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Le Maroc minier entre dans l’ère de la valorisation et de la transition énergétique

CARTOGRAPHIE. Dix ans après la loi 33.13 sur les mines, le secteur minier a réagi positivement par une croissance exponentielle des investissements, mobilisés pour intensifier l'exploration du sous-sol marocain et lancer de nouveaux projets d'extraction et de valorisation du minerai, boostant significativement la valeur ajoutée de ce secteur.

Le Maroc minier entre dans l’ère de la valorisation et de la transition énergétique
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Le 12 octobre 2025 à 14h30 | Modifié 14 octobre 2025 à 11h18

Le secteur minier marocain a récemment évolué, non seulement en exploration et exploitation, mais aussi en valorisation minière. Cette dynamique est parallèle à un marché mondial de plus en plus demandeur de matières premières et à un tissu industriel national qui migre de plus en plus vers les hautes technologies, notamment celles des batteries électriques.

À cela s’ajoute une loi minière claire qui encadre les droits et les obligations de l’entreprise minière et de l’État. Cet engagement mutuel est d'autant plus pertinent qu'une réforme est en cours pour mettre à profit les acquis et renforcer l’attractivité et la compétitivité du secteur, notamment en promouvant une exploitation minière verte et sobre en carbone.

Cependant, il est également vrai qu’à ce jour, les bénéfices du secteur minier sont largement dominés par l'industrie des phosphates. Si le secteur minier hors phosphates était auparavant figé dans la simple extraction, l’ensemble des entreprises minières, y compris les petites et moyennes entreprises (PME), ont désormais assimilé l’enjeu stratégique de la valorisation. Cette dernière permet de mieux monétiser le produit extrait, mais aussi de pérenniser la durée de vie de leur entreprise, notamment via la valorisation chimique.

La période récente a vu le lancement de nouveaux projets miniers ambitieux, qui témoignent d'une évolution stratégique et profonde du secteur. Si l'on prend l'exemple de la Chine, sa force ne réside pas seulement dans le nombre important de ressources minières, mais également dans son savoir-faire en valorisation et raffinage des minerais, à l'instar du lithium.

Panorama des principaux acteurs de l'industrie

Au-delà du secteur des phosphates, le paysage minier marocain s'est élargi et diversifié. Il est largement dominé par de petites exploitations, les grandes mines étant pour le moment peu nombreuses et principalement opérées par le groupe Managem. Ce dernier est actif dans l'extraction de l'argent à Imiter, du cuivre à Bleida, Akka et Tizert, ainsi que du cobalt à Bouazzer, et du plomb et du zinc à Drâa Sfar et Hajjar.

Le Maroc minier entre dans l’ère de la valorisation et de la transition énergétique
La répartition des principales mines du Maroc.

 

La Compagnie Minière de Touissit (CMT) exploite le gisement de Tighza, près de Mrirt, qui est le plus important gisement de plomb argentifère du pays.

Cédée par Managem, la société Purple Hedge, devenue Ayrad Group, redéveloppe actuellement la mine de cuivre d'Oumejrane, près de Zagora, en vue d'une reprise prochaine de l'activité.

Près de Marrakech, la société Kharrouba Copper Mining extrait du cuivre en quantités modestes, mais dispose d'un potentiel prometteur pour le cobalt.

En ce qui concerne l'or, la mine de Tiouit maintient une faible production grâce au retraitement d'anciens résidus miniers, ce qui en fait actuellement la seule mine d'or en activité au Maroc.

À ces sites s'ajoutent deux grands projets miniers aux réserves certifiées, mais dont l'ouverture reste en suspens. Le premier projet concerne la mine d'étain d'Achemmach, que l'opérateur initial, Atlantic Tin, a récemment décidé de céder au groupe chinois Xingye pour des raisons financières.

Le second concerne la mine de potasse de Khémisset, dont le projet est bloqué en raison de la non-conformité de l'étude d'impact environnemental présentée par la compagnie britannique Emmerson. Cette dernière a décidé, en mai 2025, de lancer une procédure d'arbitrage contre le gouvernement devant le CIRDI.

La transparence : facteur clé de la réussite pour Aya Gold & Silver

Cotée à la Bourse de Toronto, la compagnie minière canadienne Aya Gold & Silver a su s’intégrer parfaitement au contexte minier marocain. Son investissement permanent dans la mine de Zgounder a non seulement permis de relancer la mine, mais cette relance portera également ses fruits en production nationale dès cette année par le doublement de la production d’argent au Maroc.

