Sahara. Les principaux scénarios de clôture du dossier
Alors que de plus en plus de puissances internationales rallient la position marocaine sur la question du Sahara, le contexte diplomatique n’a jamais été aussi favorable à Rabat. Quels sont les scénarios possibles pour clore ce conflit de manière définitive ?
Le dossier du Sahara marocain connaît une dynamique historique, avec un soutien international croissant en faveur de la souveraineté du Maroc. Des puissances majeures comme les États-Unis, la France, l'Espagne et le Royaume-Uni ont clairement rallié le plan d'autonomie marocain. Mais quelle est donc la suite ? Ou plutôt l’issue ?
Contactés par nos soins, deux experts en relations internationales se montrent optimistes quant aux scénarios de clôture du dossier du Sahara. Entre nécessité d’un retour de l’Algérie à la table des négociations, en tant que partie prenante du conflit, et complexité des équilibres géopolitiques au Conseil de sécurité, à quoi faut-il s’attendre désormais ?
Voici les lectures de deux experts, anciens ambassadeurs marocains et chroniqueurs de Médias24 : Ahmed Faouzi et Hassan Hami.
Un contexte juridique favorable
“La position du Maroc pour faire reconnaître la marocanité du Sahara par l'organisation des Nations unies n'a jamais été aussi confortable par le passé”, estime Ahmed Faouzi.
Un confort qui est le fruit d'un travail de longue haleine. Car comme le rappelle Hassan Hami, “le contexte juridique actuel s’inscrit dans les résolutions du Conseil de sécurité depuis 2007, où la proposition marocaine d’autonomie avait été mise en évidence. La question du référendum a, quant à elle, été abandonnée depuis 2001. Avant même la proposition des deux plans Baker”.
De plus, Hassan Hami souligne que le processus s’est accéléré par deux moyens : soit par le gel de la reconnaissance de la pseudo-rasd, soit par la reconnaissance de la souveraineté marocaine. Et ce, surtout par les grandes puissances comme les États-Unis, la France, l’Espagne et dernièrement le Royaume-Uni.
“Il faut quand même préciser que quand ces pays disent qu’ils soutiennent le plan d’autonomie marocain comme étant la ‘seule’ solution et “la plus réaliste”, il s'agit bien d'une déclaration de reconnaissance de la souveraineté marocaine”, précise-t-on de même source.
Rallier la Russie et la Chine ?
Ahmed Faouzi rappelle que “le Maroc est conforté par la position de trois des cinq membres permanents qui ont rejoint la justesse de la position marocaine après avoir compris le jeu d'Alger qui, il faut le souligner, a assez duré”.
“Peut-on conquérir également les deux autres restants, à savoir la Russie et la Chine ? Ou au moins obtenir leur neutralité ?”, interroge-t-il.L’Algérie doit se joindre aux tables rondes. C’est inévitable et incontournable
“On sait que ces deux pays vivent des situations plus complexes avec la Crimée et l'Ukraine pour l'un, et avec le statut de Taïwan pour l'autre. Il ne faudrait jamais désespérer de les ramener un jour à de meilleurs sentiments sur cette question vitale qu'est le Sahara pour les Marocains”, indique Ahmed Faouzi.
Tout aussi optimiste, Hassan Hami rappelle que pour ces deux autres membres permanents, l’un vote les résolutions depuis 2017 (la Chine) et l’autre s’abstient (la Russie).
“L’objectif essentiel du Conseil de sécurité est la résolution du conflit. Ils sont unanimes sur cela. Mais ils utilisent aussi la question du Sahara – comme d’autres conflits régionaux – dans le cadre de la politique de marchandage des uns avec les autres”, poursuit Hassan Hami.
Pour lui, “un travail de fond doit être fait par ces membres-là auprès de l’Algérie. Le but est qu’elle cesse de jouer l’obstruction. C’est un effort qu’ils doivent consentir à son égard. Il faut que l’Algérie comprenne qu’elle ne peut plus jouer cette carte. L’Algérie doit se joindre aux tables rondes. C’est inévitable et incontournable”.
L’Algérie a nourri, financé et promu ce conflit
C’est aussi l’idée que défend Ahmed Faouzi. Il souligne que le Conseil de sécurité, saisi de ce différend, peut “imposer une solution de compromis, comme le stipule le chapitre 6 de la Charte [des Nations unies, ndlr], dans ses articles 33 à 38”.
“Ces articles insistent clairement sur le fait que les parties à un différend doivent chercher par voie de négociation, de médiation, de conciliation, ou alors par voie d'arbitrage, de trouver un compromis qui satisfait toutes les parties”, explique-t-il.
