img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
ECONOMIE

Analyse. Depuis 2020, les transferts des MRE ont bondi de 72,8%

Les transferts des MRE ont fluctué au gré des cycles économiques avant d’enregistrer une hausse historique pendant et après la pandémie. Face aux effets de saisonnalité, à la diversification des sources et aux pressions économiques dans les pays d’accueil, leur trajectoire future soulève des interrogations. Ces flux financiers amorcent-ils une phase de stabilisation ou poursuivront-ils leur ascension ?

Analyse. Depuis 2020, les transferts des MRE ont bondi de 72,8%
Par
Le 4 mars 2025 à 16h45 | Modifié 4 mars 2025 à 16h49

L’évolution des transferts des MRE reflète les cycles économiques mondiaux et les mutations internes du Maroc. Après une croissance régulière entre 2004 et 2007, portée par une conjoncture européenne favorable, la crise financière de 2008 a marqué un premier ralentissement, notamment à partir de l'Espagne et de l'Italie.

La décennie 2010-2019 a été caractérisée par une reprise modérée, freinée par la crise de la dette européenne, mais soutenue par la diversification géographique des MRE et l’amélioration des circuits de transfert.

L’année 2020 a marqué un tournant, avec un bond historique des envois (68 MMDH), conséquence directe de la solidarité accrue en pleine pandémie. En 2021, un nouveau record de 95 MMDH a été atteint.

Malgré l’inflation mondiale, les flux ont poursuivi leur progression en 2022 et 2023, atteignant respectivement 110 et 115 MMDH.

Analyse. Depuis 2020, les transferts des MRE ont bondi de 72,8%

Une saisonnalité marquée : le cycle récurrent des transferts des MRE

Les transferts des MRE suivent un cycle saisonnier bien établi, marqué par des fluctuations récurrentes. La période estivale constitue un point culminant, avec une hausse significative des envois, notamment en juillet et août. Ce pic s’explique par le retour temporaire des expatriés au Maroc, et les dépenses associées aux rassemblements familiaux et aux festivités. À l’inverse, les premiers mois de l’année enregistrent un repli des flux, souvent lié à l’érosion de la capacité d’épargne après la période estivale.

Le cycle des transferts s’amorce généralement en mars, atteint son apogée entre juillet et septembre, avant d’entamer une phase de repli qui s’étend jusqu’en février. Cette régularité traduit une structuration des comportements d’envoi, influencée autant par des facteurs économiques que par des considérations socioculturelles.

Cette cyclicité, qui s'observe chaque année avec une régularité notable, souligne l’importance des transferts saisonniers dans l’économie marocaine. Une meilleure compréhension de ces fluctuations pourrait orienter des stratégies visant à stimuler l’investissement à des périodes stratégiques, ou à optimiser l’accompagnement des ménages bénéficiaires lors des mois de forte affluence financière. Toutefois, toute interprétation doit tenir compte de la diversité des facteurs économiques et sociaux sous-jacents.

Répartition géographique : une domination française et une montée des flux du Golfe

L’analyse des statistiques faite par l’Office des changes des transferts des MRE, arrêtées à fin 2023, fait apparaître que la France domine avec un total de 35,5 MMDH, suivie de loin par l’Espagne avec 14,5 MMDH, l’Arabie saoudite avec 12,4 MMDH et l’Italie avec 10,6 MMDH.

Les écarts entre les pays d’origine reflètent les dynamiques propres aux marchés de l’emploi et aux contextes macroéconomiques. La France demeure la principale source de transferts, portée par une diaspora marocaine historiquement nombreuse. En revanche, les flux en provenance de l’Espagne et de l’Italie affichent des variations plus marquées, souvent influencées par les fluctuations économiques de ces pays.

Les transferts en provenance des pays du Golfe, notamment d’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, se distinguent par une croissance soutenue. De même, les envois depuis le Canada et les États-Unis enregistrent une progression constante.

Avons-nous atteint un pic ?

Plusieurs indicateurs laissent entrevoir une possible stabilisation, voire un plafonnement des montants transférés. L’un des principaux éléments à considérer est la conjoncture économique des principaux pays d’accueil des MRE, notamment la France, l’Espagne et l’Italie. L’inflation persistante et la hausse du coût de la vie dans ces pays réduisent la capacité d’épargne des travailleurs marocains expatriés, ce qui pourrait, à terme, peser sur le volume des transferts. De plus, les politiques fiscales plus strictes mises en place dans certains pays européens pourraient affecter la dynamique des envois de fonds.

Toutefois, des facteurs structurels suggèrent que les transferts pourraient continuer à progresser. La montée en puissance des communautés marocaines dans les pays du Golfe, notamment en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et au Qatar, ouvre de nouvelles perspectives. Ces pays, devenus des sources de transferts de plus en plus significatives, pourraient compenser une éventuelle stagnation des flux en provenance d’Europe.

Interrogé par Médias24, un économiste spécialiste des politiques de change nous livre son analyse sur un éventuel plafonnement ou une stagnation des transferts des MRE.

Pour notre interlocuteur, il est impossible de connaître avec certitude la dynamique future des transferts des MRE, ni de les théoriser ou de les modéliser. "L’évolution des transferts des Marocains résidant à l’étranger ne suit pas un schéma linéaire prévisible et échappe aux tentatives de modélisation. Contrairement à certaines hypothèses passées, la transmission intergénérationnelle du lien avec le Maroc s’est avérée plus forte qu’anticipé. Alors qu’on prédisait un affaiblissement des transferts avec la deuxième génération, les flux ont non seulement persisté, mais ont augmenté, portés par des mécanismes financiers modernisés et une attache culturelle durable", explique notre source.

"La pandémie de Covid-19 a révélé des dynamiques nouvelles. Face à la crise, les MRE ont accru leur soutien financier à leurs familles, mais cette période a également marqué une accélération de la bancarisation et de l’épargne au sein des institutions marocaines. Ce phénomène, associé à la régularisation de nombreux travailleurs marocains en Europe et dans le Golfe, a renforcé la formalisation des transferts, réduisant l’informalité qui prévalait auparavant".

Par ailleurs, l’expansion continue de la diaspora marocaine contribue mécaniquement à la croissance des envois. L’augmentation du nombre de MRE entraîne une hausse structurelle des transferts, indépendamment des fluctuations économiques.

"Ces flux, loin d’être purement cycliques, sont portés par une combinaison de facteurs, mêlant conjoncture économique, innovations financières et, surtout, un fort ancrage familial", souligne notre interlocuteur.

"L’idée d’un plafonnement des transferts reste donc spéculative. À chaque tentative de prédiction d’un essoufflement, les faits ont montré une résilience et une capacité d’adaptation remarquables. Ces flux évoluent en réponse à des transformations sociales et économiques complexes, rendant toute hypothèse de stagnation ou de déclin prématurée", conclut notre source.

À découvrir

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 4 mars 2025 à 16h45

à lire aussi

Le Roi Mohammed VI s'est réuni à Rabat avec Cheikh Mohammed Ben Zayed Al-Nahyane
NATION

Article : Le Roi Mohammed VI s'est réuni à Rabat avec Cheikh Mohammed Ben Zayed Al-Nahyane

Le Roi Mohammed VI et Cheikh Mohammed Ben Zayed Al-Nahyane se sont rencontrés à Rabat dans le cadre de la visite privée que le Président de l’État des Émirats arabes unis effectue au Maroc. Les questions et défis que connaît la scène internationale, en particulier ceux qui concernent les États du Golfe et du Moyen-Orient, étaient au cœur de la rencontre.

Préparation CDM 2026. Le Maroc s’impose sans peine face à Madagascar (4-0)
Football

Article : Préparation CDM 2026. Le Maroc s’impose sans peine face à Madagascar (4-0)

Les Lions de l’Atlas n’ont pas eu à forcer leur talent pour l’emporter face à des Malgaches limités, ce mardi 2 juin à Rabat, grâce notamment à un doublé d’Ismaïl Saibari. Les enseignements positifs ont été nombreux, mais le manque d’efficacité demeure un point noir en vue du Mondial 2026.

Batteries : pourquoi le modèle industriel marocain inquiète-t-il Bruxelles
ECONOMIE

Article : Batteries : pourquoi le modèle industriel marocain inquiète-t-il Bruxelles

L’Union européenne durcit sa position face aux investissements chinois. Avec les projets chinois dans l’automobile électrique et les batteries, le Maroc se retrouve au cœur de cette nouvelle tension. Le précédent des jantes en aluminium montre que cette pression peut déjà se traduire par des droits commerciaux lourds. Le Royaume entend défendre ses intérêts. Des discussions sont en cours.

Visa Fintech Day : le Maroc veut accélérer l’inclusion financière grâce à l’IA et aux paiements numériques
Actus

Article : Visa Fintech Day : le Maroc veut accélérer l’inclusion financière grâce à l’IA et aux paiements numériques

Rapprocher les services financiers des citoyens, soutenir les TPME et réduire les fractures d’accès… Le Maroc mise sur l’IA et la fintech pour accélérer sa transformation numérique.

1.700 passagers et 426 cabines : GNV baptise à Tanger son navire Aurora le plus moderne
TOURISME

Article : 1.700 passagers et 426 cabines : GNV baptise à Tanger son navire Aurora le plus moderne

Avec le baptême du GNV Aurora à Tanger, la compagnie maritime italienne GNV renforce son dispositif entre le Maroc, l'Espagne et l'Italie. Déployé à l'approche de l'Opération Marhaba 2026, ce ferry de nouvelle génération illustre les ambitions du groupe en matière de mobilité, de confort des passagers et de transition énergétique.

Mines : ce que cachent les annonces de découvertes au Maroc
Mines

Article : Mines : ce que cachent les annonces de découvertes au Maroc

Le secteur minier marocain est en pleine effervescence. Mais entre l'effet d'annonce et la réserve prouvée, le chemin reste long et incertain. Décryptage d'un secteur où il faut savoir démêler le vrai du spéculatif.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité