img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
SOCIETE

Immigration : le Maroc, de terre de passage à terre d’ancrage migratoire

Des quartiers populaires de Casablanca aux exploitations agricoles du Souss, la présence de migrants n’est plus un phénomène provisoire. Longtemps considéré comme un simple couloir vers l’Europe, le Royaume se trouve désormais être une destination de vie. Mais cet ancrage, entre avancées administratives et leadership continental, ne va pas sans frictions sociales.

Immigration. Migrants au Maroc, entre ancrage territorial et intégration sociale
Par
Le 11 mars 2026 à 16h38 | Modifié 13 mars 2026 à 11h45

Le paysage de nos métropoles témoigne d’une réalité que les chiffres confirment. Le dernier recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) de septembre 2024 a dénombré 148.152 ressortissants étrangers résidant sur le territoire national.

Cette sédentarisation s'explique par la complexité des parcours migratoires. Le cas des flux soudanais est, à cet égard, emblématique. Au 31 décembre 2025, on dénombrait 5.290 ressortissants soudanais officiellement enregistrés, avec une croissance soutenue de 297 nouvelles inscriptions par mois.

Ces migrants fuient "l’enfer libyen", traversent le désert algérien, avant d’entrer au Maroc par sa frontière est. Si leur objectif initial reste d'accéder à l’Europe via la Méditerranée ou l'océan Atlantique, beaucoup finissent par s’installer.

Ce flux est aujourd'hui alimenté par les réseaux sociaux : des vidéos circulant en ligne montrent des Soudanais déjà établis au Maroc qui encouragent leurs compatriotes à les rejoindre, créant un véritable appel d'air.

Cependant, cette présence accrue ne va pas sans heurts. Si le discours officiel prône l’intégration, la réalité du terrain est parfois marquée par des frictions entre populations locales et groupes de migrants en situation irrégulière.

Des incidents récents, notamment à Casablanca, ont mis en lumière des tensions croissantes avec les riverains, souvent liées à l'occupation de l'espace public ou à la précarité extrême de certains campements informels. Ces heurts rappellent que l'intégration sociale reste un défi immense là où la cohabitation n'est pas préparée.

SNIA : une stratégie d’État pour accompagner l’ancrage

Le Maroc déploie depuis 2013 la Stratégie nationale d’immigration et d’asile (SNIA). Sous l’impulsion de la vision royale, le pays a quitté l’approche purement sécuritaire. Après les vagues de régularisation de 2014 et 2017, le Royaume a misé sur l'institutionnalisation.

L’inclusion des migrants dans le registre national de la population (RNP) et le registre social unifié (RSU) représente un levier pour leur permettre d’accéder aux services de base et à la protection sociale, une étape clé pour stabiliser cette population.

Cependant, les acteurs de la société civile dénoncent un fossé entre les promesses politiques et la réalité, marquée par des difficultés d'accès aux services de base et la poursuite de pratiques répressives aux frontières.

Pour le Dr Mohamed Charef, géographe et expert des mobilités, cette transition démographique nécessite une bataille culturelle. Pour lui, il est impératif de "déconstruire les idées fausses et les fantasmes" qui entourent l’immigration, particulièrement les préjugés qui ressurgissent lors de tensions sociales.

L’expert rejette la vision binaire du migrant, souvent perçu de manière caricaturale : "L’immigré n’est ni un ange ni un démon", rappelle-t-il. Pour lui, la société doit cesser de se diviser sur le fait d’être "pour ou contre" et apprendre à "faire avec" cette réalité. Il s'agit de repenser l’hospitalité au travers de "l’empathie et de la pluralité de l’identité marocaine", inscrite dans la Constitution de 2011.

Le Dr Charef insiste sur la réciprocité. "Il faut agir à la fois vis-à-vis des immigrés, mais aussi des autochtones". L’intégration n’est pas un processus unilatéral, mais une adaptation mutuelle nécessaire pour préserver la cohésion sociale du pays.

Souss-Massa : un laboratoire territorial

L'expert cite la région Souss-Massa comme exemple de pragmatisme. Le Comité Souss-Massa pour l’immigration y déploie des actions de proximité :

- Accompagnement : une vingtaine de bureaux d’orientation ouverts dans les communes.

