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Dossier Cet article est issu du dossier «Football. Le nouveau modèle de formation des jeunes» Réalisé par Chady Chaâbi et Mouad Jamali Idrissi Voir tout le sommaire
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Football

Foot. Le Centre fédéral de Saïdia, creuset de talents et référence du nouveau modèle de formation

Le centre fédéral de formation de football à Saidia est l’une des quatre structures occupant une place centrale dans le nouveau modèle de formation, initié par la Fédération royale marocaine de football et géré par Evosport. Plus de 90 jeunes talents, filles et garçons âgés de 12 à 16 ans, y suivent un programme sport-études de haut niveau. L’objectif : former l’élite de demain et alimenter les clubs ainsi que les sélections nationales.

Le Centre fédéral de formation de football à Saidia.
Chady Chaabi & Mouad Jamali Idrissi
Le 28 mai 2025 à 10h59 | Modifié 28 mai 2025 à 11h33

À Saïdia, en cette soirée printanière, les étoiles ne scintillent pas uniquement dans le ciel. Elles brillent aussi sur les pelouses du Centre fédéral de formation de football. Plus de 90 jeunes, filles et garçons âgés de 12 à 16 ans, rejoignent leurs chambres respectives après une journée bien remplie, où ils ont affûté leur technique, renforcé leur condition physique et poursuivi leur apprentissage scolaire, dans le cadre exigeant du programme sport-études.

L’accès à ce centre demeure un privilège réservé aux jeunes qui se distinguent par leur talent, leur discipline et leur détermination. Géré par Evosport, filiale de l’Université Mohammed VI Polytechnique UM6P, le Centre de Saïdia est l’une des vitrines du nouveau modèle de formation lancé par la Fédération royale marocaine de football (FRMF).

Quatre Centres fédéraux et onze clubs ont adhéré au programme de formation lancé par la FRMF

Symbole d’une vision d’excellence fondée sur un encadrement de haut niveau et une préparation complète, au service des clubs adhérents à ce programme et à celui des équipes nationales. Par le passé, ces centres fédéraux dépendaient exclusivement de la Direction technique nationale (DTN) et de la FRMF.

Aujourd’hui, ils sont pleinement intégrés au nouveau programme, visant notamment à rapprocher les jeunes de leurs familles. "Nous avons constaté que certains jeunes issus de régions éloignées étaient contraints de quitter leur foyer", explique à Médias24 Fathi Jamal, directeur du développement et du pôle formation au sein de la DTN.

"Grâce à ces Centres fédéraux, nous pouvons désormais garantir aux jeunes une proximité avec leurs familles, un facteur crucial pour leur épanouissement. De plus, ces centres offrent des infrastructures optimales pour une formation de haut niveau", ajoute-t-il. Dans un premier temps, les centres fédéraux ont pour mission de fournir des joueurs aux clubs. Mais à moyen terme, dans deux à trois ans, ce seront plutôt les clubs qui alimenteront ces centres, qui deviendront alors de véritables pôles d’excellence dédiés aux sélections régionales.

"Les meilleurs joueurs de chaque région suivront un cursus de formation identique, mais dans de bonnes conditions. Après une semaine passée au centre fédéral, les jeunes sont libérés le week-end pour rejoindre leur club respectif", explique Fathi Jamal. Le Centre fédéral de formation de football de Saïdia illustre parfaitement cette nouvelle vision. Il offre un cadre professionnel où ces jeunes talents peuvent grandir, s’épanouir et se préparer à intégrer les plus hauts niveaux du football national.

Un encadrement technique expérimenté

Après avoir animé une séance tactique axée sur la transition, le directeur sportif du Centre, Anthony Bancarel, corrobore cette vision à notre micro. "On est dans une serre à ciel ouvert. Nous disposons de bons ingrédients, d’une terre fertile et de jardiniers qui savent faire pousser les plantes", image-t-il. 

Au-delà des infrastructures haut de gamme, c’est surtout un encadrement technique expérimenté qui fait la différence. Ancien joueur de Ligue 1 (Toulouse, Bordeaux), Anthony Bancarel possède une solide expérience d’entraîneur formateur, notamment avec les U17 de Toulouse, où il a contribué à l’éclosion de talents tels que Amine Adli.

Anthony Bancarel, directeur du Centre fédéral de formation de football de Saidia.
Anthony Bancarel, directeur sportif du Centre fédéral de formation de football de Saidia, anime une séance tactique.

Khadija Ben Haddou incarne également ce savoir-faire professionnel. Entraîneure principale de l’équipe féminine U16 et ancienne internationale marocaine (8 sélections), elle a obtenu son diplôme UEFA A en France. Son regard sur le cadre de travail est d’autant plus pertinent. "Je travaille dans un environnement idéal pour former des joueuses plus compétitives, prêtes à relever les défis du football moderne", assure-t-elle.

