraîneurs afin de renforcer le soutien psychologique aux sportifs.
Certains entraîneurs et DTN ont accueilli favorablement cette initiative, tandis que d'autres restent sceptiques. Ces derniers tentent parfois de cumuler plusieurs rôles, comme celui d'entraîneur, de préparateur physique et même de soigneur, ce qui est une erreur.
- Quelle stratégie avez-vous mise en place pour remédier à cette problématique ?
- Nous avons opté pour la mise à disposition de préparateurs mentaux pour les soixante sportifs faisant partie du programme olympique. Tous ont accepté cette proposition, exprimant un réel intérêt pour un accompagnement mental.
Nous avons laissé le choix aux sportifs de sélectionner leur propre préparateur mental, dont le CNOM a évalué préalablement le parcours, les formations et les compétences. Alternativement, le CNOM a également proposé un préparateur mental répondant à tous les critères requis et supervisé par le Comité olympique. Tous les athlètes ont choisi de travailler avec le préparateur mental du CNOM.
Nous avons donc organisé des rencontres entre les préparateurs mentaux et les sportifs. En cas d'indisponibilité des sportifs, des séances par visioconférence ont été programmées. Cependant, seulement 15% des soixante sportifs ayant manifesté un intérêt ont été réguliers et sérieux dans ce suivi mental.

- Comment expliquez-vous ce changement d'attitude ?
- Nous avons observé que les sportifs marocains, vivant au Maroc, sont moins enclins et parfois réticents à recevoir un accompagnement mental. En revanche, ceux qui évoluent à l'étranger semblent plus ouverts à cette idée. Cela relève de l'environnement et de l'éducation.
Pour beaucoup de nos sportifs marocains, le recours à des séances de préparation mentale est perçu comme une marque de faiblesse, ce qui explique leur réticence. Ils craignent également que le préparateur mental empiète sur leur vie privée, une crainte souvent infondée. Nous tentons de les rassurer en leur expliquant que ces séances sont strictement confidentielles et constituent un pilier de la performance.
- Enfin, la piste d'athlétisme des Jeux olympiques sera d'une couleur violette. Craignez-vous que cela perturbe les athlètes en termes de repères ?
- Il est difficile de répondre précisément à cette question. Toutefois, il est important de noter que la plupart des athlètes ont déjà eu l'occasion de courir sur des pistes de différentes couleurs, y compris des pistes bleues. Quant à la piste des JO de Paris, elle a été conçue avec un matériau qui offre une meilleure protection pour les genoux et les chevilles des athlètes.

