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ECONOMIE

Verbatim. Ce qu'il faut retenir de la conférence de presse de Abdellatif Jouahri

Baisse du taux directeur, inflation, financement des TPME, finances publiques, E-dirham, financement des investissements publics, créances en souffrance, activité des succursales des banques marocaines en Europe et bien d'autres sujets. Voici l’essentiel des réponses de Jouahri lors de la conférence de presse tenue le 18 mars.

Verbatim. Ce qu'il faut retenir de la conférence de presse de Abdellatif Jouahri
Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al Maghrib.
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Le 18 mars 2025 à 18h04 | Modifié 18 mars 2025 à 18h34

Dans le cadre de sa première réunion trimestrielle de l'année, le Conseil de Bank Al-Maghrib a surpris les observateurs en décidant de baisser son taux directeur de 25 points de base (pb), le ramenant ainsi à 2,25 %.

Comme à l’accoutumée, le wali de Bank Al-Maghrib a tenu un point de presse pour échanger et répondre aux questions des journalistes.

Afin d’expliquer en détail les motivations économiques qui sous-tendent la baisse inattendue, Abdellatif Jouahri a ainsi rappelé clairement la priorité absolue de la banque centrale marocaine, soulignant l’importance cruciale des évolutions récentes en matière d'inflation.

"Notre mission fondamentale, c'est la stabilité des prix et, évidemment, de lutter contre l'inflation. Concernant les données fondamentales qui entourent ce problème… d'abord, il y a la baisse de l'inflation elle-même. Nous sommes passés en taux moyen annuel de 6,1 % à 0,9 %, moins de 1%. Nos projections pour 2025-2026 tournent autour de 2%, non seulement pour l'inflation globale, mais également pour l'inflation sous-jacente. C'est très important. Si j'avais une inflation sous-jacente qui ne baisse pas et qui ne va pas dans le sens de l'objectif qu'on s'assigne qui est autour de 2%, ça aurait été autre chose. Nous sommes au niveau de 2% globalement, aussi bien pour l'inflation globale que pour l'inflation sous-jacente".

⇒Les finances publiques

Outre cette maîtrise de l'inflation, Jouahri a mis en avant la solidité des finances publiques marocaines comme deuxième facteur déterminant dans la prise de cette décision d’assouplissement monétaire. À ce titre, il a rappelé les engagements et les résultats obtenus récemment par le gouvernement en matière de discipline budgétaire.

"Le gouvernement a annoncé sa volonté de continuer à assurer la soutenabilité budgétaire et les équilibres macroéconomiques, et il l'a fait. Il l'a fait en 2024. La loi de finances en 2025 annonce un déficit moins important, et nos projections à travers nos propres modèles montrent encore cette tendance de baisse du déficit. Elle a été confirmée au niveau de la programmation budgétaire triennale que nous avons donnée au Fonds monétaire international, lorsque nous avons négocié la ligne LCM. Donc, a priori, nous, en tant que Banque centrale, nous n'avons pas de soucis du côté de la soutenabilité budgétaire".

⇒Les réserves de change

Par ailleurs, le wali de la Banque centrale a évoqué la situation favorable des réserves de change, mettant en exergue non seulement leur niveau actuel confortable mais également les facteurs favorables sur le plan externe.

"Je vous ai dit qu'elles dépassent 5 mois. Elles arrivent même à presque 5 mois et demi d'importation de biens et de services. Au niveau importations, la rubrique la plus sensible qui est celle du pétrole, qui diminue à cause de l'augmentation de l'offre, d'abord en particulier des États-Unis, et une diminution de la demande liée à la croissance qui reste dans une ligne, disons, de baisse. En ce qui concerne les autres composantes, les recettes de tourisme, les transferts des MRE et les IDE, toutes les trois en amélioration constante".

⇒La croissance économique

Concernant la dynamique économique, Jouahri s’est félicité des signes encourageants d’une reprise de la croissance dans les secteurs non agricoles, retrouvant progressivement les performances d’avant-crise.

"Sur le plan croissance, je parle des secteurs non agricoles, elle commence à aller au-delà des 4%, c'est-à-dire que nous commençons à avoir les chiffres qui étaient antérieurs aux crises de 2008 où c'était déjà au 5 et plus de 5%".

Face à ces différents éléments positifs cumulés – maîtrise de l'inflation, finances publiques solides, réserves de change confortables, et reprise économique –, Jouahri estime que la Banque centrale dispose désormais d’une marge de manœuvre suffisante pour déployer une politique monétaire plus accommodante, destinée explicitement à soutenir la croissance économique et l'emploi, notamment à travers un accompagnement renforcé des Très petites entreprises (TPE), véritable moteur du tissu économique marocain.

