Transport aérien. La hausse du pétrole peut-elle fragiliser Royal Air Maroc ?
Alimentée par la guerre actuelle au Moyen-Orient, la flambée du prix du pétrole relance les inquiétudes pour l’industrie aérienne. Selon un expert aérien international, la hausse du prix du baril pourrait peser sur la demande et sur la rentabilité de la compagnie nationale, même si l’ampleur de l’impact dépendra en réalité de la durée de la crise. Explications.
Alors que le baril de pétrole évolue autour de niveaux élevés depuis le début de la guerre, les compagnies aériennes surveillent de près l’évolution des coûts du carburant. Sollicité par Médias24, un expert aérien international rappelle que cette situation n’est pas inédite, mais que si la flambée de l'énergie devait s’éterniser, elle pourrait se traduire de facto par une hausse des prix des billets, un ralentissement du trafic et un impact sur le bilan comptable de la compagnie.
Un baril élevé, une situation loin d’être inédite
Indiquant que la situation actuelle n’est pas sans précédent pour les transporteurs aériens, notre interlocuteur tient à rappeler que Royal Air Maroc a déjà été confrontée à plusieurs périodes avec un baril de pétrole à 120 dollars, voire plus.
Et de préciser que dans le secteur de l’aviation, le carburant constitue un poste de dépense majeur, représentant environ 20% des coûts de fonctionnement. Toute hausse du prix du pétrole se répercute rapidement sur les tarifs.
"La première conséquence de cette inflation est que les prix des billets d’avion vont augmenter rapidement, car les compagnies vont répercuter automatiquement cette hausse sur les passagers", souligne l’expert.
Des billets d’avion indexés sur le prix du pétrole
La principale incidence de cette crise énergétique est que, contrairement à d’autres secteurs, les compagnies aériennes disposent de peu de marges pour absorber une hausse prolongée du carburant.
"Les prix des billets sont en effet toujours indexés sur le baril, et quand ce dernier monte, les tarifs augmentent automatiquement", explique l’expert, pour qui les compagnies peuvent se protéger via des mécanismes de couverture appelés "hedging", qui permettent de fixer un prix du carburant à l’avance.
Mais cette stratégie comporte aussi des risques car "si vous bloquez un prix à 100 dollars et que le baril tombe à 80 dollars quelques mois plus tard, l’assuré devient perdant", explique notre source en ajoutant que la RAM, qui avait souscrit à ce type de mécanisme par le passé, a préféré y renoncer depuis.
Hypothèse d’un choc énergétique temporaire
Se disant toutefois optimiste, l’expert avance que la flambée actuelle devrait rester temporaire, en faisant valoir que les enjeux géopolitiques et économiques sont trop importants pour que la situation perdure.
"Sachant que beaucoup d’acteurs vont agir pour sécuriser les flux énergétiques, cette hausse ne devrait pas s’éterniser", explique-t-il en ajoutant que l’impact sur l’activité de la RAM devrait rester limité.
"Jusqu’à trois semaines, il n’y aura aucune incidence, et même avec une crise qui durerait quelques semaines supplémentaires, la compagnie nationale devrait pouvoir absorber le choc", estime l’expert.
A contrario, la situation deviendrait plus délicate si la hausse du pétrole se prolongeait plusieurs mois car, selon lui, le vrai risque concerne la demande, qui pourrait s’assécher face à une explosion des prix du transport.
"Si un billet pour l’Espagne passe de 1.900 à 2.500 dirhams, les familles par exemple renonceront certainement à voyager", explique l’expert, pour qui une augmentation de 20% du prix des billets deviendrait rapidement dissuasive, voire prohibitive pour de très nombreux touristes.
Les routes long-courriers fragilisées
Évoquant un scénario catastrophe où la crise énergétique devait durer plus de trois mois, notre source déclare que les compagnies n’auront d’autre choix que d’adapter leur stratégie en matière de réseau aérien.
En d'autres termes, les lignes récentes en développement pourraient être temporairement suspendues, notamment celles qui sont structurellement déficitaires durant leurs premières années d’exploitation.
Et de citer les nouvelles routes long-courriers de la RAM, reliant Casablanca à des destinations lointaines comme Pékin ou São Paulo, qui pourraient être mises en pause si la demande se contracte, ainsi que les projets d’ouverture de lignes comme celle envisagée entre la capitale économique et Los Angeles, qui pourrait être reportée.
La rentabilité dépendra de la durée de la crise
Pour ce qui est de l’impact financier sur les comptes de la compagnie publique, notre expert n’écarte pas un éventuel résultat négatif si la crise énergétique venait à s’éterniser.
"Si la RAM connaît trois mois difficiles, c’est encore gérable et elle peut rattraper le déficit généré par la baisse du trafic, car ses performances actuelles sont bonnes, voire excellentes", explique l’expert, qui pense que la compagnie peut encore absorber un choc énergétique temporaire.
Mais dans le scénario inverse où le prix du baril de pétrole stagnerait durablement au-delà de 120 dollars, la situation financière deviendrait beaucoup plus difficile à gérer pour tous les transporteurs aériens, y compris pour la RAM.
Malgré les tensions actuelles, l’expert soutient que l’économie mondiale est bien moins sensible aux chocs pétroliers qu’il y a vingt ans, grâce à la montée en puissance des énergies renouvelables.
Estimant que le baril devrait rester dans une fourchette entre 80 et 120 dollars, notre interlocuteur conclut son propos en affirmant que dans ce scénario de prix, la crise énergétique devrait rester conjoncturelle et ne pas remettre en cause les perspectives de développement de Royal Air Maroc.
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