Flambée de la tomate. Les raisons d'une hausse inévitable
Le prix de la tomate a connu une flambée surprise, atteignant entre 13 et 17 dirhams le kilo, voire 20 dirhams dans quelques marchés. Mais cette hausse soudaine est-elle normale ? Est-elle justifiée cette fois-ci, ou bien est-ce le réseau des intermédiaires qui a artificiellement fait grimper les prix ? Décryptage.
Le prix de la tomate a enregistré une hausse vertigineuse sur les marchés de détail et, depuis une semaine, sur les marchés de gros. Cette augmentation progressive, entamée durant la deuxième moitié de mars 2026, a porté les prix de vente finale jusqu'à 17 dirhams, voire 20 dirhams dans des cas rares.
Cette flambée, bien qu'elle coïncide avec la hausse des prix des carburants, s'explique en réalité par une crise aux multiples facettes. Toujours en cours, celle-ci a fortement affecté l'offre, principalement dans la région Souss-Massa, principal bassin de production de tomates au Maroc.
Dans un échange avec Médias24, Ahmed Afkir, premier vice-président de la Chambre d'agriculture de la région Souss-Massa, nous explique les dessous de la crise de la tomate. Il est également directeur d'une entreprise spécialisée dans la production et la commercialisation de plants greffés et francs de cultures maraîchères à Sidi Bibi, au sud d’Agadir.
À Souss-Massa, une triple crise frappe les producteurs de tomate
L’offre de tomates s'est fortement raréfiée à la suite d'une baisse drastique de la production. Ce déclin s'explique par la combinaison de trois facteurs majeurs : des aléas climatiques sévères, la prolifération de virus et de champignons dans les cultures, et une crise des intrants agricoles qui ne fait que débuter.
"La tomate est la "locomotive" des légumes, c'est elle qui tire le marché. Mais, le vrai problème actuel, c'est la production. Cette année, trois facteurs expliquent sa rareté", explique Ahmed Afkir.
Le premier défi majeur de la saison a été d'ordre phytosanitaire. "Les maladies cryptogamiques, dues à une très forte humidité, ont fait des ravages. Le Botrytis et le mildiou ont touché énormément d'agriculteurs entre novembre et décembre".
À ces champignons dévastateurs s’ajoute une menace virale particulièrement tenace. "Ensuite, il y a le problème du nouveau virus de la tomate. Jusqu'à présent, nous n'avons pas encore trouvé de variétés résistantes à ce nouveau virus, appelé ToBRFV (maladie des fruits bruns et rugueux de la tomate), qui a déjà causé d'énormes dégâts pour à récolte actuelle", alerte Ahmed Afkir.
Outre l'aspect sanitaire, les intempéries ont lourdement endommagé les installations, rendant les cultures vulnérables. Les vents et les fortes pluies ont détruit une superficie totale de 4.500 hectares. "Pour certains agriculteurs, même les structures en fer ont été tordues".
La situation a été aggravée par des difficultés logistiques. "Le problème pour remettre le plastique de couverture, c'est le manque de main-d'œuvre. Au lieu de réparer cela en trois ou quatre jours, ça a traîné entre vingt-cinq jours et un mois. Les tomates se sont donc retrouvées comme en plein champ, exposées au froid, à la pluie et aux insectes... Il n'était plus possible de contrôler l'environnement à l'intérieur de la serre".
S’ajoute à cette crise un contexte géopolitique tendu. Les prix des intrants connaissent une fluctuation sans horizon de détente, exacerbée par le blocus au niveau du détroit d’Ormuz, qui impacte directement et lourdement le marché des engrais.
L'inflation touche également le matériel de base indispensable aux serres, avec un prix du plastique qui a bondi de plus de 30%. "Aux dernières nouvelles, on l'achetait à 23 dirhams le kilo, aujourd'hui il est à 31 dirhams. Et on ne sait même pas s'il va stagner à ce prix ou augmenter encore. C'est le grand problème : le coût des intrants continue de s'envoler", souligne Ahmed Afkir, pointant du doigt une incertitude qui pèse lourdement non seulement sur la filière des tomates mais sur l’ensemble des produits agricoles.
Tomate chère : l’agriculteur n’y gagne rien et le consommateur est offusqué
Sur la question des prix, notre interlocuteur pointe du doigt une forte volatilité sur le marché d’Inezgane. Le prix de la caisse y a chuté de moitié en quelques jours, et ce, en dépit d'une offre manifestement restreinte.
"Le souci, c'est que la tomate est rare… Il y en a, mais le problème réside dans la fluctuation des prix. Hier et aujourd'hui, le prix a baissé de 50% par rapport à jeudi et vendredi derniers, où la moyenne était de 250 dirhams pour une caisse de 30 kilos. Aujourd'hui, elle se négocie entre 120 et 150 dirhams. C'est la loi de l'offre et de la demande", analyse-t-il.
Une tarification qui demeure compréhensible aux yeux du professionnel, compte tenu de la crise phytosanitaire qui frappe durement les cultures de la région Souss-Massa. Le rendement à l'hectare s'est effondré, divisé par dix par rapport à la normale, acculant les exploitants agricoles à une situation financière critique.
"Le kilo a atteint 15 dirhams. Même si le consommateur s'offusque d'une caisse à 300 dirhams, la réalité est que l'agriculteur n'y gagne rien ! Avant, récolter 200 caisses dans une serre et les vendre à 100 dirhams l'unité était bien plus rentable. Aujourd'hui, l'agriculteur s'épuise toute la journée sur un hectare pour ne sortir que 15 ou 20 caisses… tout simplement parce qu'il n'y a plus rien à récolter", déplore l’expert.
L'export, un faux coupable face à la hausse des prix de la tomate
La crise actuelle n’a aucune relation explicite avec la demande du marché européen. Cependant, du point de vue des agriculteurs, produire de la tomate, c’est devoir l’exporter pour pouvoir amortir les coûts de revient et maintenir un prix raisonnable à l’échelle locale. C'est précisément cette péréquation qui sauve la production agricole et permet un prix abordable pour le consommateur marocain.
"Ces 50%, on les vend à l’étranger à 1 euro ou 1,20 euro le kilo, et les autres 50%, on les vend ici à 2 ou 3 dirhams. Or, le prix de production de la tomate, aujourd’hui, a atteint 4 dirhams. Mais, en faisant la moyenne, on arrive encore à dégager un bénéfice d’un dirham ou 50 centimes. Ainsi on s’en sort, et l’année prochaine, on pourra travailler", indique Ahmed Afkir.
En l'absence d’exportations, la production destinée au marché local pourrait s'effondrer, et les prix grimperaient logiquement en conséquence. "Si la caisse de tomates ne se vendait pas à 300 dirhams aujourd'hui, il est peu probable que les agriculteurs en replantent l'année prochaine. Sans l'exportation, on ne vendrait qu'à 2 dirhams sur le marché local, on produirait à perte, et l'année d'après, l'agriculteur serait contraint d'arrêter sa culture".
La région Souss-Massa représente 75% de la production nationale de tomate, ce qui en fait la plaque tournante de l’approvisionnement, malgré l’émergence de nouvelles zones de production prometteuses comme Dakhla.
À terme, sans accompagnement de la crise phytosanitaire actuelle, le risque est de voir les agriculteurs se détourner massivement de cette culture vers des produits moins sensibles aux chocs de marché, ce qui pèsera certainement sur la disponibilité et le prix des tomates sur le marché national.
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