img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
DROIT

Assurance construction obligatoire : ce qui change pour les acquéreurs et les promoteurs

Après l’entrée en vigueur des assurances obligatoires dans le secteur de la construction au Maroc, plusieurs questions se posent sur le plan pratique. Quelles obligations pour les promoteurs ? Quels droits pour les acquéreurs ? Explications de Me Asmaa Qachach, avocate au barreau de Casablanca.

Assurance construction obligatoire : ce qui change pour les acquéreurs et les promoteurs
Me Asmaa Qachach, avocate au barreau de Casablanca.
Par
Le 27 janvier 2025 à 16h17 | Modifié 29 janvier 2025 à 10h50

Obligatoires pour des projets de construction au Maroc depuis le 30 décembre 2024, les assurances "tous risques chantier" et "responsabilité civile décennale" viennent renforcer la protection des parties concernées et assurer le respect des exigences réglementaires dans le secteur.

Mais quelles sont les constructions concernées ? Que risquent les personnes assujetties en cas de défaut de souscription ? Et quels sont les recours disponibles pour un acquéreur en cas de malfaçon détectée après l’achat ?

Autant de questions se posent quant à l’application concrète de ces nouvelles obligations d’assurance dans le secteur de la construction. 

Contactée par Médias24, Me Asmaa Qachach, avocate au barreau de Casablanca, explique que “l’obligation de souscription à une assurance construction renforce la transparence et la crédibilité du secteur du BTP au Maroc, un secteur clé pour le PIB du pays. En imposant des normes strictes aux promoteurs et aux constructeurs, elle limite les risques de litiges et renforce la confiance des investisseurs”.

“À long terme, ces assurances obligatoires contribuent à améliorer la qualité des constructions sur le marché et favorisent la valorisation des actifs immobiliers, ce qui profite à l’ensemble de l’économie du pays”, estime l’avocate qui indique également que “ces mesures visent à mieux encadrer les risques liés aux chantiers et à offrir des garanties solides aux acquéreurs”.

L’avocate détaille les principaux changements apportés par cette réforme qui représente, selon elle, “une avancée majeure pour la protection des acquéreurs et la régulation du marché de la construction au Maroc”.

Les constructions concernées

Avant de se pencher sur les critères des constructions concernées par cette réforme, l’avocate rappelle en quoi consistent ces assurances.

“L’assurance ‘tous risques chantier’ se compose de deux garanties obligatoires :

– la garantie dommages à l'ouvrage, à laquelle le maître d’ouvrage est tenu de souscrire pour toute la durée des travaux et qui couvre les dommages matériels pouvant affecter l’ouvrage en cours de construction ;

– la garantie responsabilité civile chantier, qui protège les architectes, ingénieurs et autres prestataires contre les dommages causés aux tiers ou à l’ouvrage en lien avec les travaux réalisés.

En outre, le maître d’ouvrage doit obligatoirement disposer d’une assurance couvrant sa propre responsabilité civile pour les préjudices causés aux tiers”, précise-t-elle.

Concernant l’assurance "responsabilité civile décennale", Me Asmaa Qachach indique qu’elle “doit couvrir les personnes mentionnées à l'article 769 du Dahir des obligations et des contrats (DOC). Selon cet article, l'architecte ou l'ingénieur, ainsi que l'entrepreneur directement chargé par le maître d'ouvrage, sont responsables si, dans les dix ans suivant l'achèvement de l'ouvrage, celui-ci s'écroule en tout ou en partie, ou présente un danger évident de s'écrouler. Ces professionnels doivent donc être couverts par cette assurance pendant cette période décennale”.

Selon l’avocate, ces obligations d’assurance ne concernent pas toutes les constructions, mais s’appliquent à celles remplissant certains critères de superficie et d’usage. “Toute construction destinée à l’habitation comportant plus de trois étages ou dépassant une superficie totale de 800 m² est soumise à cette obligation”, précise-t-elle.

“Les bâtiments mixtes, combinant habitation et activités professionnelles, sont également concernés dès lors que la surface à usage spécifique dépasse 400 m².  Ces usages incluent des fonctions hôtelières, d’hébergement, de centres d’estivage, d’activités industrielles, commerciales, artisanales, de bureaux, de services, ou encore de parcs de stationnement. Les lieux servant à des activités religieuses, culturelles, sportives, médicales ou éducatives sont également soumis à cette obligation, tout comme les gradins ou tribunes de stades permanents”. Elle souligne que “l’obligation d’assurance couvre tout chantier regroupant plusieurs constructions destinées à ces usages lorsqu’elles font l’objet d’un seul permis de construire”.

Des sanctions en cas de non-souscription

Le non-respect de ces obligations expose les promoteurs à des sanctions financières.  Selon Me Asmaa Qachach, “le défaut de souscription à l’assurance obligatoire prévue par la loi expose le promoteur, en sa qualité de maître d’ouvrage, à plusieurs amendes. Si le maître d’ouvrage ne satisfait pas à l’obligation de souscrire à la garantie dommage à l’ouvrage, il est passible d’une amende calculée à raison de six (6) dirhams par mètre carré de la superficie couverte, telle que déterminée par le permis de construire”.

“Cette sanction financière s’applique strictement aux constructions pour lesquelles le permis de construire a été délivré après l’entrée en vigueur des dispositions du titre IV de la loi 17-99”, précise-t-elle.

“Le maître d’ouvrage risque également une amende de 5.000 à 100.000 dirhams s’il ne souscrit pas à une assurance responsabilité civile décennale”, indique Me Asmaa Qachach.

Et d’ajouter : “Le maître d’ouvrage doit obligatoirement fournir aux agents habilités à constater les infractions relatives aux assurances de construction les attestations d’assurances émises par les compagnies d’assurances. En cas de défaut ou d’incapacité de produire ces documents, il est passible d’une amende allant de 500 à 1.000 dirhams”. 

Quels recours en cas de malfaçon ?

Les acquéreurs doivent être vigilants quant à la conformité du bien aux nouvelles exigences d’assurance. “Il est primordial de demander au promoteur les attestations d’assurance en détaillant les numéros de police et les conditions générales, si possible. Et ce, dès les premières étapes de l’acquisition. L’absence de mention explicite dans les documents contractuels peut être un signal d’alerte”, prévient Me Asmaa Qachach.

Elle recommande aux acheteurs, en cas de doute, de “consulter un professionnel qualifié, tel qu’un avocat ou un expert en immobilier, afin de s’assurer de la validité des documents et de la conformité légale de l’opération”.

Dans le cas où l’acquéreur découvre une malfaçon après l'achat d'un bien immobilier, l’avocate indique qu’il peut se prévaloir de la garantie des vices cachés, comme le stipule le Dahir des obligations et des contrats. “L’acquéreur doit démontrer que le défaut est suffisamment grave pour altérer la jouissance du bien, qu'il était présent avant la vente, et qu’il n'en avait pas connaissance au moment de l'achat. Si la malfaçon affecte la solidité ou la sécurité du bien, il pourra également activer la garantie décennale”.

Cette dernière “couvre les vices de construction majeurs pendant dix ans à compter de l'achèvement des travaux. Cette garantie s’applique spécifiquement en cas de défauts dus à des vices de construction, de matériaux défectueux, ou encore à des problèmes liés au sol”, explique Me Asmaa Qachach.

“Toutefois, pour que cette garantie soit activée, l’acquéreur doit prouver, par le biais d’une expertise, que le défaut détecté est lié à l’un de ces facteurs et qu’il porte atteinte à la solidité, la sécurité ou la destination de l'ouvrage. Si toutes les conditions sont remplies, l’acquéreur peut exiger une réparation du dommage”, poursuit-elle.

“Les recours offerts par la garantie décennale apportent une protection supplémentaire, renforçant ainsi les droits des acquéreurs en matière de malfaçons importantes et permettant une réparation des défauts après la vente, sous réserve des conditions d’application de cette garantie”, conclut l’avocate.

 

LIRE AUSSI 

Entrée en vigueur des assurances obligatoires “Tous Risques Chantier" et "Responsabilité Civile Décennale”

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 27 janvier 2025 à 16h17

à lire aussi

Le Maroc face au risque d’une inflation alimentaire diffuse et composite
ECONOMIE

Article : Le Maroc face au risque d’une inflation alimentaire diffuse et composite

Alors que les instances internationales s'inquiètent d'un nouveau choc systémique mondial lié aux tensions géopolitiques, le Maroc navigue entre une campagne agricole prometteuse et des goulots d'étranglement logistiques nationaux. Si le blé tendre reste sous protection, les filières animale, sucrière et oléagineuse demeurent exposées à une inflation de second rang et à une saturation portuaire qui grignote les marges de manœuvre. Analyse.

Pourquoi le taux d’inflation ne reflète pas toujours le vécu des ménages
ECONOMIE

Article : Pourquoi le taux d’inflation ne reflète pas toujours le vécu des ménages

Au Maroc, l’inflation ralentit, mais les ménages continuent de ressentir la hausse des prix et la pression sur leur pouvoir d’achat. Cet écart vient surtout d’une lecture incomplète du taux d’inflation, ainsi que de la nature même du panier représentatif utilisé pour mesurer l’évolution des prix.

Intelcia : Karim Bernoussi et ses partenaires reprennent 100% du capital, sortie d’Altice
BUSINESS

Article : Intelcia : Karim Bernoussi et ses partenaires reprennent 100% du capital, sortie d’Altice

Le 28 avril, les deux cofondateurs du groupe, Karim Bernoussi et Youssef El Oufir, doivent finaliser le rachat des 65% du capital détenus par le groupe Altice, dont ils n'avaient conservé que 35% lors de l'entrée du partenaire français en 2016. Une opération qui redonne à ce fleuron de l'économie marocaine sa pleine liberté de manœuvre, au moment précis où son secteur est traversé par la déferlante de l'intelligence artificielle. Karim Bernoussi, PDG du groupe, était l'invité du 12/13 de Médias24.

L’Oukaïmeden,  station d’hiver et espace culte de transhumance
SOCIETE

Article : L’Oukaïmeden,  station d’hiver et espace culte de transhumance

Alors que l’Oukaïmeden est appelé à devenir une station touristique quatre saisons à l’horizon 2027, l’anthropologue Mohamed Mahdi rappelle que ce territoire ne peut être réduit à un site de loisirs. Agdal pastoral, espace de transhumance, réservoir de biodiversité et patrimoine culturel amazigh, l’Oukaïmeden impose une approche de développement intégrée, capable de concilier tourisme, pastoralisme et préservation des équilibres sociaux et écologiques.

La météo pour le lundi 27 avril 2026
Les prévisions quotidiennes

Article : La météo pour le lundi 27 avril 2026

Voici les prévisions météorologiques pour le lundi 27 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie.

Plan d’aménagement de Marchica : un nouveau souffle socio-économique pour Nador et Beni Ensar
Architecture et urbanisme

Article : Plan d’aménagement de Marchica : un nouveau souffle socio-économique pour Nador et Beni Ensar

L'aménagement de la lagune de Marchica s’apprête à un nouveau chapitre. Au-delà des avancées de la première phase, il dessine une nouvelle transformation urbaine et touristique d'ampleur, de Nador à Beni Ensar, jusqu'au village d'Arkman. L’enquête publique s’est achevée vendredi.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité