Dépréciation du dollar face au dirham : voici les implications sur les importations en dollars
Depuis début 2025, le dollar s’est déprécié de 4,2% face au dirham, un mouvement qui, théoriquement, devrait alléger la facture des importations, dont presque 50% sont libellées en dollars. Cependant, les rigidités nominales, la concurrence et les stratégies de couverture des entreprises limitent la transmission de cet effet aux prix finaux.
Depuis le début de l’année 2025, le dollar américain a enregistré une baisse notable sur le marché des changes, s’établissant à une dépréciation de 4,2% face au dirham entre le 2 janvier et le 11 mars. Ce phénomène suscite des interrogations quant à ses implications économiques, notamment pour le Maroc, dont près de 50% des importations sont libellées en dollars, principalement dans les secteurs de l’énergie et de l’alimentation.
Cette dépréciation du billet vert trouve son origine dans plusieurs dynamiques économiques et financières. D’une part, les politiques protectionnistes renforcées sous la nouvelle administration Trump ont contribué à un ralentissement des échanges commerciaux internationaux, réduisant ainsi la demande de dollars sur les marchés. D’autre part, une fuite de capitaux hors des États-Unis vers d’autres actifs et devises plus attractifs a accru l’offre de dollars, contribuant à sa baisse relative face à plusieurs monnaies, y compris le dirham marocain.
Interrogé par Médias24, un économiste spécialiste en politiques de change explique ce phénomène. "Lorsque les investisseurs se détournent des actifs en dollars pour se repositionner sur d’autres devises ou sur des valeurs refuges comme l’or, cela crée une pression baissière sur le dollar. L’offre excédentaire de billets verts sur le marché des changes entraîne mécaniquement une baisse de leur valeur".
Cependant, cette tendance reste à surveiller et pourrait être temporaire. L’ampleur de la dépréciation dépendra des politiques monétaires de la Réserve fédérale américaine (Fed) et des ajustements des marchés financiers face aux incertitudes géopolitiques et commerciales.Il est rare que les baisses de coûts à l’importation soient intégralement répercutées sur les prix finauxLa baisse du dollar, toutes choses égales par ailleurs, devrait avoir un effet favorable sur le coût des importations marocaines. En supposant que les prix internationaux restent constants, une dépréciation de plus de 4% se traduit mécaniquement par une baisse équivalente des coûts d’importation en dirhams.
Prenons un exemple concret : une entreprise marocaine qui importait 100.000 DH de produits libellés en dollars verra sa facture diminuer d’environ 4%, soit un nouveau coût de 96.000 DH. Cette dynamique de change constitue un allégement significatif pour les importateurs, en particulier dans les secteurs fortement dépendants des approvisionnements en devises américaines, comme les hydrocarbures et certaines denrées alimentaires.
Toutefois, cet effet peut être neutralisé par d’autres facteurs. "Il est important de noter que la transmission de la baisse du dollar aux prix finaux ne sera ni immédiate ni totale. Les importateurs peuvent choisir de préserver leurs marges, et d’autres facteurs peuvent venir atténuer l’effet positif attendu", souligne notre interlocuteur.
Une transmission incomplète aux consommateurs
Malgré une baisse "théorique" du coût des importations, qui devrait avoir lieu, les consommateurs ne bénéficieront pas nécessairement d’une réduction proportionnelle des prix. Ce phénomène s’explique par le concept d’Exchange Rate Pass-Through (ERPT), qui mesure l’élasticité des prix aux variations du taux de change, c'est-à-dire dans quelle mesure ces fluctuations se répercutent sur les prix finaux.
L’ERPT est exprimé en pourcentage et mesure la proportion dans laquelle une variation du taux de change se répercute sur les prix finaux des biens importés.
Par exemple, un ERPT de 40% signifie qu’une dépréciation de 10% du dollar entraînera une baisse de 4% des prix des produits importés. À l’inverse, un ERPT de 80% implique qu’une variation de 10% du taux de change se traduira par une baisse de 8% des prix. Plus le taux de pass-through est élevé, plus l’impact du taux de change sur les prix est direct et rapide.
Ainsi, si la baisse du dollar réduit le coût d’importation, elle ne se traduira pas nécessairement par une baisse équivalente des prix à la consommation. Comme l’indique notre économiste, "il est rare que les baisses de coûts à l’importation soient intégralement répercutées sur les prix finaux. La transmission peut être partielle et différée dans le temps, en fonction des contrats commerciaux, des stratégies de tarification des entreprises et des rigidités nominales".
→ Le rôle des produits dérivés et des stratégies de couverture
Un autre élément clé qui peut limiter l’impact de la dépréciation du dollar est l’utilisation des produits dérivés financiers. Les entreprises marocaines, en particulier les grandes sociétés importatrices, ont souvent recours à des instruments de couverture tels que les contrats à terme (forwards), les options de change, ou encore les swaps de devises pour se protéger contre la volatilité des taux de change.
En d’autres termes, même si le dollar baisse aujourd’hui, les entreprises ayant sécurisé leurs achats via des produits dérivés à un taux antérieur plus élevé ne bénéficieront pas immédiatement de cette dépréciation. Cette situation peut neutraliser en partie l’effet positif attendu sur le coût des importations.
"Beaucoup d’importateurs marocains utilisent des produits de couverture pour se prémunir contre la volatilité du taux de change. Si une entreprise a couvert ses achats à un taux supérieur, elle continuera à payer ce taux jusqu’à l’expiration de son contrat, ce qui peut limiter l’effet de la baisse actuelle du dollar", indique l’expert.
Il convient de souligner que l’évaluation précise de l’ampleur de l’ERPT au Maroc nécessite des données détaillées et longitudinales sur les prix des biens importés, incluant les coûts d’acquisition en dollars et les taux de change appliqués sur une période étendue.
Un effet contrasté sur les exportations marocaines
Si l’appréciation du dirham face au dollar réduit la facture des importations, elle peut en revanche pénaliser les exportations, dont environ 35% à 38% sont libellées en dollars. Une baisse du dollar implique que, pour un même volume de ventes en devises américaines, les exportateurs reçoivent moins de dirhams.
Prenons l’exemple du phosphate, l’un des principaux produits d’exportation du Maroc. Si le dollar se déprécie de 4%, les recettes en dirhams issues des exportations de phosphate diminueront dans la même proportion, à condition que les prix internationaux restent stables. Cela constitue une perte pour les producteurs marocains qui réalisent une part significative de leur chiffre d’affaires en dollars.
La baisse du dollar allège plus la facture des importations qu’elle ne pénalise les exportations
Cependant, cet effet peut être compensé par une éventuelle hausse des prix internationaux. Si la demande mondiale de phosphates augmente, les prix peuvent s’ajuster à la hausse, permettant aux exportateurs marocains de maintenir leurs revenus en dirhams malgré la baisse du dollar.
Dans tous les cas, l’effet net reste globalement positif pour le Maroc, car 50% des importations sont en dollars, contre seulement 35% à 38% des exportations, et les importations dépassent largement les exportations.
"La structure du commerce extérieur marocain fait que l’appréciation du dirham face au dollar, bien qu’elle puisse pénaliser certaines exportations, reste globalement bénéfique. L’économie marocaine importe bien plus en dollars qu’elle n’exporte, ce qui signifie que la baisse du dollar allège plus la facture des importations qu’elle ne pénalise les exportations", conclut notre spécialiste en politiques de change.
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