Nouveau chantier naval de Casablanca : le marché relancé avec des conditions qui excluent les opérateurs nationaux
Un nouvel appel à concurrence pour la concession du futur chantier naval de Casablanca a été lancé par l'ANP. Il couvre un périmètre étendu, impliquant ainsi des investissements conséquents. Consultées par nos soins, ses conditions semblent à nouveau, dès le départ, exclure les opérateurs nationaux, sauf s'ils sont minoritaires. Détails.
Ce nouvel appel à concurrence relatif au chantier naval du port de Casablanca a été lancé le 7 avril dernier par l’Agence nationale des ports (ANP). Ce projet est flanqué de l'expression "futur plus grand chantier naval d'Afrique". Mais cette expression ne doit pas masquer les faits. Consultés par nos soins, les documents de ce nouveau marché suscitent des interrogations et ne livrent pas toutes les informations.
Le développement d’une industrie navale au Maroc est un projet gouvernemental, qui a été évoqué par plusieurs ministres, notamment Ryad Mezzour, ministre de l’Industrie et du Commerce, lors d’une visite récente effectuée en Corée du Sud durant laquelle il a rencontré de hauts responsables des secteurs de la construction navale et de l’automobile ; ou encore Nizar Baraka, ministre de l’Équipement et de l’Eau, lors d'une visite effectuée également en Corée du Sud en 2024. Mais cette industrie est encore embryonnaire au Royaume, avec un potentiel sous-exploité.
Hyundai Heavy Industries intéressé
Ce que l’on peut retenir de ce nouveau marché, c’est que :
– La concession porte sur "l’aménagement, l’équipement, le financement, l’exploitation, l’entretien et la maintenance du nouveau chantier naval". Le concessionnaire devrait donc compléter les infrastructures existantes par les équipements nécessaires et construire et équiper ses ateliers notamment. C’est un marché ambitieux, qui impliquera un investissement important de la part du prestataire retenu.
– Ce marché exclut ou marginalise d’emblée les investisseurs nationaux. Parmi les conditions exigées : 10 ans d’expérience dans un chantier naval ayant au moins cette taille. Ce cas n'existe pas au Maroc.
– L'ANP évoque la possibilité de former des groupements, mais exige néanmoins la création d’une société dédiée, dont la majorité (51%) sera détenue par l’entreprise disposant de 10 ans d’expérience dans un chantier naval aussi important. Nous pouvons alors supposer qu’elle sera d’emblée pilotée par un opérateur étranger.
– Le calendrier semble serré, puisque la convention finale devra être signée avec l'opérateur choisi le 7 juillet prochain. Il est possible que des consultations aient eu lieu au préalable avec des opérateurs internationaux, tels que le groupe sud-coréen Hyundai Heavy Industries (HHI).
Ce groupe sud-coréen ne cache d'ailleurs pas son intérêt pour ce marché. La presse locale le place même en pole position. Le géant français Naval Group avait soumissionné à un marché antérieur sur le même chantier naval et avait eu des négociations directes avec l'ANP, qui, finalement, n'ont pas abouti.
Diminution notable du nombre de navires traités sur l’ancien site du chantier naval de Casablanca
Comme indiqué ci-haut, l’industrie navale marocaine est embryonnaire avec un potentiel sous-exploité. Son chiffre d’affaires annuel était d’environ 500 millions de DH, principalement axé sur la réparation et la maintenance. Malgré cela, elle est identifiée comme un secteur stratégique.
C’est pour cette raison, affirment les pouvoirs publics, qu'ils ont mis en place une stratégie à l’horizon 2030 pour le développement des infrastructures portuaires dédiées à l’industrie navale, en vue de positionner le Maroc sur ce secteur à l'échelle régionale. "C’est dans ce cadre que l’ANP a réalisé le nouveau chantier naval du port de Casablanca, considéré comme premier pôle national d’industrie navale", explique l’Agence dans ce nouvel appel à concurrence. Un "premier pôle" dont les travaux ont été lancés en 2015, dont l'infrastructure principale est achevée depuis au moins 6 ou 7 ans, mais qui n'est jamais entré en activité.
Les principaux chantiers navals existants au Maroc sont situés dans les ports de Casablanca, d'Agadir et de Tan-Tan.
Cette situation a fait que de plus en plus de navires sous pavillon national se déplacent à l’étranger pour leur réparation, profitant ainsi aux chantiers navals concurrents environnants, en particulier à ceux de Cadix et de Las Palmas, engendrant des surcoûts pour les armateurs marocains.
Les modifications subies par le complexe portuaire de Casablanca, avec notamment la création d'un pôle port de plaisance et le déplacement du port de pêche, avaient conduit à construire un nouveau chantier naval à partir de 2015, celui qui fait l'objet de cet appel d'offres.
Quant au chantier naval d’Agadir, il dispose de trois types d’installations : une darse pour portique à sangles de 240 tonnes, un élévateur à bateau de 770 tonnes et une cale de halage. Celui de Tan-Tan est pour sa part équipé d’un élévateur de 1.200 tonnes et d’une darse pour portique à sangles de 320 tonnes.
Ce nouveau marché intervient alors, selon l’ANP, dans le cadre de la stratégie nationale visant le développement des infrastructures dédiées à l’industrie navale, avec une vision à l’horizon 2030, mais aussi à la suite d’instructions royales, relatives au lancement de la réflexion sur la constitution d’une flotte nationale maritime compétitive.
Sur ce dernier volet, une nouvelle stratégie nationale est en cours de mise en place, dont l’objectif affiché est d’atteindre une flotte de 100 navires à l’horizon 2045. Un tel développement stimulera alors la demande pour la construction et la réparation des navires.
Infrastructures existantes et futures du Royaume, ainsi que leur vocation respective telle que prévue dans la stratégie nationale pour le développement des infrastructures portuaires dédiées à l’industrie navale à l’horizon 2030 (Source : ANP)
Objectifs du nouveau chantier naval de Casablanca
Ce marché vise, selon les documents consultés par nos soins, à transférer le chantier actuel (ancien chantier naval) vers l’est du port, comme le montre l’image ci-dessous, en vue de la requalification du bassin du port de Casablanca et de son ouverture sur la ville.
Sur cette image figurent l'ancien chantier naval (en rouge) et le nouveau qui n'est toujours pas opérationnel (en bleu).
Ses objectifs sont les suivants :
– Accompagner le développement et la restructuration de l’industrie navale afin de mieux répondre aux besoins de la demande nationale et à une partie de la demande étrangère ;
– Positionner le Maroc sur ce segment dans le pourtour méditerranéen ;
– Drainer les investissements directs étrangers dans le domaine de l’industrie navale.
Le nouveau chantier dont les travaux ont été finalisés, d'après l'ANP, est composé des infrastructures suivantes :
– Une forme de radoub de dimensions 244 m x40 m ;
– Une plateforme élévatrice de dimensions 150 m x 28 m d’une capacité de 5.000 t ;
– Une darse de 6 m*13 m équipée d’un élévateur à sangles mobile sur pneu d’une capacité de levage de 450 t ;
– Trois quais d’armement : 350 m, 200 m et 160 m et des quais de liaison de 25 m et de 85 m ;
– Des terre-pleins d’une superficie de 21 ha.
Vue globale des infrastructures du nouveau chantier naval du port de Casablanca.
Bien qu’il ait mobilisé un investissement global de l’ordre de 2,6 MMDH, il n’est toujours pas opérationnel. Rappelons que sa construction avait été lancée en 2015. La conception du nouveau chantier naval par l'ANP avait fait l'objet de critiques.
Ce n’est qu’en 2019 qu’un appel à candidatures a été lancé pour l’attribution de sa concession, pour une durée de 30 ans, mais avec des critères jugés particulièrement contraignants pour les opérateurs marocains. En 2023, Naval Group, acteur international dans le secteur, alors seul candidat encore en discussion avec l’ANP, s'est retiré. Le marché n'a donc jamais abouti.
Des conditions contraignantes pour les opérateurs nationaux et un calendrier serré
Les conditions exigées par ce nouvel appel à concurrence sont à nouveau jugées contraignantes par les opérateurs nationaux joints par nos soins. À titre d’exemple, les candidats devront justifier d’une expérience confirmée d’au moins 10 ans dans l’exploitation de chantiers navals comparables à celui du port de Casablanca.
