Maroc “pays d’origine sûr” : ce qu'un nouveau texte européen change pour les demandeurs d'asile marocains
Le Parlement européen a validé l’inscription du Maroc sur la première liste commune de “pays d’origine sûrs”, un classement qui doit accélérer le tri des dossiers et compliquer la tâche des demandeurs d’asile marocains dans l’UE. Mais combien sont-ils ? Dans quels pays déposent-ils leur demande ? Et quel est leur profil type ? À partir des bases de données européennes, Médias24 répond à ces questions.
À partir du 12 juin 2026, le nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile doit entrer en vigueur. Il s’agit, concrètement, d’un paquet de nouvelles règles qui ambitionne d'harmoniser davantage la gestion de l’asile et des retours au sein de l'Union européenne (UE). Et cela concerne au premier chef le Maroc.
En d’autres termes, les demandes d’asile déposées au sein de l’UE par des ressortissants marocains seront, dorénavant, présumées par défaut comme étant peu fondées, pour la bonne et simple raison que l'on commencera à considérer que les intéressés ne sont pas susceptibles de faire l'objet d'atteintes graves ou de persécutions chez eux.
Outre le Maroc, sont également concernés le Bangladesh, la Colombie, l'Égypte, l'Inde, le Kosovo et la Tunisie. La proposition a été adoptée par 408 voix pour, 184 voix contre et 60 abstentions, et le rapporteur – l'eurodéputé chargé de porter le texte au niveau des instances – est l'Italien Alessandro Ciriani (Fratelli d’Italia, groupe parlementaire "Conservateurs et réformistes européens").
À la suite du vote, ce dernier a fait la déclaration suivante : "La liste des pays d'origine sûrs marque un tournant politique dans la gestion des migrations par l'UE. Cette législation met fin à une période d'ambiguïté et définit une ligne de conduite claire : des règles communes, des procédures plus rapides et plus efficaces, la protection du droit d'asile pour ceux qui y ont droit et une approche ferme pour lutter contre les abus. L'UE se dote de règles claires et applicables, fondées sur le partage des responsabilités".
Mais combien de Marocains seraient concernés par les procédures d'asile dans l'UE ?
À cet égard, les données européennes sont publiques. Dans son dernier rapport annuel en date du 12 juin 2025, l’Agence de l’Union européenne pour l’asile (EUAA), chargée d’aider les États membres de l'UE à appliquer les règles d’asile et de produire des données et des analyses sur les demandes d’asile en Europe, avait fait état de 25.347 demandes émanant de porteurs de la nationalité marocaine en 2024.
C'était, certes, 18% de moins que l'année précédente (2023), où le nombre de dossiers déposés par les Marocains avaient atteint 30.924, mais il n'en restait pas moins que le Maroc figurait dans le top 10 des pays dont les citoyens cherchaient le plus à obtenir l'asile sur le Vieux Continent (derrière, dans l'ordre, la Syrie, l'Afghanistan, le Venezuela, la Turquie, la Colombie, le Bangladesh, l'Ukraine, le Pérou et l'Égypte).
Pour ce qui est des principaux pays de dépôt, on trouve en tête l'Italie (41%) et l'Espagne (17%), dont on sait qu'ils comptent déjà une importante communauté migrante marocaine et qu'ils constituent, plus généralement, des territoires de première arrivée établis.
Et vient juste derrière... la Slovénie (14%), terre de passage sur la route des Balkans, peu connu pour abriter des MRE. Ce pays d'Europe centrale ne semble toutefois représenter qu’un point de transit plutôt que d’installation, comme le laisse supposer la part très élevée de demandes marocaines retirées ou abandonnées qui y sont enregistrées : 43% des "withdrawn applications" de Marocains recensées dans toute l'UE en 2024, loin devant la Suisse (12%) et l'Espagne (9,2%).
On peut donc avancer, sans s'y tromper, qu'il s'agit davantage de dépôts "tactiques", sinon effectués faute d’alternative.
Quant au profil type des demandeurs marocains, la base de données en ligne "Eurostat", office statistique de l'UE, permet de s'en faire une idée. Analysée par nos soins, la data fait ressortir que sur la même période couverte par l'Asylum Report 2025 mentionné plus haut, les hommes dominent à une écrasante majorité (90,6%), bien loin devant les femmes (9,4%) .
Et s'agissant des catégories d'âge, on obtient la ventilation suivante :
- Moins de 14 ans : 710 demandeurs (3%)
- 14-17 ans : 440 (1,8%)
- 18-34 ans : 18.400 (76,5%)
- 35-64 ans : 4.465 (18,6%)
- 65 ans ou plus : 45 (0,2 %)
On remarquera que cela donne un total de 24.060 demandeurs, un peu moins que le chiffre 25.347 livré par l'EUAA, mais ce léger écart s’explique par une différence de périmètre statistique : Eurostat agrège ici les seuls États membres de l’UE (UE-27), tandis que l’EUAA raisonne en UE+ (incluant certains pays associés, comme la Suisse ou la Norvège).
Enfin, il faut préciser que les pays de l'UE n'ont pas attendu la mise en place du Pacte européen sur la migration et l’asile pour commencer à considérer le Maroc comme pays d'origine sûr.
C'est déjà le cas pour l'Autriche, la Belgique, la Bulgarie, Chypre, la Croatie, la Grèce, l'Irlande, l'Italie, Malte, les Pays-Bas, la République tchèque et la Slovénie, et cela explique largement la raison du taux très faible d'octroi de statut de réfugié aux Marocains (seulement 4% de demandes, sur un total de 14.780 traitées, ont été acceptées en 2024).
Certes, il y a des exceptions à la règle, comme par exemple les autorités néerlandaises qui, à un moment, avaient accordé l'asile à certains activistes du mouvement de protestation du Hirak du Rif. Mais globalement, cela constitue epsilon, et il n'y avait donc personne pour crier au scandale lorsqu'en avril 2025 la Commission européenne, qui tient lieu de gouvernement fédéral pour les pays de l'UE, avait intégré le Maroc à sa toute première liste de pays d'origine sûrs.
L'instance présidée par Ursula von der Leyen avait alors fait mention de plusieurs arguments-massues :
- Ratification par le Maroc des principaux instruments internationaux de droits humains, dont la Convention contre la torture (CAT) et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP/ICCPR).
- Constitution de 2011 : monarchie constitutionnelle avec Parlement, séparation/équilibre des pouvoirs, indépendance de la justice.
- Réformes depuis 2012 pour renforcer l’État de droit et l’indépendance du judiciaire (dont chantiers liés au code pénal), avec des efforts sur l’accès à la justice.
- Absence d’indications de renvois/extraditions de citoyens marocains vers des pays où ils risqueraient peine de mort, torture ou mauvais traitements.
- Efforts cités contre les violences domestiques et pour les droits des femmes, y compris via la réforme en cours du droit de la famille.
- Moratoire de fait sur l’application de la peine de mort depuis 1993 ; vote en faveur d’un moratoire mondial à l’ONU en décembre 2024.
- Mise en place/renforcement d’un mécanisme national de prévention de la torture.
- Absence de conflit armé sur le territoire marocain.
C'est suivant cette logique que le Parlement européen a abondé dans le même sens que la Commission, en entérinant dès la première lecture sa proposition de règlement (c’est-à-dire lors de son tout premier examen formel, le Parlement validant un compromis déjà négocié avec le Conseil de l'UE, qui réunit l'ensemble des gouvernements des pays de l’Union).
Prochaine étape : avalisation officielle par les États membres et publication au Journal officiel, avant donc une application effective dans un peu plus de quatre mois.
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