En 2025, les levées de capitaux sur le marché marocain ont atteint 124,4 milliards de dirhams, contre 106,7 MMDH en 2024, soit une hausse de 17% sur un an. Les entreprises continuent donc de recourir au marché des capitaux pour financer leurs besoins, dans un contexte où l’activité financière est restée soutenue.
Cette progression concerne l’ensemble des instruments utilisés par les entreprises, qu’il s’agisse de financements à court terme ou de ressources mobilisées sur des maturités plus longues. Elle confirme que le marché reste un point d’accès actif pour les opérations de financement, indépendamment des choix de structure du capital.
Sur le seul mois de décembre 2025, les levées de capitaux ont atteint 17,8 MMDH.
Les chiffres montrent par ailleurs que plus de 95% des levées ont été réalisées via des instruments de dette, contre environ 4% par appel public à l’épargne, mettant en évidence la place centrale de la dette dans le financement des entreprises.
Les levées de capitaux en chiffres
Sur l’ensemble de l’année, les instruments de dette représentent 119,1 MMDH, contre 101,7 MMDH en 2024. Ils concentrent ainsi l’essentiel des montants levés par les entreprises.
Dans le détail, les titres de créances négociables (TCN) occupent la première place. En 2025, les émissions atteignent 66,2 MMDH, en hausse par rapport aux 48,9 MMDH enregistrés en 2024.
Les certificats de dépôt totalisent 29,6 MMDH, suivis des bons des sociétés de financement avec 19,4 MMDH, puis des billets de trésorerie à 17,2 MMDH.
Les émissions obligataires arrivent en deuxième position. Elles s’élèvent à 52,9 MMDH en 2025, un niveau proche de celui observé en 2024 (53 MMDH). La majorité de ces émissions a été réalisée par placement privé, pour 40,8 MMDH tandis que les opérations par appel public à l’épargne ont représenté 12,1 MMDH.
Les émissions de titres de capital restent, quant à elles, limitées. En 2025, elles atteignent 5,2 MMDH, contre 5,5 MMDH un an plus tôt. Leur poids demeure marginal par rapport aux volumes mobilisés par la dette.
Dans l’ensemble, la comparaison entre 2024 et 2025 montre une hiérarchie inchangée des instruments de financement. Les TCN restent en tête, suivis des obligations, tandis que les levées en capital occupent une place secondaire dans le total des montants mobilisés.
Un arbitrage naturel entre dette et fonds propres
Pour un spécialiste des opérations de financement, la comparaison entre dette et fonds propres doit d’abord se faire sur des bases simples. "Il faut regarder ce que les entreprises lèvent réellement sur le marché en dette et ce qu’elles lèvent en capital. L’écart est structurellement en faveur de la dette, même s’il n’est pas aussi excessif qu’il peut le paraître à première vue".
Selon lui, "opposer frontalement dette et fonds propres n’est pas toujours pertinent. Les deux modes de financement ne se substituent pas mécaniquement l’un à l’autre. Ils répondent à des besoins différents et s’inscrivent souvent dans une logique complémentaire, étalée dans le temps".
Dans la pratique, "les entreprises cherchent d’abord à exploiter leur capacité d’endettement. Tant que le niveau d’endettement reste soutenable, la dette est privilégiée, car elle coûte généralement moins cher que les fonds propres et permet aux actionnaires de conserver la maîtrise du capital. Ce n’est qu’une fois cette marge consommée, ou lorsqu’un projet impose un saut de taille, que l’ouverture du capital devient une option sérieuse".
L’importance des montants levés par la dette ne signifie pas pour autant que les fonds propres se limitent à l’appel public à l’épargne. Comme le rappelle notre interlocuteur, "une partie significative des levées en capital s’effectue en dehors de la Bourse, notamment auprès de fonds d’investissement, de family offices, de partenaires industriels ou d’institutions financières internationales. Ces opérations, moins visibles, échappent aux statistiques de l’APE".
Un autre élément clé tient à la facilité de mise en œuvre. "La dette est souvent plus rapide à mobiliser, que ce soit via le système bancaire ou par des placements obligataires privés. À l’inverse, les levées de fonds propres impliquent des processus plus longs, structurants et exigeants, avec des phases d’évaluation, de due diligence et de négociation parfois étendues".
La question de la transparence pèse également dans l’arbitrage. Selon notre interlocuteur, "les opérations réalisées par appel public à l’épargne supposent un niveau élevé de communication réglementaire avant, pendant et après l’opération. À l’inverse, les placements privés offrent davantage de discrétion, un critère qui compte pour de nombreuses entreprises".
Pour notre source, une entreprise ne raisonne pas en termes de "dette contre capital". Elle identifie d’abord un besoin de financement, puis arbitre en fonction du coût, des contraintes et des engagements associés à chaque dirham levé. Dans ce cadre, la dette apparaît souvent comme une solution plus familière, plus souple et plus immédiate.
L’ouverture du capital répond à une logique différente. "Elle intervient généralement à un stade plus avancé du développement, selon la maturité de l’entreprise et ses objectifs. Elle peut prendre plusieurs formes, allant de l’introduction en bourse à des levées minoritaires auprès d’investisseurs spécialisés, voire à des opérations majoritaires dans des contextes de transmission ou d’adossement stratégique".
Enfin, le contexte de marché joue un rôle non négligeable. "La liquidité encore limitée de la Bourse de Casablanca et la prédominance des investisseurs institutionnels restreignent le champ des opérations en capital. Parallèlement, des conditions monétaires favorables et un fort appétit des investisseurs pour les instruments de dette rendent l’endettement attractif, tout en coexistant avec un marché actions actif. Pour certaines entreprises, cette configuration conduit à privilégier la dette dans un premier temps et à décaler le calendrier d’une éventuelle ouverture du capital.
