L'Ozempic pour “maigrir à tout prix”, une tendance controversée qui s'installe au Maroc
Surfant sur la vague "maigrir à tout prix", de plus en plus de Marocains cherchent à se procurer des médicaments comme l'Ozempic, un antidiabétique qui envahit les réseaux sociaux. La liraglutide est une molécule de la même famille commercialisée au Maroc. Explications du Pr Mohamed El Hassan Gharbi, chef du service d'endocrinologie à l'hôpital Ibn Sina de Rabat, qui met en garde contre ses risques.
Et si une simple injection à domicile permettait de perdre du poids ? Il ne s'agit pas d'une idée fantaisiste car le produit existe bel et bien, et il a un nom : les analogues du GLP-1, ou l'hormone de satiété.
La dulaglutide, l'exénatide, le liraglutide et le sémaglutide sont quelques analogues du GLP-1. Ces molécules, utilisées à l’origine pour traiter le diabète, ont gagné en popularité puisqu'elles permettent également une efficacité en matière de perte de poids, stimulant la sécrétion d’insuline et réduisant l’appétit.
Depuis quelque temps, ces molécules font beaucoup parler d'elles. Le taux d’obésité chez les adultes aux États-Unis est tombé à 40,3% en 2023 contre 41,9% en 2020, selon les autorités sanitaires américaines qui estiment que ces traitements ont pu jouer un rôle.
Un médicament est particulièrement populaire aujourd'hui : Ozempic. Ce traitement par injection, à base de sémaglutide, envahit les réseaux sociaux. Mais il fait aussi l'objet de controverses, eu égard aux complications qu'il peut engendrer.
Une tendance qui s'installe au Maroc
"Les analogues du GLP-1 sont initialement prescrits pour les personnes diabétiques. Mais il existe des analogues du GLP-1 qui sont prescrits également pour les personnes souffrant d'obésité. Ces médicaments ont commencé à être demandés de plus en plus au Maroc aussi. Les demandes seraient généralement initiées par des femmes", explique à Médias24, le Pr Mohamed El Hassan Gharbi, chef du service d'endocrinologie à l'hôpital Ibn Sina de Rabat.
Si l'Ozempic reste l'analogue du GLP-1 le plus populaire à l'échelle mondiale, les Marocains qui se tournent vers des antidiabétiques en vue de perdre du poids ont recours à un médicament de la même famille qui, contrairement à l'Ozempic, est commercialisé au Maroc.
"D'autres analogues du GLP-1 sont commercialisés au Maroc, comme la liraglutide", fait savoir le Pr Mohamed El Hassan Gharbi.
Cette molécule est présente dans plusieurs médicaments. Mais une seule marque pharmaceutique contenant de la liraglutide est commercialisée aujourd'hui sur le marché national. Il s'agit du médicament Victoza, sous forme d'une boîte de deux stylos préremplis de 3 ml, chaque ml contenant 6 mg de liraglutide, selon la base de données sur les médicaments disponible sur le site de la Direction des médicaments et de la pharmacie (DMP).
Un médicament sur ordonnance
C'est un médicament qui n'est pas à la portée de tous, puisqu'une seule boîte coûte près de 1.200 dirhams.
"Il est important de souligner que seulement certains antidiabétiques sont prescrits en cas d'obésité. La forme commercialisée au Maroc n'en fait pas partie. Elle est donc moins efficace en termes de perte de poids", tient à souligner le chef du service d'endocrinologie à l'hôpital Ibn Sina de Rabat.
Notre interlocuteur met en garde contre les risques de l'automédication liés à l'utilisation de ces antidiabétiques. "Les antidiabétiques sont prescrits sur ordonnance. Le risque d'effets indésirables augmente quand un médicament est utilisé hors indication ou de façon abusive. L'indication est posée par le médecin. Si le poids est conséquent et que le médecin juge que le malade peut suivre ce traitement et que ce dernier sera efficace pour son cas, dans ce cas-là, oui, l'antidiabétique peut être prescrit pour la perte de poids".