“Or, dans ce cas de figure, l'Algérie, qui est partie prenante à ce conflit, puisqu'elle l'a nourri, financé et promu, se défile de ses responsabilités. Elle ne veut plus participer aux tables rondes comme elle le faisait auparavant et comme le recommande ouvertement le Conseil de sécurité. Elle cherche à faire de ce conflit un conflit bilatéral qui ne concerne que le Royaume et le ‘polisario’. Mais l’on sait que ce dernier n'est que le ‘proxy’ des militaires algériens”, poursuit l’ancien ambassadeur.
Ensuite, il sera nécessaire, selon Hassan Hami que l’Algérie accepte un recensement des populations qui sont dans les camps de Tindouf. “Il n’est pas question, dans le cadre d’un processus de règlement, que l’ensemble de ces gens-là viennent réclamer quoi que ce soit. Il faudrait alors faire un tri pour voir qui est réellement d’origine sahraouie”.
“La Minurso est l'une des opérations dont on ne voit plus l'intérêt maintenant”
“Le Conseil de sécurité peut aller vers la réduction de la présence de la Minurso pour pousser les parties à se diriger vers une solution rapide, réaliste et pragmatique ; qui sauve l'honneur de tout le monde”, suggère pour sa part Ahmed Faouzi.
Il rappelle que “depuis l'avènement de Trump à la tête des États-Unis, Washington a réduit drastiquement son financement à certaines organisations internationales. Et compte aussi le faire pour certaines missions de maintien de la paix”.
“La Minurso est l'une des opérations dont on ne voit plus l'intérêt maintenant. Parmi tous les foyers chauds de la planète, celui du Sahara est le moins intense et n'a jamais présenté un risque à la paix mondiale”, estime Ahmed Faouzi.
À quelle issue faut-il s’attendre ?
Hassan Hami explique que “lorsque les questions sur les conflits internationaux sont portées, dans le cadre du chapitre 6, devant le Conseil de sécurité, c’est pour chercher une solution à l’amiable, pacifique”.
De son côté, Ahmed Faouzi indique que, sur la base de ce chapitre, le Conseil de sécurité peut confier la question du Sahara à l'Assemblée générale des Nations unies. Celle-ci pourra “faire voter une résolution en vue de sortir définitivement cette question de la liste des territoires non autonomes”.
Et d’ajouter : “Avec les soutiens et les reconnaissances successives accumulées, ainsi que la justesse de la position, tout semble réuni pour présenter une résolution et la faire voter afin qu'elle nous rétablisse dans notre droit définitivement et pour toujours”.
Si la résolution de ce conflit est certes sur la bonne voie selon nos interlocuteurs, cela va nécessiter du temps. Ce qui ne joue pas en défaveur du Maroc, selon ces experts.
Pour Hassan Hami, “une reconnaissance formelle va demander beaucoup de temps”.
Selon lui, “régler un problème qui remonte à cinquante ans n’est pas une tâche aisée. Il y a beaucoup d’acteurs impliqués. Il y a ceux impliqués directement, c’est-à-dire l’Algérie, et d’autres acteurs africains qui ont fait de la question du Sahara un fonds de commerce. Mais il y a aussi les arrangements internationaux”.
Et d’ajouter : “Au sein du Conseil de sécurité, il faut qu’il y ait un arrangement entre les cinq membres permanents. Certains vont utiliser la carte du Sahara marocain pour régler d’autres problèmes. La diplomatie est une question d’intérêt, de timing et de temps géopolique. Et le Maroc, grâce à Sa Majesté le Roi, a cette lecture pertinente du temps géopolitique”.
En attendant une reconnaissance formelle, Hassan Hami s’attend à ce qu’il y ait “une discussion difficile entre les membres du Conseil de sécurité qui devront trouver la combinaison idéale en fonction de leurs intérêts”.
Mais selon lui, “la première étape importante est de sortir la question du Sahara marocain de la quatrième commission des Nations unies”. La deuxième est que “le ‘polisario’ ne soit plus membre de l’Union africaine. Et qu’il soit ajouté à la liste des mouvements terroristes”.
Pour résumer, voici ce qu'il faut retenir :
- La dynamique internationale en faveur de la souveraineté marocaine et d'une clôture finale du dossier est indéniable.
- Les scénarios pour y parvenir sont nombreux : accord Maroc-Algérie éventuellement sous les auspices des États-Unis ; multiplication des reconnaissances internationales qui vont gagner toutes les instances internationales dont l'UA ; résolution contraignante du Conseil de sécurité après accord entre les cinq membres permanents ; dissolution de la Minurso et transfert du dossier vers l'Assemblée générale de l'ONU ; reconnaissance formelle par l'ONU à travers l'Assemblée générale...
- Le référendum est une option définitivement abandonnée.
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