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Le journal de la CAN 2025

CAN 2025 : défis, anecdotes et métiers marocains dans les coulisses d’une organisation de classe mondiale

Derrière les images spectaculaires diffusées aux quatre coins du monde, la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025 n'a pas été qu'un rendez-vous sportif, mais aussi une aventure technique et artistique intense. Cérémonies millimétrées, fan zones transformées en lieux de vie, gestion de l’imprévu et mobilisation de centaines de métiers, retour sur les coulisses de cet événement d’envergure, racontées par deux responsables au cœur du dispositif.

Retour sur les coulisses de la CAN 2025
Retour sur les coulisses de la CAN 2025
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Le 2 février 2026 à 19h25 | Modifié 3 février 2026 à 8h08

Malgré les incidents ayant entaché la finale, la CAN 2025, dont l’organisation a été sans faille, a marqué les esprits autant chez les Marocains que chez les visiteurs de toutes nationalités.

Médias24 a échangé avec Ismail Dine et Mehdi Lahrichi, deux directeurs de projets chez Avant Scène, agence marocaine de conseil en communication événementielle.

Ils sont, tous les deux, revenus sur les coulisses de la compétition, ses défis et ses anecdotes marquantes.

Tout doit fonctionner comme une seule grande mécanique

Sur un événement suivi par des centaines de millions de téléspectateurs, l’organisation ne laisse aucune place à l’approximation, insistent nos deux interlocuteurs.

"Sur la CAN, j’étais en charge des cérémonies d’ouverture et de clôture, ainsi que de la fan zone de l’OLM Souissi", nous raconte Ismail Dine. "J’étais le point focal entre la Confédération africaine de football (CAF), la Fédération royale marocaine de football (FRMF), les autorités locales et toutes les équipes terrain", nous explique-t-il.

Son rôle était "de faire en sorte que l’artistique, la technique, la sécurité, la logistique et l’opérationnel puissent avancer en même temps, chacun dans son périmètre, sans se bloquer".

"Dans ce type d’événement, on ne peut pas tout contrôler seul. On met en place des systèmes, des méthodes et des relais pour que les équipes soient autonomes et responsables. L’objectif, c’est que tout fonctionne comme une seule grande mécanique".

Sur le plan artistique, Mehdi Lahrichi avait la responsabilité de traduire une vision créative globale en une réalité tangible. "J’ai coordonné la production musicale, la création des contenus visuels et l’écriture artistique dans son ensemble", nous a-t-il expliqué.

L’enjeu était surtout de transmettre des émotions fortes tout en affirmant une identité marocaine lisible et cohérente.

Tout est pensé pour déployer un spectacle monumental… puis disparaître sans laisser de trace, comme si rien ne s’était passé"

Le respect de la pelouse, un défi majeur de l’organisation, invisible au public

Organiser un événement de cette ampleur suppose de relever de multiples défis, que les équipes doivent maîtriser tout au long du tournoi. "Le principal défi", d'après M. Dine, "c’est bien sûr la gestion du temps et de la simultanéité, mais surtout la responsabilité qui va avec."

"Sur les cérémonies, tout est calé à la seconde près, parce qu’on s’adresse à des centaines de millions, voire des milliards de téléspectateurs à travers le monde. À ce moment-là, ce n’est pas seulement ton image que tu engages, c’est aussi celle de ton pays. Cette pression est énorme, mais elle est surtout très positive. Elle pousse à être encore plus exigeant, encore plus précis, à dépasser tes limites", nous raconte-t-il.

Toutefois, parmi tous les défis qu'on peut imaginer, il y en a un que le grand public soupçonne rarement. Il s’agit de "la préservation absolue de la pelouse".

"Toutes les décisions sont prises en fonction de cette contrainte", insiste le directeur de projets chez Avant Scène. "Mouvements, chorégraphies, déplacements, éléments scéniques, temps de montage et de démontage… tout est pensé pour déployer un spectacle monumental… puis disparaître sans laisser de trace, comme si rien ne s’était passé".

À cela s’ajoute la gestion de la fan zone, active quotidiennement pendant plusieurs semaines. "Le défi, c’est de maintenir le même niveau d’excellence du premier au dernier jour, tout en assurant une sécurité maximale", explique-t-il.

"On parle de dizaines de milliers de visiteurs, de familles, et d'enfants… Il faut anticiper les flux, les entrées, les sorties, les pics d’affluence, et travailler main dans la main avec les autorités, les équipes de sécurité et de secours, pour que tout se passe de manière fluide et sereine. C’est une grosse machine humaine, très complexe, mais incroyablement stimulante. Et notre rôle, c’est de faire en sorte que tout reste maîtrisé, sécurisé et à la hauteur de ce que le monde attend de nous".

Quand l’imprévu devient un moment de grâce

La CAN 2025 a aussi été marquée par des moments forts, fruits de l’imprévu. Mehdi Lahrichi se souvient d’un épisode devenu emblématique, celui de la participation d’Idris Elba, un acteur britannique de théâtre, de télévision ainsi qu'au cinéma.