Si ces encadrants se disent positifs, c’est en raison d’un dispositif de formation pensé de manière globale, prenant en considération non seulement les aspects techniques et tactiques, mais aussi le développement physique, mental et humain.

"Mon adage, c’est que certes on passe deux heures sur le terrain, mais l’important, c’est tout ce qui se passe autour : sommeil, hydratation, hygiène des pieds… Tout cela pour former des citoyens marocains respectables et respectés, tout en initiant au quotidien du sportif de haut niveau. Nous avons avant tout un rôle éducatif", souligne le directeur sportif. 

De futurs citoyens qui, pour l’instant, se distinguent avant tout par des qualités footballistiques, un esprit d’équipe et surtout de grandes ambitions. A l’instar de Meryem Houssaini (milieu offensive, U17) et Hamza Jabran (défenseur central, U15). Intégrée au Centre de Saïdia il y a deux ans, après avoir réussi les tests de sélection, Meryem Houssaini est pleinement consciente de la chance qui lui a été donnée.

"Nous sommes très bien encadrés, avec un programme spécifique, des terrains de qualité, des soins, un suivi rigoureux et une alimentation saine", se réjouit-elle. Hamza Jabrane abonde dans ce sens: "la qualité des entraînements me fait progresser constamment, surtout sur le plan physique". 

Cette préparation athlétique intègre systématiquement le ballon, rendant ainsi cette phase parfois moins appréciée par les jeunes bien plus ludiques. "Nous essayons d’intégrer le ballon dans toutes les phases de la préparation physique, afin que les joueurs fournissent les efforts sans même s’en rendre compte", assure Ayoub Tannouche, référent des préparateurs physiques au Centre.

La préparation physique est un pan essentiel de la formation au sein du Centre Fédéral de formation de football à Saidia.
La préparation physique est un pan essentiel de la formation au sein du Centre Fédéral de formation de football à Saidia.

Développement des habiletés technico-tactiques

Un aspect essentiel où l’on insiste particulièrement sur la coordination, la motricité et la vitesse. "Ce sont des qualités à travailler dès cet âge, car il sera plus difficile de les développer par la suite", poursuit-il. Le volet athlétique prend également en compte les spécificités physiques de chaque jeune au Centre.

"En plus des séances collectives, nous adaptons la préparation grâce à une approche individualisée, ciblant pour chaque joueur ses lacunes en termes de qualités physiques, selon les résultats des tests", complète Ayoub Tannouche, titulaire d’un master spécialisé en entraînement sportif et optimisation de la performance de haut niveau.

L'approche individualisée rythme donc les semaines des jeunes footballeurs et footballeuses en herbe. "On s’entraîne quasiment chaque jour, excepté le lundi, lendemain de match. L’intensité de l’entraînement est élevée", révèle Khalid Gurichate, entraîneur formateur des U15 féminines et ancien joueur professionnel des Forces Armées Royales (FAR). 

Des plans d’entraînement conçus sur la base des directives de la Direction technique nationale. "J’établis un grand principe que je décline pendant la semaine, soit d’une façon générale, soit spécifique", explique Rachid Mediouni, entraîneur formateur des U14. "Notamment, le développement des habiletés technico-tactiques sur le plan individuel", complète-t-il.

En sus, et malgré leur jeune âge, la tactique prend une place importante dans la formation des résidents du Centre de football et de formation de Saïdia. "Dès qu’ils sont sur le terrain, on travaille déjà la tactique à travers le positionnement du corps, la première touche, et on les fait rapidement évoluer à leur poste", explique Anthony Bancarel.

Un apprentissage qui sollicite d’importantes qualités cognitives. "Ce n’est pas simple d'accéder au centre, car il n’y a que les meilleurs. Ce sont des joueurs pétris de talents, ce qui facilite l’intégration de certaines stratégies”, affirme Khalid Gurichate. Preuve en est, les résultats lors des compétitions.

Les jeunes du Centre Fédéral de formation de footabll à Saidia jouissent d'un accompagnement complet.
Les jeunes du Centre Fédéral de formation de footabll à Saidia jouissent d'un accompagnement complet.

Dans un premier temps, étant donné l’éloignement, les plus jeunes participent principalement à de nombreux matchs amicaux ainsi qu’au championnat régional, ce qui leur permet de s’initier progressivement à la compétition. 

"Avec les U13, nous avons organisé des matchs amicaux. Comme ils gagnaient facilement, nous avons dû les surclasser pour leur offrir des confrontations plus élevées", indique Abdenacer Lakhyali, entraîneur formateur des U13. Quant aux U15, ils évoluent dans le cadre du championnat national, qui les amène à voyager davantage tout en leur offrant des confrontations d’un niveau beaucoup plus élevé.