L’ascension rapide de la compagnie canadienne s'est accompagnée d'une transparence de l’ensemble de ses activités. Depuis 2020, Aya a produit plus de 10 millions d’onces d’argent et a foré 231.000 mètres, ce qui a permis de déchiffrer l’empreinte minière du gisement.

Cette année, elle compte produire 5 millions d’onces d’argent, soit la moitié de sa production des cinq dernières années, et ce, grâce à la mise en service rapide et réussie de son usine de traitement.

La structure initiale de la mine de Zgounder comporte des réserves d'au moins 100 millions d'onces d'argent, ce qui permet une durée de vie initiale de 11 ans, tandis que d'autres perspectives de développement se concrétisent.

À Zgounder, les travaux d'exploration ont déjà identifié plusieurs cibles prometteuses nécessitant des développements supplémentaires pour révéler leur plein potentiel. Certaines ont par ailleurs démontré des indices intéressants en argent, mais aussi en cuivre et en or, permettant d’augmenter la durée de vie initiale de Zgounder.

En 2024, Aya a réalisé 39,1 millions de dollars de revenus tirés des ventes d’argent de Zgounder et a consacré jusqu’à 30 millions de dollars aux travaux d’exploration et de mise en valeur de ses projets.

Aya est en train de finaliser un rapport technique mis à jour sur Zgounder. Elle y inclut une mise à jour des ressources, ainsi qu'un nouveau plan minier qui intégrera à la fois les activités à ciel ouvert et souterraines.

De même, la compagnie prépare, avant la fin de l’année, une évaluation économique préliminaire (PEA) pour estimer la viabilité de son deuxième projet minier prévu au Maroc.

La réussite d’Aya a montré la voie à d’autres investisseurs miniers canadiens qui se sont associés à Aya dans le cadre d’une nouvelle entité dédiée à l’exploration de l’or, Mx2mining. Aya conserve une participation majoritaire de 42% dans ce projet. Actuellement, Mx2mining travaille sur l’acquisition de nouveaux portefeuilles miniers aurifères.

Managem œuvre à intégrer davantage le secteur minier à l'industrie nationale

De son côté, le groupe Managem a orienté sa stratégie en faveur d'une intégration industrielle, concrétisée par la création en 2025 d'une nouvelle filiale : Mana Green. Cette entité valorisera les minerais essentiels à la transition énergétique. Elle mobilisera des investissements massifs pour renforcer l'approvisionnement local et rendre compétitives les industries de batteries en cours de développement.

Elle vise notamment à redynamiser la Stratégie industrielle 2030 en sécurisant l'approvisionnement en métaux stratégiques essentiels à la transition énergétique, notamment ceux utilisés dans la fabrication de batteries.

Dans le cadre de cette stratégie, le groupe minier marocain s'apprête à ouvrir pour la première fois la voie à l'exploitation du graphite aux environs de Marrakech, un minerai de base pour la fabrication des anodes de batteries électriques.

Ce projet s'accompagnera du développement, avec l’ONHYM, du premier projet d’exploration avancée des terres rares. Bien qu'à un stade encore précoce pour une exploitation, les indices découverts sont prometteurs.

Pour Managem, la future mine de Tizert permettra de doubler la capacité de production minière en cuivre. La nouvelle mine intègre les dernières technologies, notamment par l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) visant à améliorer les performances des machines et l’optimisation permanente des processus et du stock (avec le déploiement du premier jumeau numérique [Digital Twin] minier au Maroc). Cette mine matérialise la production durable par la réutilisation des eaux non conventionnelles d'Agadir et l'intégration des énergies renouvelables au réseau.

Auparavant, le Maroc produisait du concentré de cuivre que l'industrie ne pouvait pas utiliser directement sans traitement, obligeant ainsi les industriels à importer pour satisfaire leur demande en cathodes ou fils de cuivre.

À cette fin, l'étude de faisabilité du projet de la première fonderie de cuivre est en voie d'achèvement, avant le lancement de la construction qui nécessitera un investissement important de 10 à 15 milliards de DH.

Au terme de la Stratégie 2030, Managem devrait débloquer de nouvelles exploitations de minerais essentiels pour les industries, notamment deux projets de graphite (en cours de certification) et de terres rares (si les réserves de ces dernières s'avèrent économiquement exploitables).