"On parle d’une personnalité internationale, habituée aux plus grandes productions, notamment à Hollywood. Dès qu’on lui a présenté le projet, il a été très enthousiaste et honoré de participer à cette célébration de l’Afrique et du Maroc", nous raconte-t-il.

"Il décide alors d’écrire et d’enregistrer une chanson spécialement pour la cérémonie… envoyée seulement trois jours avant le show".

"A ce stade, tout est déjà calé : récit, musiques, timings, et transitions. Intégrer une création aussi forte dans un dispositif aussi complexe, dans un délai aussi court, était un vrai défi. Les équipes ont fait preuve d’une réactivité et d’une intelligence collective remarquables", souligne Mehdi Lahrichi.

"Le soir de la cérémonie, le stade s’illumine sous les flashs des téléphones, le public se joint spontanément à l’hommage. On a ressenti une émotion très sincère, presque intime, au cœur d’un événement d’une ampleur exceptionnelle".

"C’est sans doute ce qui résume le mieux l’intensité de cette aventure : cette capacité collective à transformer l’imprévu en un moment de grâce".

Face à la pluie et au vent, des plans B, C et parfois D

La météo a également été un acteur à part entière de cette CAN, marquée par de nombreux épisodes de pluie. "La pluie ne nous a pas surpris", affirme Ismail Dine. "En décembre, elle fait partie des scénarios dès le départ", assure-t-il.

"Rien n’est laissé au hasard. Au contraire, à certains moments, la pluie a presque sublimé le spectacle, notamment avec le travail de la lumière et de la musique".

"Ce qui a été plus contraignant, c’est plutôt le vent, qui nous a obligés à ajuster certains dispositifs techniques, mais toujours dans des conditions de sécurité maximales".

"L’essentiel, c’est d’avoir anticipé, d’avoir des plans B, C, parfois D, et des équipes suffisamment expérimentées pour prendre les bonnes décisions au bon moment".

Les fan zones, des lieux de vie éphémères

À Rabat, la Fan Zone OLM Souissi n’était pas uniquement un espace de retransmission de matchs. "Une fan zone, ce n’est pas un événement ponctuel, c’est un lieu de vie éphémère", insiste le directeur projets chez Avant Scène.

"Elle doit fonctionner tous les jours, accueillir des profils très différents, rester fluide, sécurisée et agréable du premier au dernier jour. Dès l’amont, les équipes ont travaillé sur des scénarios de fréquentation : matchs du Maroc, phases finales, concerts, mais aussi journées plus calmes. À partir de là, on a dimensionné les flux, les équipes d’accueil, la sécurité, l’animation et la technique".

"Mais il y avait aussi une vraie ambition artistique. On a proposé une programmation digne des plus grands festivals internationaux, avec des artistes comme Burna Boy, Gims, Dystinct, French Montana, Davido… Quand on prend du recul, on se rend compte de ce que ça représente : offrir à des dizaines de milliers de personnes, dans un cadre sécurisé et familial, des concerts de ce niveau. Ces moments ont été magiques, et ils font pleinement partie de l’âme de cette CAN".

Une mobilisation massive de métiers et de talents marocains

Il faut noter aussi que derrière le spectacle, ce sont des centaines de métiers qui ont été mobilisés, qu'on ne voit pas forcément.

"C’est là qu’on mesure toute la richesse de l’événementiel", explique Ismail Dine. "On parle de centaines de métiers, et surtout de beaucoup de talents marocains qui ont été mobilisés et mis à l’honneur. Directeurs de projet, responsables de production, directeurs techniques, régisseurs, chorégraphes, danseurs, mais aussi costumières, maquilleurs, artisans, menuisiers, ferronniers, décorateurs, et manutentionnaires".

"Sans oublier les techniciens son, lumière et vidéo, les équipes logistiques, chauffeurs, coursiers, accréditations, sécurité, ou encore les équipes administratives et financières. C’est une véritable chaîne humaine où chaque maillon compte", insiste-t-il. Chaque rôle, sans exception, est essentiel à la réussite de l’ensemble.

Le Maroc n'est plus un pays hôte, mais une vitrine mondiale du savoir-faire marocain

Avec le recul, la CAN 2025 apparaît comme un marqueur fort du niveau atteint par le Maroc en matière d’événementiel, estiment les deux interlocuteurs.

"Nous avons aujourd’hui la capacité de concevoir, produire et livrer des événements internationaux d’une très grande complexité, avec des équipes majoritairement marocaines, et selon les standards les plus élevés", affirme Ismail Dine.

"Touchant plus de deux milliards de téléspectateurs à travers le monde, la compétition a offert une visibilité exceptionnelle au savoir-faire national et a suscité un réel engouement à l’international. Elle confirme un changement de statut. Le Maroc ne se positionne plus seulement comme un pays hôte, mais comme un acteur crédible et reconnu de l’industrie événementielle mondiale".

"Pour Avant Scène, l’ambition est aussi d’accompagner cette dynamique, en devenant une référence au Maroc, et au-delà, et en contribuant à exporter cette expertise, cette méthode et cette exigence sur d’autres grands événements internationaux", conclut M. Dine.

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Le 2 février 2026 à 19h25

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