CAN : une décision historique, mais un goût d'inachevé
La CAF a tranché : le Maroc est champion d’Afrique. Une décision juridiquement fondée, qui consacre le respect des règles, mais qui laisse un goût d’inachevé. Parce que deux mois après, le sacre ne se célèbre plus de la même manière, et la finale, marquée par les incidents, a en partie éclipsé la fête que le football africain méritait.
La décision rendue mardi soir par le jury disciplinaire d’appel de la CAF, consacrant le Maroc champion d’Afrique, restera comme l’un des tournants les plus marquants de l’histoire du football continental, sauf si le TAS en décide autrement.
Valeur d'aujourd'hui, rares sont les cas où un titre majeur se joue, non plus sur le terrain, mais dans l’interprétation rigoureuse des règles qui encadrent ce sport. Et ce n'est que justice.
D’abord, il convient de rappeler l’essentiel : le Maroc et le Sénégal sont deux nations sœurs, liées par des siècles d’histoire, de culture et de respect mutuel. Cette fraternité ne saurait être altérée par un contentieux sportif, aussi exceptionnel soit-il. C’est précisément parce que ce lien est profond que s'imposent aujourd’hui retenue, lucidité et hauteur de vue. Il faut rester dans le rationnel.
Sur le plan strictement juridique, la décision de la CAF s’inscrit dans le cadre de ses règlements. Le jury disciplinaire a appliqué les textes, rien que les textes. Des textes qui auraient dû prévaloir pendant le match et, ensuite, lors de l'examen de l'affaire en premier ressort.
En sanctionnant un retrait du terrain dont le caractère volontaire est démontré par les vidéos et les déclarations du Sénégal, la Cour d'appel a fait prévaloir la loi du football. Elle a ainsi donné au Maroc un titre que l’issue chaotique de la finale lui avait, en apparence, refusé.
Si cette décision consacre le droit et la justice, si elle consacre un champion, elle ne répare qu’imparfaitement le préjudice subi.
Au-delà du verdict, c’est bien la fête du football africain qui a été gâchée. Les incidents volontairement orchestrés, les tensions créées de toute pièce bien avant le match et la rupture du jeu ont privé le public, les joueurs et tout un continent d’un moment d’unité et de célébration.
Une fête confisquée
Le Maroc, en particulier, a été privé de sa fête. Un titre se vit dans l’instant : il se célèbre dans la ferveur du coup de sifflet final, dans l’émotion partagée entre joueurs et supporters, dans l’élan d’un peuple rassemblé. Ces émotions heureuses et partagées, le Maroc en a été privé. Deux mois plus tard, cette émotion ne peut être recréée. Le sacre est officiel, mais il est privé de son souffle. Il y a là une forme d’injustice, celle d’un titre reconnu sans avoir été pleinement vécu.
Au-delà même du résultat, c’est aussi l'événement qui a été impacté. Cette CAN a été marquée par des efforts d’organisation inédits, des infrastructures de classe mondiale et une montée en puissance du football africain sur la scène internationale. La finale devait en être l’apothéose. Elle s’est transformée en rupture. Par la tournure qu’elle a prise, elle a partiellement éclipsé ce qui aurait dû rester au premier plan : la réussite d’un tournoi et l’image d'un pays et d’un continent capables d’organiser de grandes compétitions dans les meilleures conditions.
Et si le monde entier s’intéresse tant à cette CAN et a les yeux rivés sur cette finale et cette coupe, c'est grâce au Maroc.
Aucune autre Coupe d'Afrique des nations n'a bénéficié d'une telle visibilité, d'une audience aussi vaste et d'une aura comparable.
Ce n'est pas en raison de la réussite de l'organisation de la compétition par le Maroc qu'il devait la gagner. Il aurait dû remporter cette coupe, car son équipe nationale s'est battue sur le terrain. Elle s'est défendue et n'a pas démérité. Et parce que l'adversaire a fait preuve de mauvaise foi et de comportements antisportifs.
C'est pour cela qu'il est essentiel qu’une décision soit prise. Le football, comme tout ordre institutionnel, repose sur des règles. Et ces règles n’ont de valeur que si elles sont appliquées avec constance. En ce sens, la sanction prononcée par la CAF crée une forme de jurisprudence. Elle envoie un message clair : aucun contexte, aucune pression, aucune émotion ne saurait justifier de s’affranchir des lois du jeu.
Ce scénario n’est pas totalement inédit pour le football marocain. On se souvient de la finale de Ligue des champions africaine ayant opposé le Wydad de Casablanca à l’Espérance de Tunis, où un titre célébré sur le terrain avait été ensuite retiré par décision des instances. Le WAC avait été célébré et désigné comme vainqueur. Mais le titre lui a été retiré par la suite. Cet événement qui a impacté un club marocain permet aussi de comprendre la réaction des supporters sénégalais.
Au Sénégal, justement, les réactions sont pour beaucoup empreintes d’émotion – ce qui est humain. Perdre un titre de cette manière est une épreuve difficile. Toutefois, à ce stade, les arguments avancés dans l’espace public semblent davantage relever de l’affect que d’une contestation juridique structurée. Le débat, pour être utile, devra désormais se déplacer sur le terrain du droit, notamment devant le Tribunal arbitral du sport si un recours est engagé par le Sénégal.
Légalité et légitimité
En définitive, le Maroc a remporté ce titre par la voie de la légalité. Reste désormais à en construire la légitimité dans les esprits, dans les différentes opinions publiques.
Tout le monde, vainqueur et vaincu, doit faire preuve de respect et de mesure. Car au-delà d’un trophée, c’est aussi l’image du football africain qui se joue. Sur les réseaux sociaux, les attaques diffamatoires et ignobles, parfois coordonnées, contre le Maroc, se multiplient depuis l'annonce du verdict.
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