De plus, cette valorisation en aval permettra de mieux contrôler la chaîne d’approvisionnement de plusieurs minerais stratégiques comme le cuivre, le cobalt, le manganèse et le graphite, offrant une marge de bénéfice importante pour Managem, renforçant la compétitivité de l’industrie nationale et favorisant la commercialisation des produits des petites exploitations minières.

Le groupe OCP développe de nouveaux horizons stratégiques

Fort de ses grandes réserves de phosphates, le groupe OCP développe de nouvelles orientations stratégiques axées sur la haute valorisation. Il est capable d'augmenter sa production d'acide phosphorique pour l'utiliser dans les composés des batteries électriques, notamment la technologie LFP (Lithium-Fer-Phosphate).

InnovX, filiale de l'UM6P, est au cœur de cette démarche et pilote deux projets stratégiques visant à exploiter les sous-produits non commercialisés : Fluoralpha pour la production du fluor et Uranext pour l'extraction de l'uranium contenu dans les phosphates.

Le développement mené par Fluoralpha a déjà mené au lancement de trois projets de production de produits fluorés, dont un partenariat notable avec le chinois Tinci pour la fabrication du sel de lithium. Parmi les autres pistes explorées, l'extraction des terres rares à partir du phosphogypse, un sous-produit de la production phosphatée. La société Rainbow Rare Earths a d'ailleurs signé un accord-cadre avec OCP et l'UM6P en août 2022 pour étudier cette technique.

Toutefois, ce programme nécessitera un délai plus long en raison de la faible teneur en terres rares dans les phosphates sédimentaires et de la complexité du processus, dont chaque étape doit s'avérer économiquement viable.

Enfin, bien que ces projets soient stratégiques, leur concrétisation dépendra non seulement des investissements mobilisés, mais aussi du développement de ressources humains qualifiés et l'acquisition des licences de technologies de production, souvent détenues par la Chine.

Qu’en est-il de la petite exploitation minière ?

Si les grandes entités citées réalisent des travaux importants, le secteur minier reste majoritairement dominé par la petite exploitation. Celle-ci peine souvent à commercialiser ses produits à un prix équitable, ce qui compromet la viabilité économique de ses projets et favorise la spéculation, entraînant une sous-valorisation du minerai.

Le développement récent des projets de valorisation devrait offrir de nouvelles perspectives. Il permettra aux petites et moyennes exploitations de mieux commercialiser leurs produits, en particulier pour celles qui détiennent des minerais stratégiques et critiques.

Un des atouts majeurs de la prochaine réforme de la loi sur les mines est d'ailleurs de donner aux entreprises le droit d'obtenir des licences de valorisation sans l'obligation de posséder une licence d’exploitation minière.

Actuellement, la commodité la plus prisée au Maroc est l’antimoine. L’incertitude géopolitique mondiale a conduit à une ascension record de son prix, passant de 5.500 dollars la tonne en 2019 à un prix de 56.000 dollars la tonne en septembre 2025, soit une multiplication par dix. Alors que ce métal est principalement exploité par les petites exploitations minières marocaines à ciel ouvert, plusieurs investisseurs étrangers s’intéressent davantage à ce type d’exploitation, car ils estiment que le marché sera de plus en plus demandeur.

Cependant, comme pour les autres minerais, l’exploitation du minerai brut seul n’est pas opportune en l’absence de valorisation et de raffinage. Le développement de cette commodité, en plus du cuivre et de l’argent, peut également ouvrir la voie à l'industrie des panneaux photovoltaïques.

Le Maroc n'exploite pas encore pleinement l'énorme potentiel de la valorisation minière. L'engagement du pays envers la neutralité carbone est un atout additionnel qui permettra aux minerais marocains d'être plus compétitifs sur le marché international.

À cet effet, le ministère de la Transition énergétique et du développement durable (MTEDD) mettra en œuvre prochainement une plateforme numérique pour son projet de premier corridor africain "Origine, Transit, Certification" (OTC).

Après l'avoir initialement déployée pour ses propres mines, le ministère étendra cette plateforme à l'échelle africaine, permettant ainsi aux exploitations minières du continent de bénéficier de son écosystème intégré, qui comprend les infrastructures, les institutions financières, ainsi que les unités industrielles et de transformation.

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Le 12 octobre 2025 à 14h30

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