img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
Contributions

Pourquoi Bank Al-Maghrib tarde-t-elle à baisser son taux directeur ?

Alors que l’inflation au Maroc est revenue à des niveaux historiquement bas, autour de 0.8%, le maintien du taux directeur à 2,25 % continue de faire débat. Ce décalage apparent entre la dynamique des prix et l’orientation de la politique monétaire interroge. D’autant plus que le contexte économique plaiderait, en théorie, pour un soutien plus marqué de l’activité. Un article de Yousef Mahassin, analyste économique.

Bank Al-Maghrib: pourquoi la baisse du taux directeur tarde ?
Youssef Mahassin
Le 22 février 2026 à 13h11 | Modifié 23 février 2026 à 12h08

La Banque centrale européenne maintient un taux directeur presque comparable à 2.15%, mais dans un environnement où l’inflation avoisine 2%.

Aux USA, la banque fédérale applique des taux compris entre 3.5 et 3.75% face à une inflation autour de 3%. D’autres économies peuvent afficher des taux élevés mais toutes avec un point en commun : leur politique de taux reste alignée sur leur conjoncture macroéconomique.

C’est précisément sur ce "décalage" que la question se pose : Bank Al-Maghrib ne fait-elle pas le choix d’une prudence excessive ? Sa politique monétaire répond-elle à la conjoncture marocaine telle qu’elle est ? Ou existe-t-il d’autres considérations moins visibles, liées peut-être à des contraintes de change et en particulier à l’architecture du dirham, qui limiteraient sa marge de manœuvre ?

Youssef Mahassin, analyste économique
Par Youssef Mahassin, analyste économique

Cependant, il convient toutefois de rappeler que la banque centrale a bel et bien engagé un mouvement d’assouplissement monétaire en procédant à trois baisses du taux directeur entre 2024 et mars 2025. Presque un an après, aucune baisse.

Par conséquent la vraie question posée aujourd’hui n’est donc pas celle d’une politique monétaire excessivement restrictive par principe, mais celle du degré d’accommodation monétaire dans un contexte de désinflation avancée et de besoin insistant et incessant de liquidité tant pour les entreprises que pour l’État.

L’ensemble de ces interrogations ne relèvent pas uniquement d’une simple préoccupation théorique, elles trouvent désormais une traduction très concrète dans le comportement des marchés financiers. Car, contrairement à une idée très répandue, une inflation très faible n’est jamais une bonne nouvelle pour l’économie.

A un niveau proche de 0.8%, le ralentissement des prix peut rapidement peser sur l’activité. Les entreprises qui produisent localement voient leur chiffre d’affaires et leurs marges se contracter non par volume, mais par simple effet de prix.

Face à cette réalité, l’arbitrage des investisseurs devient presque intuitif. Avec des bons du Trésor offrant des rendements proches de 3% dans un environnement de faible inflation, les taux réels octroient un gain assuré. À quoi bon une exposition au risque !

C’est ainsi qu’une part croissante de la liquidité se détourne progressivement du marché Actions en provenance des obligations souveraines qui, paradoxalement, continuent d’offrir des rendements en hausse malgré une demande soutenue.

Mais cette cherté croissante des rendements des bons du Trésor (toute échéance confondue) ne s’explique pas uniquement par un calcul de rationalité du rendement ou par la conjoncture mondiale. Elle est également alimentée par une forme de "déception silencieuse" car, au fil d’une année, les anticipations d’une baisse rapide du taux directeur se sont vite dissipées, laissant planer un climat d’incertitude sur la trajectoire future de la politique monétaire.

Le maintien du taux directeur à 2.25% depuis mars 2025, alors même que le marché avait largement intégré le scénario d’une baisse rapide et imminente, a progressivement inversé les perceptions. A mesure que cette hypothèse s’est dissipée, ce qui était perçu comme une accommodation imminente est devenu l’équivalent d’un resserrement implicite.

Dès lors, à partir de la deuxième moitié de 2025, les conditions financières se sont ajustées comme si Bank Al-Maghreb avait procédé à une hausse de 50 points de base de son taux directeur. Conséquemment, les rendements des bons du Trésor ont nettement augmenté sur l’ensemble de la courbe. Le taux à 2 ans est passé de 1.97% fin juin 2025 à plus de 2.75% fin janvier 2026, tandis que les maturités à 5 ans et 10 ans ont suivi presque une trajectoire
similaire.

Résultat : attentisme prolongé à la bourse de Casablanca et alourdissement du coût de financement pour le Trésor. La parenthèse ouverte en début 2025 semble s’estomper !

Mais les conséquences d’une telle politique ne se limitent pas seulement à la sphère financière. Le renchérissement des taux sans risque – qui servent de référence à l’ensemble du système bancaire -se répercute mécaniquement sur l’ensemble des crédits servis aux entreprises et aux particuliers pesant à la fois sur l’investissement privé, la croissance et l’emploi.

D’autres effets se propagent au-delà des frontières. Les rendements élevés des BDT soutiennent le Dirham de manière artificielle ou du moins empêchent sa dépréciation, favorisant encore plus les importations aux dépens des exportations et aggravant davantage le déficit commercial.

Dans ce paysage, il est difficile de trouver des gagnants : L’État emprunte plus cher, le crédit se contracte, le marché boursier est à la peine, un déficit commercial qui se creuse... Mais, par magie, seul le dirham semble applaudir au spectacle.

Au final, l’enchaînement logique de ces signaux suggère que les arbitrages opérés ne répondent pas forcément à la conjoncture, ni à l’inflation ni aux besoins immédiats de l’économie.

Ils semblent plutôt refléter une préoccupation "plus structurelle" : la préservation de la stabilité du dirham et de son régime d’ancrage. Car indexée sur un panier de devises composé à 60% d’euro et 40% en dollar, la monnaie nationale impose à la politique monétaire des contraintes qui dépassent parfois les impératifs de la conjoncture nationale.

Et au lieu d’agir sur la nôtre, nous subissons les répercussions d’une conjoncture qui n’est pas toujours la nôtre !

Dès lors et au-delà du débat sur la politique monétaire, une question de fond s’impose : quand va-t-on libérer davantage la politique de change afin de redonner à la politique monétaire toute sa finesse et toute sa capacité d’action ?

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Youssef Mahassin
Le 22 février 2026 à 13h11

à lire aussi

Maroc-Espagne. Sebta, Mélilia et la fiction d’un front maroco-américain pour la récupération des présides
DIPLOMATIE

Article : Maroc-Espagne. Sebta, Mélilia et la fiction d’un front maroco-américain pour la récupération des présides

Sur fond de tensions inédites entre Madrid et Washington autour de l’usage des bases militaires espagnoles dans la guerre contre l’Iran, une partie du débat public espagnol voit ressurgir le spectre d’une récupération de Sebta et Mélilia par le Maroc avec un appui américain. Une hypothèse nourrie par certaines prises de position et amplifiée médiatiquement, mais qui, à ce stade, relève davantage du fantasme que d’une dynamique diplomatique réelle.

FZ Mansouri veut poursuivre Barlamane en justice
Quoi de neuf

Article : FZ Mansouri veut poursuivre Barlamane en justice

Mise en cause par barlamane.com pour une affaire foncière, la maire de Marrakech annonce qu'elle va poursuivre ce journal en ligne ainsi que tout journaliste qui relaierait ces "allégations non fondées".

Météo: les prévisions du dimanche 25 avril 2026
Les prévisions quotidiennes

Article : Météo: les prévisions du dimanche 25 avril 2026

Voici les prévisions météorologiques pour le dimanche 26 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie : - Formations brumeuses matinales et nocturnes […]

Sahara: De Mistura évoque un “véritable élan” qui relance l’espoir d’une issue au conflit
NATION

Article : Sahara: De Mistura évoque un “véritable élan” qui relance l’espoir d’une issue au conflit

Comme prévu par la résolution 2797 adoptée le 31 octobre 2025, le conseil de sécurité de l'ONY s'est réuni à huis clos pour faire le point avec l'envoyé personnel et l'envoyé spécial de l'ONU pour le Sahara, au sujet de l'avancement des efforts de paix.

Immobilier. Les nouveaux choix d'investissement en 2026 à Casablanca
Actu immobilier

Article : Immobilier. Les nouveaux choix d'investissement en 2026 à Casablanca

À Casablanca, le marché immobilier change de configuration. La raréfaction des petites surfaces et la hausse des prix pèsent sur le résidentiel, tandis que des segments comme la logistique et l'industriel offrent aujourd'hui des rendements plus élevés. Dans ce contexte, les arbitrages des investisseurs évoluent selon les budgets et les opportunités. Décryptage avec Asaad Sadqi, président de l'Association régionale des agences immobilières Casablanca-Settat.

Un milliard sans garantie de l'État : comment la région Casablanca-Settat a réussi son pari obligataire
ECONOMIE

Article : Un milliard sans garantie de l'État : comment la région Casablanca-Settat a réussi son pari obligataire

La région Casablanca-Settat vient de clôturer sa première levée obligataire, une opération inédite pour une région. La levée est d'un montant d'un milliard de dirhams sur le marché des capitaux, dont 400 millions apportés par la Banque européenne (BERD). Le président de la région, Abdellatif Maazouz, revient sur les coulisses de cette opération, ses fondements financiers et les projets qu'elle est appelée à financer.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité