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Face à la concurrence internationale, les atouts cachés de la céramique made in Maroc

Riche en matières premières et structurée autour d'une industrie intégrée, la filière céramique marocaine ploie néanmoins sous le poids des importations massives, des pratiques de dumping régulièrement dénoncées et d'une facture énergétique en forte hausse. Pour les industriels, le salut passera par une synergie accrue afin de favoriser la montée en gamme.

Carreaux céramiques ouverture d'une enquête antidumping sur les importations indiennes
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Le 19 mai 2026 à 18h52 | Modifié 19 mai 2026 à 19h03

L’essentiel

  • Le Maroc dispose d'une filière céramique performante, dont le chiffre d'affaires dépasse 3,5 milliards de dirhams et qui génère plus de 7.000 emplois directs et indirects.
  • Derrière ces performances se trouvent à la fois des investissements industriels solides et une disponibilité locale des matières premières, notamment le feldspath, élément clé dans la chimie de la céramique.
  • Avec 1 million de tonnes de feldspath produites en 2025, le Maroc se hisse au 1ᵉʳ rang africain et au 8ᵉ rang mondial parmi les grands producteurs mondiaux de feldspath, derrière l’Inde, la Turquie ou encore la Chine.
  • Dans le contexte actuel, les industriels nationaux subissent une forte pression en raison de l'afflux massif de produits étrangers à bas coût, tandis que la flambée des prix du gaz naturel, intrant majeur pour l'étape de la cuisson, fragilise leurs marges et freine leur compétitivité.

Et si l'avenir de la céramique marocaine ne se limitait plus au secteur du bâtiment ? Au-delà du carrelage traditionnel, les céramiques techniques offrent des débouchés prometteurs pour alimenter d'autres segments industriels à forte valeur ajoutée.

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Les détails

S'appuyant sur un écosystème industriel solidement intégré de l'amont à l'aval, le Maroc s'impose aujourd'hui comme une place forte de la céramique, se hissant au rang de deuxième producteur africain juste derrière l'Égypte.

Si la dynamique actuelle et porteuse du secteur du BTP offre un véritable élan à la filière, elle pousse également les opérateurs nationaux à accélérer leur transition afin de lever les verrous structurels et gagner en compétitivité face à une concurrence internationale particulièrement agressive sur le marché national, avant même de se projeter à l'international.

C'est précisément tout l'enjeu de la nouvelle feuille de route 2026-2030, paraphée le 15 mai dernier entre le ministère de l'Industrie et du commerce et l'Association professionnelle des industries de la céramique (APIC), à l'occasion de la première édition de la Journée nationale de la céramique.

En amont, la disponibilité des matériaux offre un avantage stratégique pour la filière qui repose sur trois matériaux principaux : l’argile, le sable et le feldspath. Mais cet atout est-il pleinement exploité ?

Le feldspath, pilier silencieux de l'industrie céramique

Le feldspath est le pilier de l'industrie céramique et un atout majeur pour l’industrie nationale. En 2025, le Maroc a produit environ 1 million de tonnes de feldspath, ce qui le place au premier rang africain et autour du 8ᵉ rang mondial, derrière l'Inde, la Turquie, l'Iran, la Chine, l'Italie, la Thaïlande et la Corée du Sud.

Sa nature stratégique tient à sa grande polyvalence : un seul matériau remplit simultanément plusieurs fonctions essentielles dans le processus de fabrication.

Il confère à la pièce sa résistance mécanique, son imperméabilité et sa durabilité. Parallèlement, son apport en alumine et en alcalis garantit la qualité des émaux, ce qui donne à la céramique son aspect vitreux caractéristique tout en multipliant les possibilités esthétiques de couleurs et de textures.

Au nord de Taroudant, la mine de Tamaloukt figure parmi les plus importants gisements de feldspath sodique au monde. Exploitée depuis 2004 par le groupe espagnol Crimidesa, elle dispose sur place d'une usine de traitement et de valorisation qui produit un feldspath sodique à haute teneur, destiné aussi bien aux producteurs marocains de céramique qu'à l'export.

Au-delà de la silice, certains sables recèlent d'autres minéraux exploitables

Complément indispensable de l'argile, le sable apporte la silice qui structure la céramique. Il permet de faciliter le façonnage et de limiter le retrait à la cuisson. De plus, en réagissant avec le feldspath, il forme la phase vitreuse garante de résistance, de dureté et d'imperméabilité.