- Inclusion par le travail : création de crèches en milieu rural dans les exploitations agricoles pour accueillir les enfants de travailleuses marocaines et subsahariennes, facilitant l’insertion économique des femmes.

- Brassage : utilisation du sport et de festivals culturels pour briser l’isolement et favoriser le vivre-ensemble.

Pour le Dr Mohamed Charef, l’enjeu ultime est de transformer le migrant en un "citoyen à part entière, et non un citoyen à part".

N’étant plus une simple salle d’attente migratoire, le Royaume devra, dans les prochaines années, gérer les frictions sociales et transformer cette présence en levier de dynamisme, tout en garantissant la sécurité et la sérénité de tous les citoyens.

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Par
Le 11 mars 2026 à 16h38

à lire aussi

Le Maroc face au risque d’une inflation alimentaire diffuse et composite
ECONOMIE

Article : Le Maroc face au risque d’une inflation alimentaire diffuse et composite

Alors que les instances internationales s'inquiètent d'un nouveau choc systémique mondial lié aux tensions géopolitiques, le Maroc navigue entre une campagne agricole prometteuse et des goulots d'étranglement logistiques nationaux. Si le blé tendre reste sous protection, les filières animale, sucrière et oléagineuse demeurent exposées à une inflation de second rang et à une saturation portuaire qui grignote les marges de manœuvre. Analyse.

Pourquoi le taux d’inflation ne reflète pas toujours le vécu des ménages
ECONOMIE

Article : Pourquoi le taux d’inflation ne reflète pas toujours le vécu des ménages

Au Maroc, l’inflation ralentit, mais les ménages continuent de ressentir la hausse des prix et la pression sur leur pouvoir d’achat. Cet écart vient surtout d’une lecture incomplète du taux d’inflation, ainsi que de la nature même du panier représentatif utilisé pour mesurer l’évolution des prix.

Intelcia : Karim Bernoussi et ses partenaires reprennent 100% du capital, sortie d’Altice
BUSINESS

Article : Intelcia : Karim Bernoussi et ses partenaires reprennent 100% du capital, sortie d’Altice

Le 28 avril, les deux cofondateurs du groupe, Karim Bernoussi et Youssef El Oufir, doivent finaliser le rachat des 65% du capital détenus par le groupe Altice, dont ils n'avaient conservé que 35% lors de l'entrée du partenaire français en 2016. Une opération qui redonne à ce fleuron de l'économie marocaine sa pleine liberté de manœuvre, au moment précis où son secteur est traversé par la déferlante de l'intelligence artificielle. Karim Bernoussi, PDG du groupe, était l'invité du 12/13 de Médias24.

L’Oukaïmeden,  station d’hiver et espace culte de transhumance
SOCIETE

Article : L’Oukaïmeden,  station d’hiver et espace culte de transhumance

Alors que l’Oukaïmeden est appelé à devenir une station touristique quatre saisons à l’horizon 2027, l’anthropologue Mohamed Mahdi rappelle que ce territoire ne peut être réduit à un site de loisirs. Agdal pastoral, espace de transhumance, réservoir de biodiversité et patrimoine culturel amazigh, l’Oukaïmeden impose une approche de développement intégrée, capable de concilier tourisme, pastoralisme et préservation des équilibres sociaux et écologiques.

La météo pour le lundi 27 avril 2026
Les prévisions quotidiennes

Article : La météo pour le lundi 27 avril 2026

Voici les prévisions météorologiques pour le lundi 27 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie.

Plan d’aménagement de Marchica : un nouveau souffle socio-économique pour Nador et Beni Ensar
Architecture et urbanisme

Article : Plan d’aménagement de Marchica : un nouveau souffle socio-économique pour Nador et Beni Ensar

L'aménagement de la lagune de Marchica s’apprête à un nouveau chapitre. Au-delà des avancées de la première phase, il dessine une nouvelle transformation urbaine et touristique d'ampleur, de Nador à Beni Ensar, jusqu'au village d'Arkman. L’enquête publique s’est achevée vendredi.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité