Flambée des prix du poussin et hausse des besoins en reproducteurs de type chair : la filière avicole sous pression
En plus des problèmes structurels auxquels fait face le secteur avicole, l'explosion du prix du poussin, associée à une demande accrue pour le poulet et à la multiplication des intermédiaires, entraîne une hausse des prix de la volaille sur le marché.
À l’approche du mois sacré de Ramadan, le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, ainsi que des responsables de la Fédération interprofessionnelle du secteur avicole (FISA) se sont récemment réunis pour discuter de l’approvisionnement du marché en viande de volaille et en œufs. Ils ont, à cette occasion, évoqué les principales problématiques auxquelles fait face actuellement le marché, contribuant à l’augmentation des prix.
"Les reproducteurs de type chair sont importés d'Espagne et de France"
En plus des problèmes structurels que connaît le secteur avicole, Mustapha Mountassir, président de l'Association nationale des producteurs de viandes de volailles (APV), contacté par Médias24, a également évoqué la problématique des reproducteurs de type chair.
"Ces reproducteurs ne sont pas produits au Maroc. Nous les importons principalement d’Espagne et de France pour les intégrer dans la chaîne de production", nous explique notre interlocuteur.
"En raison de l’augmentation de la demande de poulet, notamment à cause de l'envolée des prix de la viande rouge, nous avons sollicité ces deux marchés pour accroître leurs exportations de reproducteurs de type chair vers le Maroc. Cependant, la hausse n'a atteint que 14%".
"Nous devons donc explorer d'autres solutions pour garantir la sécurité alimentaire du pays, surtout à l'approche du mois de Ramadan, et réduire notre dépendance envers ces deux marchés. Nous avons proposé au gouvernement de se tourner vers deux grandes entreprises spécialisées dans l'élevage de grands parentaux, à savoir Aviagen aux États-Unis et une autre société à Londres".
"Dans une démarche proactive, nous avons déjà établi un contact avec la société américaine Aviagen, que nous avons invitée à rencontrer les responsables marocains. Cet acteur nécessitera une superficie de 700 à 800 hectares, située loin des zones de production de volaille, pour investir dans la production des reproducteurs de type chair", nous explique Mustapha Mountassir.
Une telle démarche permettra au Maroc de diversifier ses sources d’approvisionnement, de produire localement les reproducteurs de type chair et de ne plus dépendre uniquement de deux marchés espagnol et français, dont la capacité de production s'avère limitée.
Explosion des prix du poussin, une première !
L’autre problématique évoquée par notre interlocuteur est relative à l’explosion du prix du poussin, lequel est "passé de 4,5 DH par poussin à près de 13 DH. C'est énorme !".
"C’est d’ailleurs une première au Maroc. Le prix du poussin n’a jamais atteint ces niveaux de prix", estime le président de l'APV, qui explique que "cette situation est directement liée à la rareté des reproducteurs de type chair, dont les quantités disponibles au Maroc demeurent faibles".
"Bien que nous ayons augmenté nos importations de reproducteurs de 14%, leurs prix restent élevés, en raison de la pression sur le poulet. Nous sommes dans un système libéral. Nous ne pouvons, de ce fait, demander aux producteurs de poussins de baisser leurs prix".
Ainsi, outre les négociations à mener avec la société Aviagen notamment, "nous avons aussi proposé au gouvernement de s’attaquer aux dindonneaux qui sont, eux, disponibles ailleurs qu'en Espagne et en France. Cette mesure a en partie déjà été mise en œuvre. En décembre 2024, nous avons importé 600.000 dindonneaux qui nous permettront d’augmenter de 50% la production nationale en viande de dinde d’ici le mois de mars prochain".
"Nous sommes ainsi passés, durant le mois de décembre 2024, de 1,2 million à 1,8 million de dindonneaux, dont la viande sera prête à la consommation durant le mois de Ramadan".
Les conditions climatiques, un frein à la productivité
Mustapha Mountassir a également pointé la baisse de productivité dans le secteur, due à la baisse des températures et à l’écart de celles-ci entre le jour et la nuit. "Le faible niveau de formation de certains éleveurs impacte aussi le marché de plein fouet", a-t-il souligné.
"Il y a une quinzaine de jours, nous vendions des poulets d’un poids moyen variant entre 2,4 et 2,6 kg. Actuellement, même les consommateurs l’ont remarqué, les poulets sur le marché ne dépassent pas les 2 kg. Environ 20% du poids est donc perdu en raison des conditions climatiques".
De plus, "en hiver et en automne, le secteur est régulièrement touché par de petites maladies qui impactent la productivité".
En termes de prix, le kilogramme de poulet atteint actuellement jusqu’à 27 DH, pour un coût de revient d’environ 17 à 18 DH/ kg. Si cette augmentation est la résultante du mécanisme de l’offre et de la demande, elle est également due aux intermédiaires qui demeurent un facteur de renchérissement des prix des produits avicoles. La problématique des intermédiaires a d'ailleurs été relevée par la Cour des comptes dans son rapport publié il y a quelques semaines à l’issue de l’ouverture d’une enquête concernant le fonctionnement concurrentiel du marché des aliments composés destinés au secteur avicole.
La Cour avait estimé que la filière avicole "pâtit de la présence d’intermédiaires et de l’exercice de l’activité avicole par des unités informelles non autorisées".
Elle avait également souligné que "ce secteur demeure peu structuré, avec un accès limité aux financements conventionnels", notant que ses défis "ne se limitent pas à la production, mais incluent également la commercialisation de ses produits. Leurs fluctuations, souvent influencées par les variations saisonnières et les événements économiques ou climatiques, créent une instabilité qui complique la planification et la gestion financière des exploitations".
"Le marché informel, caractérisé par des transactions sans réglementation ni contrôle, perturbe aussi les prix et compromet la concurrence loyale, exacerbant la précarité des éleveurs", avait aussi expliqué le rapport de la Cour des comptes.
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