Urbanisme. Ce qu'il faut savoir sur le délicat plan d'aménagement de Hay Mohammadi
Densité élevée, rareté foncière et charge mémorielle... Le nouveau plan d’aménagement de Hay Mohammadi doit composer avec une équation urbaine complexe. Il est également au cœur d’un vif refus de la part des habitants de Derb Moulay Chérif, qui craignent un relogement forcé loin de leur cadre de vie actuel.
Le plan d’aménagement de Hay Mohammadi a récemment clôturé la phase de l’enquête publique. Cette étape ouvre la voie à son adoption finale, qui interviendra après avis des élus lors des prochaines sessions du conseil d'arrondissement de Hay Mohammadi et du conseil de la ville de Casablanca.
Toutefois, le projet suscite la contestation des citoyens de ce quartier historique, haut lieu de la mémoire nationale. Les habitants, notamment ceux de la cité Soceca, Derb Moulay Chérif, Derb Saâd et bloc Riad, craignent en effet d'être délogés.
Actuellement dans le circuit d’adoption, ce nouveau plan d’aménagement devrait remplacer celui de 2015, arrivé à échéance en août 2025.

Un aménagement sous la contrainte de la densité et de la rareté foncière
La comparaison entre les arrondissements casablancais montre que Hay Mohammadi couvre une superficie très limitée, ne dépassant pas 4,2 km². Ce territoire se caractérise par une densité urbaine extrêmement élevée et une rareté marquée du foncier, deux facteurs qui restreignent considérablement les choix urbanistiques.
Contraint par cette exiguïté, le nouveau plan d’aménagement opte, selon ce qu'a pu constater Médias24, globalement pour la continuité. L'essentiel des zonages du document échu est maintenu, privilégiant un tissu urbain mixte dominé par des zones en R+2 et R+3, avec quelques rares exceptions en R+4 et R+5.
La densification verticale autorisée
La véritable nouveauté de ce plan réside dans l'autorisation de construire jusqu'en R+7. Cette densification verticale sera principalement concentrée sur les boulevards Jaâfar El Barmaki et Moulay Ismail, ainsi que sur la rue Abou Bakar El Ouhrani.
Le document d'urbanisme confirme par ailleurs la délocalisation de la caserne militaire, une orientation héritée de la version de 2015 (qui y prévoyait du R+5). Le site mute en "zone de projet intégré" pour faire place à un vaste programme mixte alliant résidentiel, commerces et services.
S'ajoute à cette zone une friche industrielle située près des anciens abattoirs, qui fera l'objet d'un traitement similaire, constituant une nouvelle voie d'urbanisation dans le ressort de l'arrondissement.
Les abords de la voie ferrée constituent également une importante voie de développement urbain en raison de la disponibilité de foncier. Si le plan d’aménagement de 2015 avait placé toute la zone en "projet urbain" pour une ouverture massive à l’urbanisation, le nouveau plan a pris le parti de rationaliser ce secteur. Près de la Cité des cheminots, les parcelles de terrains nus seront ainsi valorisées dans le cadre d’un projet urbain dédié.
D’autre part, une zone de projets intégrés s'appliquera au niveau du boulevard Moulay Ismail, dans le ressort de l’arrondissement, où de nouvelles élévations devraient être permises.
Le projet de rénovation urbaine de Derb Moulay Chérif
Au-delà des questions de zoning, Hay Mohammadi fait face à des spécificités locales alarmantes. Le quartier de Derb Moulay Chérif, par exemple, abrite un grand nombre de bâtiments menaçant ruine et a déjà été le théâtre de plusieurs effondrements tragiques. Bien que le traitement immédiat de ces bâtiments s'opère en dehors du cadre strict du plan d’aménagement, la question de l'avenir du quartier est centrale.
Aujourd'hui, ce secteur se trouve dans un état de dégradation avancé. Le tissu bâti, constitué de parcelles minuscules et surpeuplées, y accuse un déficit préoccupant en matière d'hygiène et de sécurité. À l’instar de l’ancienne médina ou de Derb Ghalef, l'insalubrité, le manque de lumière et le défaut d'aération continuent d'y provoquer la résurgence de maladies respiratoires telles que la tuberculose.
Pour pallier cela, le nouveau plan d’aménagement classe la zone de Derb Moulay Cherif comme "secteur de rénovation urbaine".
Toutefois, en dépit des rumeurs, aucune action ne sera engagée avant la réalisation d'une étude technique approfondie. Cette étude sera menée selon une approche participative impliquant, outre le ministère de tutelle, l'arrondissement de Hay Mohammadi, la commune de Casablanca et l'administration territoriale compétente, à savoir la préfecture.
Le fait que le document urbanistique ne soit pas détaillé sème le doute chez les habitants, mais également auprès des membres du conseil communal.
La lecture de la loi nᵒ 94-12 relative aux bâtiments menaçant ruine et à l’organisation des opérations de rénovation urbaine spécifie qu’il existe plusieurs actions de rénovation "soit par des opérations de démolition et de reconstruction, des opérations de restauration et de rénovation, le développement des infrastructures, la desserte en équipements de base et la construction de nouveaux logements, soit par l’aménagement foncier, dans le respect des conditions de protection de l’environnement".
Quant à la cité Soceca, elle échappe au périmètre de la rénovation urbaine de Derb Moulay Cherif. Sanctuarisée pour son intérêt historique et architectural, elle est classée en zone d’habitat traditionnel et d'artisanat, une mesure de sauvegarde destinée à valoriser son identité patrimoniale.
En outre, Hay Mohammadi compte plusieurs bâtiments historiques que le nouveau projet d’aménagement a pris le soin de délimiter. Les célèbres bâtiments "nid d’abeilles" et la cité Candilis, notoires chez les architectes, feront ainsi l'objet de "zones de projet autorisées" afin d’améliorer leur intégration urbaine.
à lire aussi
Article : Le Maroc face au risque d’une inflation alimentaire diffuse et composite
Alors que les instances internationales s'inquiètent d'un nouveau choc systémique mondial lié aux tensions géopolitiques, le Maroc navigue entre une campagne agricole prometteuse et des goulots d'étranglement logistiques nationaux. Si le blé tendre reste sous protection, les filières animale, sucrière et oléagineuse demeurent exposées à une inflation de second rang et à une saturation portuaire qui grignote les marges de manœuvre. Analyse.
Article : Pourquoi le taux d’inflation ne reflète pas toujours le vécu des ménages
Au Maroc, l’inflation ralentit, mais les ménages continuent de ressentir la hausse des prix et la pression sur leur pouvoir d’achat. Cet écart vient surtout d’une lecture incomplète du taux d’inflation, ainsi que de la nature même du panier représentatif utilisé pour mesurer l’évolution des prix.
Article : Intelcia : Karim Bernoussi et ses partenaires reprennent 100% du capital, sortie d’Altice
Le 28 avril, les deux cofondateurs du groupe, Karim Bernoussi et Youssef El Oufir, doivent finaliser le rachat des 65% du capital détenus par le groupe Altice, dont ils n'avaient conservé que 35% lors de l'entrée du partenaire français en 2016. Une opération qui redonne à ce fleuron de l'économie marocaine sa pleine liberté de manœuvre, au moment précis où son secteur est traversé par la déferlante de l'intelligence artificielle. Karim Bernoussi, PDG du groupe, était l'invité du 12/13 de Médias24.
Article : L’Oukaïmeden, station d’hiver et espace culte de transhumance
Alors que l’Oukaïmeden est appelé à devenir une station touristique quatre saisons à l’horizon 2027, l’anthropologue Mohamed Mahdi rappelle que ce territoire ne peut être réduit à un site de loisirs. Agdal pastoral, espace de transhumance, réservoir de biodiversité et patrimoine culturel amazigh, l’Oukaïmeden impose une approche de développement intégrée, capable de concilier tourisme, pastoralisme et préservation des équilibres sociaux et écologiques.
Article : La météo pour le lundi 27 avril 2026
Voici les prévisions météorologiques pour le lundi 27 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie.
Article : Plan d’aménagement de Marchica : un nouveau souffle socio-économique pour Nador et Beni Ensar
L'aménagement de la lagune de Marchica s’apprête à un nouveau chapitre. Au-delà des avancées de la première phase, il dessine une nouvelle transformation urbaine et touristique d'ampleur, de Nador à Beni Ensar, jusqu'au village d'Arkman. L’enquête publique s’est achevée vendredi.