Taqa Morocco a présenté sa stratégie et ses résultats annuels lors d’un point de presse tenu le 1er avril 2026. Le groupe engage une transformation en profondeur de son modèle, avec l’ambition de se repositionner bien au-delà de son cœur historique thermique.
Cette évolution marque l’entrée dans une nouvelle phase, où l’enjeu porte désormais sur la capacité du groupe à exécuter un cycle d’investissement d’envergure et à structurer un portefeuille multi-métiers à horizon 2030.
Un objectif de 8 GW de capacité installée à horizon 2030, contre 2 GW actuellement
Taqa Morocco change d’échelle
"L’année 2025 a été marquée par des défis importants, mais aussi par des avancées stratégiques majeures, portées à la fois par l’engagement de nos équipes, la confiance de nos partenaires et la solidité du modèle industriel de Taqa Morocco", explique Abdelmajid Iraqui Houssaini, président-directeur général du groupe.
"Nous franchissons aujourd’hui une nouvelle étape, en nous engageant dans une transformation profonde visant à renforcer notre rôle d’acteur clé de la sécurité énergétique et hydrique nationale, tout en accélérant le développement d’un portefeuille diversifié. Celui-ci couvrira à la fois les énergies renouvelables, le dessalement, les infrastructures critiques ainsi que des solutions innovantes à faible émission carbone".
Dans ce cadre, nous amorçons une transition vers une plateforme intégrée eau-énergie. À horizon 2030, la vision globale du portefeuille repose sur le passage d’une capacité actuelle de 2 gigawatts (GW), principalement basée sur le charbon, à une capacité totale de 8 GW. Celle-ci sera composée de 4,8 GW d’éolien, de 1,8 GW en cycle combiné gaz (CCGT), tout en maintenant les 2 GW existants de charbon.
Parallèlement, un nouveau pilier de développement concerne le dessalement de l’eau, avec une capacité de 900 millions de m³ par an, répartie sur quatre stations. Ce dispositif sera complété par un projet de transfert d’eau d’une capacité de 1,2 milliard de m³ par an, destiné à relier le nord du Maroc au centre du Royaume.
"En matière d’infrastructures énergétiques, un projet HVDC de 3 GW est également prévu, sur un tracé de deux fois 1.400 kilomètres, afin de relier les provinces du Sud au centre du Royaume, principalement pour le transport d’électricité d’origine renouvelable".
"L’ensemble de ces projets représente un volume d’investissement global de 143 milliards de dirhams (MMDH) sur une période de 4 à 5 ans".
"Dans le détail, le transfert d’eau mobilise 35,6 MMDH, le transport d’électricité (HVDC) 43,5 MMDH, le dessalement environ 25 MMDH, les projets renouvelables – principalement éoliens – près de 24 MMDH et, enfin, le projet gaz 15,5 MMDH".
Par ailleurs, "l’année 2025 a également été marquée par plusieurs avancées structurantes. Nous avons notamment signé avec le groupe Navera Nexus un projet de data center, qui cible à terme une capacité éolienne de 500 mégawatts, avec un MOU [mémorandum d'entente, ndlr] déjà acté en phase de développement".
"Dans le même esprit, un MOU a été signé avec UK Export Finance afin de soutenir la transition de Taqa Morocco vers un portefeuille de production d’électricité bas carbone, nous permettant ainsi d’accéder à des conditions de financement compétitives".
Enfin, un partenariat a été conclu avec la Japan Bank for International Cooperation (JBIC) pour accompagner le financement des projets liés à l’énergie, à l’eau et aux infrastructures à développer à horizon 2030.
La stratégie de développement du groupe
La stratégie de développement du groupe Taqa Morocco s’articule autour de deux leviers principaux. "D’une part, les projets inscrits dans le cadre de l’accord stratégique signé avec le gouvernement du Royaume du Maroc, incluant notamment le transfert d’eau, le dessalement, les centrales à cycle combiné gaz, ainsi que les infrastructures HVDC et les projets renouvelables. D’autre part, les projets développés dans le cadre de la stratégie propre du groupe", explique Hicham Chad, directeur du Business Development.
Un pilier gaz structuré autour de Tahaddart
"Nous commençons par le gaz. Le projet de développement de la centrale à cycle combiné gaz repose sur deux composantes. Il prévoit, d’abord, l’acquisition de la centrale existante de Tahaddart, pour laquelle la structuration de l’opération est déjà arrêtée. Il inclut également le développement de deux unités additionnelles sur le même site, Tahaddart 2 et 3, représentant une capacité de 1.400 MW".
Dans ce cadre, un accord de développement a été signé avec l’ONEE. Cet accord précise le contour du projet, les jalons de réalisation ainsi que les obligations des différentes parties, avec pour objectif une mise en exploitation commerciale.
"Par ailleurs, dans un contexte international marqué par de fortes perturbations, les éléments critiques du projet ont d’ores et déjà été sécurisés. Les slots de fabrication des turbines à gaz, composante centrale du projet, ont été réservés, avec des accords déjà signés par le consortium de développeurs. La prochaine étape consistera dans le lancement de l’appel d’offres pour la sélection du contractant en charge de la construction".
Le démarrage des travaux, ainsi que la signature des contrats EPC et du contrat associé avec l’ONEE, sont prévus au cours de l’année 2026
Dessalement : quatre stations en déploiement
Deuxième axe du partenariat stratégique : le dessalement d’eau de mer. Le programme porte sur quatre stations : Oriental, Tanger, Souss-Massa et Guelmim-Oued Noun (Tan-Tan) pour une capacité globale de 900 millions de m³ par an. Les accords de développement ont déjà été exécutés pour ces projets.
"Pour la station de l’Oriental, les appels d’offres ont été lancés et les offres reçues. Le projet est actuellement en phase d’évaluation et d’adjudication. Une situation similaire prévaut pour la station de Tanger, dont les offres EPC sont en cours d’analyse".
Concernant les deux autres stations, Souss-Massa et Tan-Tan, les études de développement sont en phase de finalisation, avec un lancement imminent des appels d’offres pour la sélection des contractants EPC.
Un adossement aux énergies renouvelables
Afin d’alimenter ces stations en énergie, Taqa Morocco développe en parallèle des capacités renouvelables, principalement éoliennes. Un site d’une capacité totale de 800 MW a déjà été identifié, dont une première phase de 300 MW a obtenu les autorisations nécessaires. Les études sont en cours, avec un objectif de mise en service synchronisée avec celle des stations de dessalement.
Transfert d’eau : un projet structurant à l’échelle nationale
"Le projet de transfert d’eau constitue un autre pilier structurant. Il prévoit une capacité de 1,2 milliard de m³ par an. L’accord de développement a été signé avec le ministère de l’Équipement et de l’eau. Une consultation préliminaire a déjà été lancée afin de recueillir les solutions techniques et économiques, tandis que l’appel d’offres formel pour la sélection des partenaires nationaux et internationaux est attendu au deuxième trimestre 2026".
HVDC : une infrastructure clé pour relier les territoires
"En parallèle, le projet de ligne de transport électrique HVDC affiche une capacité de 3.000 MW sur une distance de 1.400 km. L’accord de développement avec l’ONEE a été signé, et l’étude de préfaisabilité est finalisée. Le volet renouvelable associé, d’une capacité de 1.200 MW, a également fait l’objet d’un accord, avec un déploiement prévu en parallèle de la ligne HVDC", indique Hicham Chad.
L’ensemble de ces projets s’inscrit dans le cadre de l’accord de partenariat stratégique conclu avec le gouvernement marocain.
Des projets développés en propre par Taqa Morocco
Par ailleurs, Taqa Morocco développe également des projets dans le cadre de sa stratégie propre. "Parmi eux figure le parc éolien de Boujdour, premier projet renouvelable du groupe. Le développement est aujourd’hui finalisé, avec les autorisations obtenues, le foncier sécurisé et les contrats d’achat d’électricité déjà signés. La construction a démarré au quatrième trimestre 2025, tandis que le closing financier interviendra prochainement. La mise en service est prévue en 2027", précise-t-il.
"Un second axe concerne le projet d’hydrogène vert. Le groupe a été sélectionné dans le cadre de l’Offre Maroc, en consortium avec un partenaire espagnol. Un contrat préliminaire de réservation foncière a été signé, ouvrant une période d’exclusivité destinée à finaliser les études de faisabilité, avant une validation des étapes suivantes avec Masen".
"Enfin, un projet de parc éolien dans le sud du Royaume est également en cours de développement. Des sites à fort potentiel ont été identifiés, représentant une capacité de 600 MW. Les études sont en cours, avec un lancement imminent des appels d’offres".
Des performances financières solides, malgré un léger repli
En 2025, Taqa Morocco confirme la résilience de son modèle avec des indicateurs opérationnels toujours solides. Le taux de disponibilité global s’établit à 92,1%, en léger retrait par rapport à 2024 (93%), notamment en raison d’une révision mineure planifiée de l’unité 6.
Sur le plan financier, le chiffre d’affaires ressort à 10,6 MMDH, en recul de 2,2% par rapport à 2024. Cette évolution reflète principalement l’effet combiné de la révision technique de l’unité 6, de la baisse des prix du charbon sur le marché international ainsi que d’un effet de change défavorable lié à la parité USD/MAD.
Dans ce contexte, l’EBITDA s’établit à 3,2 MMDH, en baisse de 7,4%, tandis que le résultat d’exploitation recule de 7,2% à 2,44 MMDH. Malgré cette évolution, le groupe maintient une rentabilité robuste, avec une marge opérationnelle de 23% en 2025, contre 24,2% un an auparavant.
Le résultat financier s’améliore, passant de -404 millions de DH à -371 MDH, grâce notamment à une meilleure gestion des placements de trésorerie et des charges financières.
Au final, le résultat net consolidé s’établit à 1,275 MMDH, en baisse de 7,4%, tandis que le résultat net part du groupe atteint 981 MDH, contre 1,053 MMDH un an plus tôt.
Sur le plan bilanciel, la structure financière demeure solide. Le ratio dette nette/EBITDA ressort à 1,7x, contre 1,6x en 2024, tandis que le gearing s’améliore à 38%, contre 40% un an auparavant. Ces niveaux confirment la capacité du groupe à financer son ambitieux programme d’investissement.
Enfin, le directoire proposera la distribution d’un dividende de 38 DH par action, en progression de 3% par rapport à l’exercice précédent.
Source: medias24.com
