Open Sky et concurrence : l'amer diagnostic de Abdelhamid Addou (RAM)
Abdelhamid Addou, PDG de Royal Air Maroc, dénonce les effets pervers des accords de l'Open Sky et appelle à leur révision pour une concurrence plus équitable et pour protéger la compagnie nationale.
La compagnie Royal Air Maroc, pénalisée par l'accord de l'Open Sky (ciel ouvert) entre le Royaume et l'Union européenne ? Abdelhamid Addou pense que oui. Le patron de la compagnie nationale plaide pour une révision de cet accord en vigueur depuis 2005.
"En termes de régulation, il serait temps de revoir l'approche de l'Open Sky pour en faire un outil qui préserve la concurrence", a lancé le PDG de RAM. Il s'exprimait ce mercredi à Marrakech, lors d'une conférence internationale organisée par le Conseil de la concurrence sur le thème "Neutralité, concurrence et accès au marché".
"L'Open Sky est une décision prise par l'État qui, en son temps, a été une décision extrêmement judicieuse puisqu'elle a ouvert le champ à une multitude de compagnies aériennes qui viennent dans notre pays", a-t-il déclaré, reconnaissant d'abord que cette ouverture a été bénéfique pour le développement du tourisme et de l’aviation au Maroc.
Je pense que nous sommes l'entreprise publique qui a le plus de concurrents dans notre pays, une quarantaine
Cependant, le PDG de RAM a rapidement souligné les dérives de cette ouverture. "Je pense que nous sommes l'entreprise publique qui a le plus de concurrents dans notre pays, une quarantaine de compagnies aériennes concurrentes. Il n'y a aucun autre secteur d'activité qui a ouvert de cette manière la concurrence", a-t-il précisé. D'autant que cette concurrence "a été stimulée par différentes aides, qui font qu'aujourd'hui, cela commence à porter préjudice à tout développement que nous [RAM] souhaitons faire".
Un traitement asymétrique avec l'Europe
Abdelhamid Addou a également mis en lumière l’asymétrie des accords de l'Open Sky lorsqu'il s'agit, pour sa compagnie, d’accéder aux marchés européens. "Quand nous essayons d'ouvrir de nouvelles lignes en Europe, c’est beaucoup plus compliqué. On parle d’'Open Skies and Closed Airports'", a-t-il déploré, en référence à la difficulté pour les compagnies aériennes du Sud, comme RAM, d’obtenir des créneaux horaires (slots) dans les aéroports européens.
Le PDG de RAM décrit une politique déséquilibrée, où les compagnies européennes bénéficient d’un accès privilégié aux marchés africains et marocains, tandis que les compagnies marocaines font face à de nombreuses restrictions en Europe. "Après, il y a une multitude de raisons et de raisonnements : des fois, c'est la mise en ordre, la pollution atmosphérique. Il paraît que nos avions font plus de bruit que les avions des pays du Nord, même s'ils viennent des mêmes constructeurs ! Certains directeurs d'aéroport se lèvent du mauvais pied certains matins et ne donnent pas les autorisations de trafic à des compagnies comme les nôtres".
Il paraît que nos avions font plus de bruit que les avions des pays du Nord, même s'ils viennent des mêmes constructeurs !
"Mais toute plaisanterie mise à part, ça commence à peser lourd [...] J'estime que nous sommes dans un exercice à géométrie variable, et il serait temps qu'on respecte un peu plus les entreprises du Sud et que, quand on parle de concurrence, ce soit une concurrence réelle et humaine".
S'il ne conteste pas l'utilité des accords de l'Open Sky, puisqu'ils ont permis de stimuler les arrivées touristiques au Maroc, Abdelhamid Addou estime que le Maroc aurait eu intérêt à mieux "monitorer" la question. "Certains pays le font aujourd'hui. Ils sont en train de négocier des accords d'Open Sky avec l'Union européenne, comme la Tunisie ou l'Egypte, de manière à préserver la compagnie nationale qui a un rôle, n'oublions pas, un rôle majeur", conclut le PDG de RAM.
À découvrir
à lire aussi
Article : Le Roi Mohammed VI s'est réuni à Rabat avec Cheikh Mohammed Ben Zayed Al-Nahyane
Le Roi Mohammed VI et Cheikh Mohammed Ben Zayed Al-Nahyane se sont rencontrés à Rabat dans le cadre de la visite privée que le Président de l’État des Émirats arabes unis effectue au Maroc. Les questions et défis que connaît la scène internationale, en particulier ceux qui concernent les États du Golfe et du Moyen-Orient, étaient au cœur de la rencontre.
Article : Préparation CDM 2026. Le Maroc s’impose sans peine face à Madagascar (4-0)
Les Lions de l’Atlas n’ont pas eu à forcer leur talent pour l’emporter face à des Malgaches limités, ce mardi 2 juin à Rabat, grâce notamment à un doublé d’Ismaïl Saibari. Les enseignements positifs ont été nombreux, mais le manque d’efficacité demeure un point noir en vue du Mondial 2026.
Article : Batteries : pourquoi le modèle industriel marocain inquiète-t-il Bruxelles
L’Union européenne durcit sa position face aux investissements chinois. Avec les projets chinois dans l’automobile électrique et les batteries, le Maroc se retrouve au cœur de cette nouvelle tension. Le précédent des jantes en aluminium montre que cette pression peut déjà se traduire par des droits commerciaux lourds. Le Royaume entend défendre ses intérêts. Des discussions sont en cours.
Article : Visa Fintech Day : le Maroc veut accélérer l’inclusion financière grâce à l’IA et aux paiements numériques
Rapprocher les services financiers des citoyens, soutenir les TPME et réduire les fractures d’accès… Le Maroc mise sur l’IA et la fintech pour accélérer sa transformation numérique.
Article : 1.700 passagers et 426 cabines : GNV baptise à Tanger son navire Aurora le plus moderne
Avec le baptême du GNV Aurora à Tanger, la compagnie maritime italienne GNV renforce son dispositif entre le Maroc, l'Espagne et l'Italie. Déployé à l'approche de l'Opération Marhaba 2026, ce ferry de nouvelle génération illustre les ambitions du groupe en matière de mobilité, de confort des passagers et de transition énergétique.
Article : Mines : ce que cachent les annonces de découvertes au Maroc
Le secteur minier marocain est en pleine effervescence. Mais entre l'effet d'annonce et la réserve prouvée, le chemin reste long et incertain. Décryptage d'un secteur où il faut savoir démêler le vrai du spéculatif.