"Donc, il n'y a pas de raison dans ce cas-là, ayant une marge au niveau de ma politique monétaire, de ne pas l'appliquer pour soutenir effectivement la croissance et l'emploi. Ça ne veut pas dire que dans les anciennes décisions, nous ne le faisions pas. Mais nous le faisions uniquement à travers la politique accommodante en ce qui concerne le financement des banques. C'est-à-dire qu'on fournissait aux banques toutes les liquidités qu'elles demandaient. Maintenant, je renforce un peu cette politique accommodante dans la mesure où j'ai une marge en ce qui concerne les problèmes qui m'intéressent et ma mission de contrôle des prix".

Activités des banques marocaines en Europe

Concernant l’impact potentiel des nouvelles directives européennes sur l'activité des banques marocaines implantées en Europe. Jouahri a apporté des précisions détaillées quant à l'état actuel de ce dossier sensible.Les nouvelles directives européennes vont gêner l’activité des banques marocaines"Les directives européennes qui encadrent la présence des banques non européennes sur le sol de l'Union ont été adoptées par le Parlement européen et publiées au bulletin du Parlement européen le 19 juin l'année dernière. Ils ont demandé que leur application se fasse au niveau des pays de l'Union européenne à partir du 1er janvier 2026. Nous avons estimé que les directives vont gêner beaucoup la fonction relais effectuée par les banques marocaines auprès des résidents marocains à l'étranger", indique le wali.

Face à ce risque potentiel, Jouahri a souligné la forte mobilisation des institutions marocaines et le rôle d'une task force nationale spécialement dédiée au suivi du dossier.

"Il faut dire qu'il y a une task force permanente avec le ministère des Affaires étrangères, le ministère des Finances, les régulateurs, les banques marocaines, qui s'est déplacée en Belgique à plusieurs reprises, qui a eu des discussions avec la direction FISMA, et où nous avons indiqué que telles que rédigées et approuvées [les directives] par le Parlement européen, c'est très équivoque. Et que l'application qui va être faite par les pays eux-mêmes peut compliquer davantage les choses en ce qui concerne les résidents marocains à l'étranger".

Jouahri a également expliqué en quoi cette problématique était cruciale non seulement pour le secteur bancaire marocain, mais aussi pour la stabilité financière nationale, mettant en évidence le poids majeur des dépôts des Marocains résidant à l’étranger (MRE)? "Croyez-moi, c'est un sujet que nous prenons très à cœur, parce qu'il pèse à la fois sur la balance des paiements, mais aussi sur les dépôts bancaires. Les dépôts des MRE, c'est 20% des dépôts bancaires. Donc ce n'est pas négligeable. Et donc, ce sont des choses qui méritent d'être suivies de très très près".

Face aux potentielles restrictions européennes, Abdellatif Jouahri a exprimé son inquiétude, tout en soulignant la volonté ferme du Maroc d’explorer des solutions alternatives pour maintenir les flux financiers vers le Royaume.

"Ce qu'on peut dire, c'est qu'on n'est pas contents ; c'est que la manière dont ça a été rédigé, c'est pratiquement comme si on voulait que les flux financiers restent en Europe. Et donc, par conséquent, nous examinons toutes les solutions, y compris les solutions technologiques et les solutions numériques, pour contourner les difficultés que l'Europe peut apporter à cette fonction des banques marocaines".

Les créances en souffrance

Interrogé sur un rapport de Fitch qui note une vulnérabilité du système bancaire marocain face à des créances en souffrance en hausse, Abdellatif Jouahri a tenu à rassurer en rappelant la solidité reconnue du secteur bancaire national, tout en précisant les mesures prudentes adoptées par la Banque centrale.

"D'abord, je dirais que les autres agences de notation ne portent pas le même jugement. Le FMI lui-même a apporté une appréciation sur le système bancaire marocain très élogieuse. Par conséquent, ça ne me fait pas peur ce que raconte ce rapport. D'autant plus que nous sommes en train de finaliser toute la mise en place du marché secondaire des créances en souffrance. Donc ça va donner un souffle très important au secteur bancaire, ça va dégager le bilan des banques et leur donner la possibilité de pouvoir offrir de nouveaux crédits au secteur privé".

Il a par ailleurs précisé que la Banque centrale suit de près l'évolution des créances en souffrance ainsi que les provisions associées, tout en soulignant une amélioration notable des indicateurs.

"Si vous avez vu dans la présentation, le taux a baissé de 8,6% à 8,3%. Et les provisions, évidemment, en conséquence, parce qu'elles tiennent compte des crédits qui sont garantis par Tamwilcom".