Autre volet pointé par nos interlocuteurs : le calendrier, jugé très serré, sauf s’il y a eu des contacts préalables avec des opérateurs internationaux.
En effet :
– L’avis de l’appel à concurrence a été publié le 7 avril dernier.
— Sa présentation aux candidats et la visite des lieux sont prévues le 8 mai.
– La date limite des soumissions des commentaires et de la demande de clarifications est fixée au 15 mai.
– La date limite des réponses aux demandes de clarification est prévue pour le 22 mai.
– La date limite de la soumission des offres et de l’ouverture des plis techniques est le 23 juin.
– La date d’ouverture des plis financiers est fixée au 30 juin.
– La sélection de l’attributaire se fera le 4 juillet, et la finalisation et la signature des documents de concession le 7 juillet.
Au total, trois mois ont été prévus pour mener l’ensemble du processus.
Toutes les indications dont on dispose sur ce dossier depuis plusieurs années montrent la volonté du Maroc d’attirer un grand opérateur international dans ce secteur. Hyundai Heavy Industries et Naval Group ont d’ailleurs été mentionnés comme candidats sérieux pour ce nouvel appel à candidatures par des médias internationaux.
La flotte nationale
Notons que la flotte nationale est composée principalement de navires de commerce, d'unités de pêche, de navires de la Marine royale et de navires de servitude. Cette flotte se décline comme suit (source ANP) :
À découvrir
à lire aussi
Article : Le Maroc face au risque d’une inflation alimentaire diffuse et composite
Alors que les instances internationales s'inquiètent d'un nouveau choc systémique mondial lié aux tensions géopolitiques, le Maroc navigue entre une campagne agricole prometteuse et des goulots d'étranglement logistiques nationaux. Si le blé tendre reste sous protection, les filières animale, sucrière et oléagineuse demeurent exposées à une inflation de second rang et à une saturation portuaire qui grignote les marges de manœuvre. Analyse.
Article : Pourquoi le taux d’inflation ne reflète pas toujours le vécu des ménages
Au Maroc, l’inflation ralentit, mais les ménages continuent de ressentir la hausse des prix et la pression sur leur pouvoir d’achat. Cet écart vient surtout d’une lecture incomplète du taux d’inflation, ainsi que de la nature même du panier représentatif utilisé pour mesurer l’évolution des prix.
Article : Intelcia : Karim Bernoussi et ses partenaires reprennent 100% du capital, sortie d’Altice
Le 28 avril, les deux cofondateurs du groupe, Karim Bernoussi et Youssef El Oufir, doivent finaliser le rachat des 65% du capital détenus par le groupe Altice, dont ils n'avaient conservé que 35% lors de l'entrée du partenaire français en 2016. Une opération qui redonne à ce fleuron de l'économie marocaine sa pleine liberté de manœuvre, au moment précis où son secteur est traversé par la déferlante de l'intelligence artificielle. Karim Bernoussi, PDG du groupe, était l'invité du 12/13 de Médias24.
Article : L’Oukaïmeden, station d’hiver et espace culte de transhumance
Alors que l’Oukaïmeden est appelé à devenir une station touristique quatre saisons à l’horizon 2027, l’anthropologue Mohamed Mahdi rappelle que ce territoire ne peut être réduit à un site de loisirs. Agdal pastoral, espace de transhumance, réservoir de biodiversité et patrimoine culturel amazigh, l’Oukaïmeden impose une approche de développement intégrée, capable de concilier tourisme, pastoralisme et préservation des équilibres sociaux et écologiques.
Article : La météo pour le lundi 27 avril 2026
Voici les prévisions météorologiques pour le lundi 27 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie.
Article : Plan d’aménagement de Marchica : un nouveau souffle socio-économique pour Nador et Beni Ensar
L'aménagement de la lagune de Marchica s’apprête à un nouveau chapitre. Au-delà des avancées de la première phase, il dessine une nouvelle transformation urbaine et touristique d'ampleur, de Nador à Beni Ensar, jusqu'au village d'Arkman. L’enquête publique s’est achevée vendredi.

