Un câble géant Maroc-Allemagne ? Après le revers britannique, le nouveau pari énergétique de Xlinks
Après l’abandon de son projet d’interconnexion avec le Royaume-Uni, la britannique Xlinks relance son ambition européenne avec Sila Atlantik, un câble électrique géant destiné à relier le Maroc à l’Allemagne. Soutenu par des discussions avancées avec Berlin et porté par un espoir d’investissement estimé entre 30 et 40 milliards d’euros, le projet vise à acheminer de l’électricité renouvelable marocaine vers l’une des économies les plus énergivores d’Europe. DÉCRYPTAGE.
Après une révision stratégique, la compagnie britannique Xlinks revient en force avec Sila Atlantik, un nouveau projet d'interconnexion entre le Maroc et l'Allemagne. Ce pivot intervient après l’abandon de son projet Maroc-Royaume-Uni, fragilisé par le refus de Londres d’accorder le contrat pour différence (mécanisme public qui garantit un prix de l’électricité au producteur) qui en constituait la clé de voûte économique.
L’interconnexion avec l’Allemagne était envisagée bien avant le gel du projet avec le Royaume-Uni. Elle est revenue en force comme première alternative, suite à l’échec de la longue période de négociations avec le gouvernement britannique qui a duré environ 4 ans.
En effet, l’officialisation du projet Sila Atlantik n’a eu lieu qu’après l’obtention d’un accord gouvernemental de l’Allemagne. Celle-ci est liée au Maroc par un partenariat énergétique stratégique (PAREMA) depuis 2012, qui constitue la plaque tournante du développement de plusieurs projets relatifs aux énergies renouvelables et à l’hydrogène vert.
À l’instar de son prédécesseur, le mégaprojet Sila Atlantik déploiera au Maroc 15,2 GW d'énergies renouvelables (solaire et éolien) et 9,6 GW de stockage par batteries afin de pallier l'intermittence. Relié à l'Allemagne par un câble sous-marin de 4.800 km, il assurera un approvisionnement à faible coût de production avec une disponibilité annuelle projetée de 7.000 heures équivalent pleine charge.
L’Allemagne, un marché très demandeur d'énergies renouvelables
Bien que l’Allemagne figure parmi les leaders mondiaux des énergies vertes, les fossiles représentent encore 41 % de son mix énergétique. Ses ambitions nationales se heurtent aujourd'hui à une pénurie de foncier disponible pour construire de méga-infrastructures sur son territoire.
Pourtant, Berlin maintient le cap avec un objectif de 75 % d'énergies renouvelables et une capacité de 360 GW d'ici 2030. En tant que première puissance industrielle européenne, l'Allemagne reste l'un des plus gros émetteurs de gaz à effet de serre. Récemment, le déficit de production nucléaire et hydraulique en Europe a même contraint le pays à recourir davantage au charbon, augmentant ses émissions de 12 MtCO2.
Par rapport au Royaume-Uni, les prix de l’électricité sont sensiblement équivalents, voire légèrement supérieurs en Allemagne. Sur le marché allemand, le prix de l’électricité reste encore largement tributaire des énergies fossiles.

De son côté, le secteur industriel allemand, fortement dépendant de ces mêmes énergies, devrait bénéficier d’un prix de l’électricité subventionné, que Berlin prévoit d’introduire d’ici début 2026 dans le cadre d’un effort plus large visant à enrayer le déclin de la production industrielle.
Avec un volume de production comparable à trois centrales conventionnelles, le projet Sila Atlantik représente un coût de production inférieur à ceux des autres options à faibles émissions de carbone. Il devrait cibler une injection sur les réseaux de transport TenneT et Amprion au nord près d’Emden, ainsi que dans le sud, afin d’alimenter les régions à forte demande en électricité. De plus, la Deutsche Bahn, compagnie ferroviaire allemande, s’est manifestée comme un off-taker stratégique potentiel pour le projet.
Les connexions énergétiques transfrontalières trouvent en Allemagne une plus grande réceptivité
L’Allemagne est actuellement connectée, via des câbles sous-marins à courant continu haute tension (CCHT), par quatre interconnexions avec le Danemark (Kontek), la Suède (Baltic Cable) et la Norvège (NordLink).
L’Agence fédérale des réseaux (Bundesnetzagentur) estime que 35 projets de lignes supplémentaires seront nécessaires en mer du Nord et en mer Baltique d’ici 2045, afin d’acheminer jusqu’à 70 GW d’électricité issue de l’éolien offshore vers le continent.
Le projet Sila Atlantik traversera les eaux territoriales de la France, de l'Espagne et du Portugal. Une partie des échanges ayant déjà été engagée lors du projet Xlinks, cela devrait permettre un gain de temps précieux. En Allemagne, le processus d'autorisation est moins complexe qu'au Royaume-Uni. C'est l'Agence fédérale des réseaux "Bundesnetzagentur" qui est chargée d'autoriser ce type de projet et d'en choisir le tracé.
Face à une demande énergétique croissante et à une transition énergétique en plein essor, le réseau allemand fait également l’objet d’une vaste expansion, dans le cadre d’une stratégie d’autoroutes de l’électricité qui prévoit le besoin d’extension de 16.800 km de lignes électriques.
Pour financer ces besoins colossaux, le gouvernement allemand envisage de faire payer les entreprises d’énergies renouvelables, rompant avec l’ancien système de connexion au réseau du « premier arrivé, premier servi ».
La fondation allemande Desertec plaide pour des projets d’interconnexion entre des sites de production d’énergies renouvelables situés dans les déserts et l’Allemagne. Elle estime que l’état actuel des technologies de transport a atteint un niveau de maturité élevé, notamment s’agissant de la technologie en courant continu haute tension (CCHT), laquelle est particulièrement adaptée au contexte allemand.
Les contrats pour différence bientôt déployés en Allemagne
Le projet d’interconnexion électrique entre l’Allemagne et le Maroc nécessiterait un investissement colossal, estimé entre 30 et 40 milliards d’euros.
Ce qui a précédemment favorisé le projet d’interconnexion entre le Maroc et le Royaume-Uni, c’est la présence d’un cadre des contrats pour différence (CfD).
Comme nous y avons fait allusion plus haut, il s’agit d’un contrat d’achat d’électricité conclu sur une longue durée, à un prix d’exercice fixé à l’avance. Si le prix de vente sur le marché de l’électricité est inférieur à ce prix d’exercice, la différence est compensée ; s’il lui est supérieur, l’excédent doit être remboursé.
Actuellement, l’Allemagne devrait prochainement modifier sa loi sur les énergies renouvelables pour introduire des contrats pour différence (CfD), à compter de janvier 2027.
En plus des contrats pour différence, les contrats de différence bilatéraux (CfD) et les mécanismes de récupération, seront développés dans l'Union européenne et mis en œuvre. Les contrats d'achat d'électricité à long terme sont également possibles en Allemagne et sont également intéressants et capables de réduire les risques pour les investisseurs.
À cela s’ajoutent les contrats carbone pour différence, destinés à accélérer la décarbonation des procédés de l’industrie lourde, un secteur stratégique particulièrement visé par le projet Sila Atlantik.
Bien que le projet avec le Royaume-Uni n’ait pas abouti, cette nouvelle version a permis une révision stratégique apportant plusieurs points bénéfiques pour le Maroc par rapport au projet initial de Xlinks. Parmi eux, la discussion en cours sur la construction d'usines de câbles, actuellement à l'étude dans les deux pays.
Par rapport au premier projet, les relations diplomatiques du Maroc se sont améliorées avec l’ensemble des pays européens et sont désormais à leur apogée, permettant une meilleure acceptation du projet qu'il y a cinq ans.
Le projet Sila Atlantik revalorise des acquis, en particulier les études de faisabilité du côté marocain, héritées du projet Xlinks. Cette maturité technique permettra d’optimiser les coûts et d'accélérer le déploiement, de manière à rattraper le temps perdu sur le précédent projet d’interconnexion avec le Royaume-Uni.
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