L’instauration d’une véritable culture de la gagne

Dans cet environnement compétitif, l’instauration d’une véritable culture de la gagne est primordiale à chaque entraînement et pas uniquement le week-end. "Je souhaite que tous les matchs soient joués pour être gagnés, c’est pour cela que dans les exercices, il y a un quota de points. Il faut aussi avoir la haine de rater une passe facile, de ne pas gagner un duel, de ne pas mettre un but. On leur a expliqué qu’ils n’étaient pas là pour être en vacances. L’objectif, c’est la sélection pour toutes et tous", martèle Anthony Bancarel.

Dès lors, cette recherche perpétuelle d’excellence ne pèse-t-elle pas trop lourd sur les épaules de ces jeunes qui n’ont même pas encore l’âge d’avoir le permis de conduire ? En tout cas, Meryem Houssaini n’ignore pas l’importance de l’aspect mental dans sa formation. "L’aspect est essentiel car si tu perds confiance en toi, tu fais n’importe quoi sur le terrain". 

"Ils ont en effet besoin d’être soutenus psychologiquement car ils sont fragiles à cet âge", confirme Abdenacer Lakhyali. D’autant plus que concilier sport et études n’est pas toujours facile à gérer. "Ce n’est pas simple d’exceller dans tous les domaines, mais on essaie de trouver un équilibre", admet Meryem Houssaini.

Cela dit, les jeunes sont prévenus et savent où ils mettent les pieds. "Au début de leur formation, on leur explique que ce sera difficile, car ils viennent souvent d’un système associatif, avec moins de rythme tout au long de la semaine. On leur demande beaucoup de concentration mais on leur apporte aussi un cadre et un soutien pour qu’ils puissent évoluer tant sur le plan athlétique que scolaire", indique Khadija Ben Haddou. 

En parallèle à leur formation footballistique, les jeunes du Centre fédéral de Saïdia suivent un cursus scolaire qui doit en faire à la fois des joueurs de haut niveau, mais aussi des élèves accomplis, capables de réussir leur parcours académique et de s’ouvrir d’autres perspectives, au-delà du terrain. 

"C’est à nous de les empêcher de choisir entre le sport et les études. D’une part, parce que si demain il y a une blessure, tout peut s’arrêter. Et d’autre part, parce qu’il est essentiel de développer leur cerveau. Au haut niveau, les joueurs doivent être intelligents, capables de prendre des décisions rapidement. Pour cela, il faut un socle scolaire. Pas forcément dans les hautes sphères, mais au moins dans des sphères tout à fait normales", affirme Anthony Bancarel. 

Un staff médical complet veille au bien-être des résidents

Il n’en faudra pas moins pour aider Meryem Houssaini à "devenir footballeuse professionnelle de haut niveau" et permettre à Hamza Jabrane de réaliser son rêve : "jouer la Coupe du monde 2030 avec l’équipe nationale". Au même titre qu’un suivi médical à la pointe. Tout est mis en place pour répondre aux besoins des jeunes athlètes en cas de blessure.

Le Centre dispose d’une salle de kinésithérapie, d’installations pour les examens cliniques, d’un service de radiologie, d’un échographe, ainsi que de salles de soins encadrées par deux infirmières. Un staff médical complet veille au bien-être des jeunes, avec la présence de deux médecins, de trois kinésithérapeutes et de plusieurs stagiaires. L’écoute, la disponibilité et l’expertise sont essentielles pour assurer un accompagnement efficace.

Le Centre de formation de football de Saidia dispose d'un pôle médical à la pointe de la technologie.
Le Centre de formation de football de Saidia dispose d'un pôle médical à la pointe de la technologie.

"Lorsqu’un joueur se blesse, plusieurs étapes doivent être respectées", avance le Dr Issam Kallala, médecin urgentiste et spécialiste en médecine du sport. "Après l’examen médical, l’objectif est d’abord de soulager la douleur et de poser un diagnostic précis. Ensuite, on stabilise la lésion avant de déterminer le traitement à suivre, qu’il soit fonctionnel ou chirurgical", détaille-t-il.

Au-delà de la prise en charge des blessures, un programme de prévention est également mis en place pour les éviter. "En collaboration avec les préparateurs physiques, on a mis en place un programme préventif pour limiter les blessures graves ou liées à la croissance. Dans certains cas, ce programme est suivi deux à trois fois par semaine. Depuis sa mise en œuvre, le nombre de blessures a nettement diminué", se félicite Achraf Bentaha, kinésithérapeute du sport.

En somme, au Centre fédéral de formation de football de Saïdia, chaque détail compte. Encadrement technique rigoureux, suivi médical de pointe, programme scolaire structuré, soutien psychologique…tout est réuni pour permettre à ces jeunes talents de se construire, sur et en dehors du terrain, capable de porter les couleurs nationales demain.

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Chady Chaabi & Mouad Jamali Idrissi
Le 28 mai 2025 à 10h59
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