Perdre du poids, mais à quel prix ?
Ces médicaments ne doivent surtout pas être considérés comme la panacée. S'ils ont démontré une efficacité pour se débarrasser de quelques kilos superflus, ces antidiabétiques ne sont pas sans risque.

Sur X, un utilisateur relate la mésaventure d'une amie avec l'Ozempic.
Une étude évaluant les avantages et les risques liés à l’utilisation des médicaments GLP-1, menée par le Pr Ziyad Al-Aly, médecin et scientifique à la tête d'un centre d’épidémiologie clinique, et son équipe, a effectivement démontré que ces médicaments réduisent les risques de survenue de près d'un quart des pathologies étudiées (42 sur 175), comme Alzheimer ou la démence, les problèmes d’addiction, ou encore certains troubles de la coagulation, pour ne citer que quelques exemples.
For decades, the junk food industry has deliberately engineered foods to be addictive. Ozempic and other GLP-1 drugs have helped people break free from this cycle. In response, the industry is now searching for ways to counteract the effects of these medications, aiming to design…
— Ziyad Al-Aly, MD (@zalaly) February 10, 2025
Mais les scientifiques ont également constaté que les médicaments GLP-1 entraînent des effets secondaires importants et augmentent le risque de 19 affections, dont certains troubles gastro-intestinaux, les calculs rénaux ou la pancréatite aiguë (une pathologie se traduisant par une inflammation et un dysfonctionnement du pancréas).
"Ces effets indésirables, ainsi que, dans certains cas, le coût exorbitant de ces médicaments, expliqueraient pourquoi un grand nombre de patients arrêtent leur traitement. Cet abandon est problématique, car il peut s’accompagner d’une prise de poids rapide. L’obésité est en effet une maladie chronique. Les médicaments GLP-1, bien qu’efficaces pour la traiter, ne s’attaquent pas à ses causes sous-jacentes et aux dysfonctionnements métaboliques qui l’accompagnent", observent-ils.
D'autres recherches indiquent que ce médicament pourrait être à l'origine de graves troubles oculaires chez certains patients. En 2024, une étude américaine a suggéré pour la première fois que les patients sous sémaglutide pourraient présenter un risque plus élevé de développer une neuropathie optique ischémique antérieure non artéritique (NOIA-NA).
Des chercheurs danois ont vérifié si des études de suivi, sur des cohortes plus vastes, permettaient de confirmer l’hypothèse. Deux études indépendantes, menées par l’Université du Danemark du Sud, sont parvenues à la même conclusion que l’étude américaine.
Les auteurs de ces deux études danoises rappellent néanmoins que cette neuropathie optique reste un effet secondaire extrêmement rare. "Ni plus grave ni plus fréquent que les effets secondaires rares de nombreux autres médicaments", précise Anton Pottegård, qui a dirigé la seconde étude.
Attention aux dérives du marché noir
À l’heure actuelle, un adulte nord-américain sur huit déclare avoir déjà eu recours à un médicament de cette famille, et selon les prévisions, il est probable qu’en 2030, 1 sur 10 les utilisera. Le nombre total d’utilisateurs de GLP-1 aux États-Unis pourrait atteindre 30 millions d’ici 2030, soit environ 9% de la population totale.
De plus en plus d'individus sont séduits par le potentiel de ces molécules qui représentent une solution alternative pour la perte de poids. Néanmoins, l'obligation de prescription sur ordonnance et le prix élevé du médicament laissent la place à la vente de ces antidiabétiques sur le marché noir, ainsi qu'à la circulation de contrefaçons potentiellement dangereuses.
Il y a par ailleurs des conséquences pour les personnes qui ont du diabète, et pour qui ces médicaments sont essentiels. La médiatisation des médicaments GLP-1 à des fins de perte de poids pourrait engendrer à terme des pénuries dans le monde entier.
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