img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
Dossier Cet article est issu du dossier «Fact-checking - Elections 2026» Voir tout le sommaire
Fact Checking

Fact-checking. Ce que révèlent les données officielles face aux affirmations de Mustapha Dahmani

Lors de la séance plénière du 15 juillet, Mustapha Dahmani, conseiller parlementaire et membre du groupe RNI, a fait un tour d’horizon de la conjoncture économique, en particulier de la croissance, de l’emploi et du pouvoir d’achat. Médias24 a vérifié ses déclarations à la lumière des données officielles.

séance plénière au parlement
séance plénière au parlement
Par
Le 20 juillet 2025 à 17h56 | Modifié 21 juillet 2025 à 7h43

Dans le cadre des interventions des groupes parlementaires lors de la séance plénière mensuelle des questions de politique générale adressées au chef du Gouvernement, Mustapha Dahmani, conseiller sous les couleurs du RNI, a déclaré : "Le taux de la croissance économique a dépassé 4,8% lors du premier trimestre 2025, ce qui a constitué un facteur fondamental dans la réduction du taux de chômage en créant environ 351.000 postes d'emploi dans les activités non agricoles".

"Nous sommes également optimistes quant aux dernières statistiques du Haut-Commissariat au Plan, notamment concernant les perspectives de croissance pour le troisième trimestre 2025. La demande intérieure continuera de soutenir la croissance économique, atteignant 6,6 points. Compte tenu de la dynamique de reprise amorcée fin 2024, l'investissement et la consommation devraient poursuivre leur redressement au troisième trimestre 2025, stimulant l'activité non agricole de 4,2 % en glissement annuel, contre 4,4 % au trimestre précédent, ce qui contredit les discours pessimistes concernant le pouvoir d'achat des citoyens".

Croissance et emploi, sous-emploi : ce que révèlent les chiffres ?

Selon M. Dahmani, la croissance économique de 4,8 % enregistrée au premier trimestre 2025 constitue un facteur déterminant dans la baisse du chômage et la création de l’emploi sur la même période.

Si l'économie marocaine a bien enregistré une croissance de 4,8 % selon les comptes nationaux du T1 2025 publiés par le HCP, les chiffres de l'emploi présentés par le conseiller sont incomplets.

Certes, la création d’emplois hors agriculture s’élève à 351.000 postes (216.000 dans les services, 83.000 dans l’industrie, 52.000 dans les BTP), mais cette création est contrebalancée par la destruction de 72.000 postes dans l’agriculture, ce qui ramène le solde net à 282.000 postes sur la même période.

Une représentation exacte des données sur l'emploi ne peut pas omettre les pertes enregistrées, surtout lors de toute communication publique. D'autant plus qu'au T1 2025, 25% des actifs occupés travaillaient encore dans le secteur de l'agriculture. L’écarter de l’analyse risquerait de donner une lecture partielle de la performance économique globale.

Par ailleurs, pour une évaluation plus fine, il convient de distinguer les différentes catégories d’emplois. Si le solde pour le premier trimestre reste positif avec 282.000 emplois créés, plus de 65% de ces emplois (185.000) relèvent du sous-emploi.

Le sous-emploi a augmenté de 10,3 % à 11,8 %, atteignant 1.254.000 personnes. Autrement dit, plus d’un emploi créé sur deux relève d’un sous-emploi.

Enfin, le lien fait par Mustapha Dahmani entre croissance et emploi relève davantage du discours politique, voire d’un raccourci simpliste, que d’une démonstration économique. En réalité, il n’existe pas de relation systématique ou automatique entre l’évolution du PIB et la création d’emplois, en particulier à court terme.

L’impact de la croissance sur l’emploi est souvent différé dans le temps, avec un certain délai de transmission. Autrement dit, il est économiquement infondé d’affirmer que les 4,8% de croissance enregistrés au T1 2025 ont directement entraîné la création des emplois observés sur la même période.

Demande intérieure ≠ pouvoir d’achat

Dans sa deuxième déclaration, Mustapha Dahmani s’appuie sur les publications du HCP relatives au T2 et T3 2025, évoquant une reprise de la demande intérieure. Il s'appuie sur ces prévisions pour contredire les discours relatifs à l’érosion du pouvoir d’achat.

Or les chiffres des T2 et T3 publiés par le HCP ne sont que des prévisions (entre estimation et projection), qui restent sujettes à révision.

Mustapha Dahmani cite ainsi la contribution attendue de la demande intérieure à la croissance du T3 2025, estimée à 6,6 points selon la note de conjoncture du HCP publiée le 11 juillet. Les chiffres avancés sont corrects et proviennent bien de cette note.

Ce qui l'est moins, en revanche, c'est le raisonnement qui en découle et qui s'appuie sur ces projections pour contredire "les discours pessimistes sur le pouvoir d’achat", comme il l'évoque. Alors que les deux notions ne sont pas équivalentes, ni directement corrélées.

La demande intérieure, en comptabilité nationale, regroupe plusieurs composantes :

  • la consommation finale des ménages,
  • l’investissement,
  • la consommation publique,
  • La consommation des institutions sans but lucratif (ISBL).

Le pouvoir d’achat des citoyens ne recouvre qu’une partie de cette demande, en l’occurrence, la consommation des ménages.

L’analyse détaillée des données montre d’ailleurs que la vigueur de cette demande tient davantage aux flux publics qu'à la consommation des ménages.

Au premier trimestre 2025, la formation brute de capital fixe (investissement) a bondi de 17,5 %, passant de 93,6 à 109,9 MMDH. Les dépenses des administrations publiques ont également progressé de 5,2 %, pour atteindre 70,6 MMDH.

Ce sont donc ces deux composantes — l’investissement et la dépense publique — qui expliquent l’essentiel de la dynamique de la demande intérieure.

Fact-checking. Ce que révèlent les données officielles face aux affirmations de Mustapha Dahmani

Ceci dit, la consommation finale des ménages connait bien une reprise, avec une hausse de 4,4 % au premier trimestre. Dans ses prévisions pour le deuxième trimestre et ses projections pour le troisième trimestre, le HCP prévoit des hausses respectives de la consommation des ménages de 4,2% et 4,1%.

Cette progression s’inscrit, selon le HCP, dans un "contexte d’inflation maîtrisée et d’amélioration des revenus, grâce notamment à la revalorisation des salaires publics, à la réforme de l’impôt sur le revenu et aux rehausses du SMIG et du SMAG".

Ces mesures gouvernementales ont, certainement, permis d'améliorer les revenus et d'atténuer les effets de l'inflation. On peut même affirmer que l’impact de l’inflation aurait été plus brutal sans les différentes mesures prises, qu'elles soient sectorielles ou liées directement aux revenus.

Mais il serait abusif d’en conclure à un rétablissement du pouvoir d’achat. Celui-ci reste grevé par des niveaux de prix durablement élevés, même si le rythme d’inflation s’est ralenti. Les hausses de revenus ne font au mieux que compenser — partiellement — la perte de pouvoir d’achat accumulée depuis plusieurs années.

Surtout, il est économiquement infondé de tirer des conclusions sur le pouvoir d’achat à partir de la seule évolution de la demande intérieure ou même de la consommation des ménages. Une hausse de la consommation peut s’observer dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat, si les ménages recourent à leur épargne ou s’endettent davantage. À l’inverse, une stagnation de la consommation peut résulter d’un choix d’épargne, et non d’une perte de pouvoir d'achat.

Seule l’analyse du revenu disponible réel des ménages, c’est-à-dire corrigé de l’inflation, permet d’évaluer avec précision l’évolution du pouvoir d’achat. Nous avons tenté l'exercice dans un précédent article avec les données publiques disponibles. Il en ressort que l’érosion du pouvoir d’achat est indiscutable.

L'amélioration du pouvoir d'achat reste donc un vrai sujet sur lequel les politiques sont fortement attendus.

Fact-checking. Ce que révèlent les données officielles face aux affirmations de Mustapha Dahmani
Screenshot
Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 20 juillet 2025 à 17h56
SOMMAIRE DU DOSSIER

à lire aussi

La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka
Quoi de neuf

Article : La politique de l’eau, un enjeu de souveraineté nationale selon Nizar Baraka

Lors du MAP Town Hall organisé à Rabat, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a détaillé cinq priorités : dessalement, interconnexions entre bassins, équité territoriale, préservation des ressources et valorisation de l’expertise marocaine à l’international.

Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance
TOURISME

Article : Tourisme : pourquoi l’objectif des 26 millions de visiteurs pourrait être atteint avec deux ans d’avance

Le tourisme marocain est en avance sur son propre calendrier. Alors que l’objectif officiel reste fixé à 26 millions de visiteurs en 2030, les performances récentes poussent déjà le secteur à préparer l’étape suivante : une nouvelle feuille de route pouvant viser 30 millions d’arrivées et près de 200 milliards de dirhams de recettes.

Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca
Quoi de neuf

Article : Formation continue : le CESE pointe un système trop complexe et trop concentré à Casablanca

En 2022, seuls 1.647 employeurs sur près de 315.000 cotisants ont bénéficié des contrats spéciaux de formation, selon le Conseil, qui recommande un fonds dédié, la digitalisation des démarches et un meilleur accès pour les TPME et les indépendants.

Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026
La séance du jour

Article : Bourse de Casablanca : le MASI termine en légère baisse le 3 juin 2026

L’indice principal s’est établi à 18.563,40 points, dans un volume d’échanges de 237,9 MDH sur le marché central, avec Managem, TGCC et Alliances parmi les valeurs les plus actives.

La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP
Mines

Article : La pyrite, vieux résidu minier devenu enjeu stratégique pour OCP

C’est l’histoire d’un minerai longtemps négligé qui revient au centre du jeu industriel. Alors que les prix du soufre atteignent des niveaux historiques, OCP prépare dès 2027 la récupération locale de pyrite et de pyrrhotite, avec Managem et d’autres acteurs miniers en toile de fond. Explications.

Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial
Quoi de neuf

Article : Après 17 ans, Lamia El Ghorfi quitte La Mamounia pour se consacrer à un projet familial

Après dix-sept années passées à La Mamounia, Lamia El Ghorfi a annoncé son départ de la Direction de la communication et des projets culturels. Elle indique vouloir se consacrer à un projet familial, tandis que son successeur sera dévoilé dans les prochains jours.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité