Face aux 4,2 millions de tonnes de nourriture jetées, le CESE propose un plan anti-gaspillage
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) alerte sur l’ampleur des pertes et du gaspillage alimentaires au Maroc et appelle à la mise en place d’un plan d’action ciblé pour y faire face. L’institution recommande notamment l’adoption d’une loi anti-gaspillage et le renforcement des infrastructures de stockage et de transport.
Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) appelle à l’adoption d’un plan d’action ciblé pour lutter contre les pertes et le gaspillage alimentaires au Maroc, un phénomène dont l’ampleur soulève des enjeux économiques, sociaux et environnementaux croissants.
Cette recommandation a été présentée le mercredi 11 mars, lors d’une rencontre de communication consacrée à la présentation des conclusions de l’avis intitulé "Pertes et gaspillage alimentaires au Maroc : ampleur du phénomène et enjeux pour une intervention efficace".
Dans son allocution d’ouverture, le président du CESE, Abdelkader Amara, a souligné que la décision d’examiner cette problématique s’explique par son impact grandissant sur les modèles de production, de distribution et de consommation alimentaires. Selon lui, la réduction des pertes et du gaspillage constitue un levier important pour optimiser l’utilisation des ressources et renforcer leur durabilité.
Il a indiqué que ce phénomène se manifeste tout au long de la chaîne de valeur alimentaire. Certaines filières agricoles, notamment celles des fruits, des légumes et des céréales, enregistrent des pertes estimées entre 20% et 40% lors des phases de production, de récolte, de stockage ou encore de transport. Des contributions citoyennes recueillies via la plateforme participative "Ouchariko" ont également permis d’alimenter les travaux du Conseil.
Dans ce contexte, le président du CESE a insisté sur la nécessité d’intégrer l’objectif de réduction des pertes et du gaspillage alimentaires dans une future stratégie nationale d’alimentation durable. Une telle orientation viserait notamment à renforcer la souveraineté et la sécurité alimentaires, à préserver les ressources naturelles, à optimiser les importations et à promouvoir un modèle alimentaire plus résilient et socialement équitable.
Pour sa part, Mina Rouchati, membre du Conseil et rapporteure de l’avis, a mis en avant le caractère multidimensionnel de cette problématique. Elle a indiqué que les ménages marocains ont jeté environ 4,2 millions de tonnes de denrées alimentaires en 2022, soit l’équivalent de 113 kilogrammes par habitant et par an.
Au-delà du coût économique lié à la diminution de la disponibilité des produits alimentaires, ces pertes exercent également une pression importante sur les ressources naturelles. Selon les données présentées, plus de 1,6 milliard de mètres cubes d’eau sont mobilisés chaque année pour produire des denrées qui n’atteignent pas le stade de la consommation finale.
Dans la perspective de l’élaboration d’une stratégie nationale pour des systèmes alimentaires durables, le CESE propose la mise en place d’un plan d’action ciblé qui pourrait être intégré ultérieurement à cette stratégie.
Parmi les principales recommandations formulées figure l’élaboration d’une loi spécifique visant à lutter contre les pertes et le gaspillage alimentaires. Le Conseil préconise également de clarifier et d’harmoniser les dates de péremption, en distinguant les mentions liées à la sécurité sanitaire de celles relatives à la qualité, tout en permettant, lorsque cela est possible, de prolonger la durée de vie des produits ou de supprimer certaines dates jugées inutiles.
Le CESE recommande en outre la mise en place d’un mécanisme de gouvernance associant les ministères concernés, le secteur privé et la société civile afin de coordonner les actions et d'assurer la cohérence des interventions. La création d’un observatoire national dédié à la centralisation des données, à la production d’indicateurs et à l’élaboration de mesures correctives adaptées aux réalités locales figure également parmi les propositions.
Sur le plan opérationnel, le Conseil met l’accent sur la nécessité de développer des infrastructures de stockage et de transport adaptées dans les zones agricoles à fort potentiel, notamment des silos hermétiques et des chambres froides solaires pour prolonger la durée de conservation des produits périssables.
Il recommande aussi l’installation d’unités de transformation de proximité à l’échelle communale, y compris des mini-unités mobiles destinées à traiter rapidement les récoltes et à valoriser localement les produits. Le renforcement des circuits courts et la régulation des marchés sont également préconisés afin de réduire le nombre d’intermédiaires, de limiter les pertes logistiques et d'améliorer la rémunération des producteurs.
Le CESE invite par ailleurs les entreprises à intégrer des pratiques de recyclage et de réutilisation dans leurs processus de production et de distribution, ainsi qu’à encourager les dons alimentaires portant sur les surplus ou les produits exposés au risque de gaspillage, dans le cadre des incitations fiscales existantes.
Enfin, le Conseil souligne l’importance de développer des applications numériques dédiées à la gestion des stocks, à la traçabilité des produits et à la redistribution rapide des invendus, notamment au profit des réseaux de solidarité. Il appelle également à soutenir les initiatives citoyennes anti-gaspillage, telles que les frigos solidaires et les plateformes de dons alimentaires, afin de renforcer les actions locales à fort impact social.
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