Amnistie du cash non déclaré : pourquoi les chiffres qui circulent sont fantaisistes
L’amnistie fiscale sur les avoirs en numéraire non déclarés a suscité un débat animé, nourri par des chiffres qui circulent sur les réseaux sociaux et qui surestiment l’impact attendu. Entre hypothèses exagérées et réalité des mécanismes en place, voici un éclairage.
L’amnistie fiscale au Maroc suscite le buzz sur les montants susceptibles d’être régularisés et les revenus attendus pour l’État. Cette mesure, annoncée pour inciter les contribuables à déclarer leurs avoirs et leurs liquidités non conformes, soulève de nombreuses interrogations sur son impact réel, notamment au regard des hypothèses avancées dans l’espace public.
Pour bien situer les choses, il faut savoir que :
- le cash en circulation s'élève à environ 425 milliards de DH ;
- en cas de régularisation, la contribution libératoire s'élève à 5% du montant régularisé.
En d'autres termes, si la totalité du cash du pays était asséchée par cette opération, les caisses de l'Etat, via la DGI, percevraient "seulement" 21,25 MMDH (5% de 425 MMDH).
Les réseaux s'emballent, et certains confrères aussi : on parle de 20 MMDH qui vont atterrir dans les caisses de l'Etat. Ceci est évidemment impossible, car cela correspondrait à la régularisation de 400 MMDH, presque la totalité du cash en circulation.
Un exemple concret est donné : pour chaque 20 MMDH régularisés, l’État ne percevrait qu’un vingtième de ce montant, soit 1 MMDH. Ainsi, les chiffres de 20 à 40 MMDH évoqués comme recettes fiscales apparaissent largement exagérés.
L’amnistie fiscale ne vise pas tous les citoyens. Elle concerne principalement les personnes physiques détenant des avoirs ou du cash non déclaré, acquis par des voies non conformes aux règles fiscales.
Par exemple, un individu possédant 200.000 DH destinés à l’achat d’un logement économique ne sera pas concerné. L'opération ne concerne pas tout le cash, mais seulement celui non déclaré.
De plus, il est important de noter que cette régularisation ne se limite pas au cash à domicile. Elle inclut également les fonds déjà déposés dans les comptes bancaires, mais non déclarés à l’administration fiscale.
Démentir les idées reçues
Parmi les idées fausses qui circulent, l’image de files d’attente de personnes transportant des "valises de cash" pour les régulariser est jugée peu représentative. La régularisation se fait via des canaux formalisés et concerne des montants souvent déjà bancarisés.
Une autre confusion courante concerne les montants avancés dans certains échanges ou partagés sur les réseaux sociaux qui tendent à mélanger les liquidités disponibles avec d’autres formes de patrimoines non déclarés, ce qui conduit à une surestimation significative des chiffres. Cette confusion risque de fausser la perception de l’impact réel de l’amnistie fiscale et d’alimenter des attentes irréalistes.
L’amnistie fiscale marocaine, si elle représente une opportunité pour les finances publiques, doit être comprise dans sa juste mesure. Les chiffres avancés doivent être replacés dans un cadre réaliste pour éviter les surestimations et les attentes démesurées. Cette mesure s’inscrit dans une stratégie plus large de formalisation de l’économie et de lutte contre l’informalité, mais son impact devra être évalué avec prudence.
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