Dans ce contexte, Jouahri a insisté sur l’approche prudente de Bank Al-Maghrib en matière de distribution des dividendes, précisant que la décision finale reste conditionnée à des évaluations rigoureuses :

"Nous avons exigé des banques de nous présenter des reportings sur base sociale, sur base consolidée et avec un stress. C'est-à-dire qu'elles présentent une présentation stressée et une autre non stressée, de façon à voir si les coefficients prudentiels sont couverts ou pas couverts. Et quand ils ne sont pas couverts, nous avons demandé une diminution du taux de distribution et nous avons demandé aussi un renforcement ultérieur pour les années à venir, ainsi qu'un renforcement par les actionnaires des fonds propres".

Financement des TPE

Interrogé sur les mesures envisagées par Bank Al-Maghrib pour mieux accompagner les TPE et renforcer leur accès au financement, Abdellatif Jouahri a mis en avant une série d’actions en cours de déploiement, impliquant notamment le secteur bancaire ainsi que Tamwilcom.

"Nous essayons de réunir toutes les parties prenantes. Je vous ai dit qu'il y a eu la réunion du 6 mars. L'équipe de Bank Al-Maghrib va se réunir de nouveau, demain ou après-demain, avec les banques et Tamwilcom. On va devoir passer en revue, à la fois les procédures, c'est-à-dire voir comment les banques peuvent faciliter les procédures des TPE, en ce qui concerne l'examen de leurs demandes, les délais de réponse qu'elles doivent donner, etc.".

Jouahri a également précisé qu'une réflexion serait menée autour du coût des garanties, en particulier les primes exigées auprès des entreprises. "On va examiner aussi, peut-être, les primes qui sont payées : est-ce qu'on peut diminuer un petit peu la prime ? Tout cela va être discuté dans le cadre de ces réunions avec les parties prenantes".

Par ailleurs, le wali a annoncé la tenue prochaine d’une rencontre élargie impliquant la CGEM, les fédérations sectorielles ainsi que le secteur bancaire, dans l’objectif d’identifier clairement les besoins et les problématiques spécifiques auxquelles sont confrontées les TPE marocaines.

"Nous prévoyons vraisemblablement, pour le mois prochain, en tout cas au cours du premier semestre, une réunion tripartite avec la CGEM, les banques et Bank Al-Maghrib. Et quand on dit CGEM, c'est avec les fédérations autour de la table, pour écouter les uns et les autres, voir un petit peu, en particulier pour cette catégorie d'entreprises, quelles sont les problématiques, qu'est-ce qui se pose, etc. Je rappelle que nous avons déjà eu deux réunions de ce genre, en 2016 et en 2019. On s'est arrêtés à cause du Covid, on n'a pas repris malheureusement, mais il n'est jamais trop tard pour bien faire, pour compléter le dispositif en ce qui concerne la TPE", conclut-il.

E-Dirham

Concernant le E-dirham, Jouahri a indiqué que les travaux sont en cours, tout en précisant que ce projet ne pourra aboutir qu'à moyen ou long terme. "Comme je l’ai déjà évoqué lors des réunions précédentes, nous disposons d’une équipe spécialisée qui travaille sur ce sujet. Nous avons entamé un travail approfondi sur les crypto-actifs, lequel a abouti à un projet de loi transmis au ministère des Finances après près de trois ans d’efforts. De son côté, le ministère des Finances a constitué une équipe qui travaille également sur le projet que nous leur avons transmis."

Évoquant la complexité spécifique liée à l’introduction du E-dirham, Jouahri a souligné que la démarche marocaine tient compte à la fois des particularités locales et des expériences internationales :

"Parallèlement, nous avons constitué une autre équipe qui travaille sur le E-dirham. Ce sujet est particulièrement complexe. Certains pays ont déjà bien avancé, tandis que d'autres n'en sont qu'au début. Quant à nous, nous sommes à mi-chemin. Actuellement, nous avons fait du projet E-dirham une priorité, puisque nous avons constaté que le contexte marocain est spécifique : dans beaucoup de pays ayant lancé de tels projets, l'utilisation du cash est très faible, voire inexistante, comme en Suède où 100 % ont des comptes bancaires. Donc leur but est loin d’être la bancarisation ou la réduction du cash, leur but est d'améliorer les marchés financiers en général.", indique jouahri.

Enfin, Jouahri a précisé les prochaines étapes du projet, en particulier la collaboration technique avec des partenaires internationaux ainsi qu'une expérimentation pratique prévue avec l’Égypte :

"Pour notre part, nous cherchons précisément à étudier quel est l’objectif central derrière l’instauration d’un E-dirham. À cet effet, nous bénéficions déjà de l’accompagnement du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, avec lesquels les premières consultations ont porté justement sur l’objectif précis de ce projet. Actuellement, nous essayons de mener une expérimentation concrète avec une monnaie virtuelle en partenariat avec l'Égypte. On a choisi l'Égypte car elle est au même niveau du Maroc, afin de pouvoir voir comment ça fonctionne et comment cela pourrait marcher."; conclut-il.

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