Au Maroc, le sable de concassage issu des carrières et le sable de dune, après lavage, séchage, broyage et classification granulométrique, répondent à ces exigences et occupent une place importante dans la production nationale des carrières (environ 15 %).

Certains sables marocains, notamment dans le Sud, recèlent par ailleurs des minéraux à forte valeur ajoutée comme le zircon et le titane non encore exploités.

Le zircon est utilisé comme opacifiant et agent de blanchiment, permettant d’atténuer la couleur rouge de la pâte argileuse, et sert de matrice à des pigments stables à haute température.

Le titane intervient dans la formulation des émaux pour produire des blancs crémeux, des effets décoratifs recherchés (rutile, marbrures, semi-mat) et améliorer la résistance chimique des glaçures.

Toutefois, l'exploitation de ces gisements sablo-minéralisés relève à la fois de la loi sur les mines et de dispositifs particuliers liés au littoral. Dans le cadre de l’article 24 de la loi 81.12 relative au littoral, l'administration peut accorder des autorisations pour des opérations de dragage jugées nécessaires (ports, défense contre la mer, communication avec les lagunes) ou d'exploitation des cordons dunaires, sous réserve de ne pas compromettre leur rôle dans l'équilibre de l'écosystème côtier.

Les céramiques avancées, une voie de développement encore sous-exploitée

Dans la région de Tan-Tan, le projet porté par la compagnie Sondiale vise la production de polysilicium, matériau essentiel à la fabrication des panneaux photovoltaïques et des semi-conducteurs. À terme, il pourrait ouvrir un nouveau segment pour l'industrie céramique marocaine, au-delà des débouchés traditionnels de la filière.

En effet, le polysilicium permet également la production de céramiques techniques avancées, particulièrement dures et résistantes à l'abrasion. Leur intérêt réside aussi dans leur capacité à prolonger la durée de vie des équipements tout en réduisant les coûts de maintenance.

Ce matériau ouvre par ailleurs la voie à la fabrication de céramiques dérivées de polymères. Contrairement aux céramiques traditionnelles destinées au bâti, ces céramiques techniques avancées répondent à des besoins industriels de haute performance, notamment dans les secteurs de l'automobile, de l'aérospatiale et de la défense.

Parmi les matériaux à base de silicium figure le carbure de silicium, l'un des plus durs connus après le diamant, ce qui lui vaut le surnom de diamant noir.

À ce jour, le potentiel du secteur demeure entier. Le catalyseur de ce segment pourrait bien être la recherche scientifique nationale, déjà bien positionnée sur le sujet, qui mène des travaux prometteurs tant dans la céramique traditionnelle que dans la céramique avancée.

Le défi de la compétitivité face aux importations et aux coûts énergétiques

Malgré la disponibilité abondante des matières premières sur le territoire national, le secteur marocain de la céramique reste fortement concurrencé par les importations, qui inondent le marché avec des produits à bas coût.

D’après les données de l’Office des changes, le Maroc importe en valeur environ 2,5 milliards de dirhams de produits de carrelage céramique et exporte environ 500 millions de dirhams de produits céramiques.

En volume, les importations atteignent près de 420.000 tonnes par an, en provenance principalement d'Espagne, d'Italie, d'Inde et de Chine. Des flux dont la régularité reste questionnée par les industriels nationaux, qui dénoncent régulièrement des pratiques de dumping et de sous-déclaration de poids aux frontières, fragilisant davantage la production locale.

Récemment, le ministère de l’Industrie et du commerce a ouvert une enquête antidumping sur les importations de carreaux céramiques en provenance d’Inde, à la demande des industriels marocains du secteur.

Dans le contexte actuel, les industriels font face à une hausse continue des prix du gaz naturel, un intrant essentiel à la fabrication céramique puisqu'il alimente les fours de cuisson, étape la plus énergivore du processus de production. Cette flambée des coûts énergétiques érode la compétitivité de l'industrie marocaine. À cela s'ajoute une dépendance aux importations pour certains équipements et additifs.

Le secteur a besoin de davantage d’innovation pour sortir des segments à faible valeur ajoutée, là où la concurrence internationale est la plus agressive. Ce volet souligne l’importance cruciale de la convergence entre l’industrie et les laboratoires de recherche pour faire émerger davantage de solutions innovantes renforçant la compétitivité de la filière.

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Tags : céramique
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