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DIPLOMATIE

Sahara. Six mois après la résolution 2797, bilan pour Mistura et revue stratégique de la Minurso

Au-delà du calendrier du Conseil de sécurité, la fin avril 2026 pourrait marquer un moment de vérité pour l'affaire du Sahara. Le bilan attendu de Staffan de Mistura doit permettre de mesurer dans quelle mesure les discussions relancées en janvier 2026 ont confirmé la centralité de l’initiative marocaine d’autonomie, aujourd’hui consacrée comme l’unique cadre réaliste de sortie. Quant à l’examen de la Minurso, il revient à interroger la pertinence persistante d’une mission créée pour un référendum devenu impraticable et désormais dépassé par la dynamique politique imprimée au dossier.

Staffan de Mistura au cœur du dossier du Sahara marocain et de la revue de la Minurso par l’ONU
L’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, Staffan De Mistura.
Par
Le 14 avril 2026 à 19h24 | Modifié 15 avril 2026 à 12h11

Près de six mois après l'adoption de la résolution 2797, ce printemps 2026 voit de nouveau revenir sur la table du Conseil de sécurité le dossier du Sahara marocain.

En effet, d'une part, il s'agit pour l'envoyé personnel du secrétaire général de l'ONU, Staffan de Mistura, de dresser un bilan de sa mission, à la lumière des négociations (enfin) relancées en janvier 2026, sous auspices américaines, entre le Maroc, l'Algérie, la Mauritanie ainsi que le mouvement séparatiste du polisario. D'autre part, la plus haute instance onusienne doit procéder à une revue stratégique de la Minurso, la mission de paix onusienne, de laquelle d'aucuns ne donnent plus vraiment cher de la peau au vu de la volonté manifeste de Washington de procéder à sa liquidation finale.

Des dates ont également d'ores et déjà été fixées, à savoir le vendredi 24 avril pour le briefing point de Mistura, et le jeudi 30 avril, soit six jours plus tard, pour la Minurso.

Que faut-il exactement en attendre ?

Un contexte diplomatique profondément reconfiguré

Pour de Mistura, en poste depuis octobre 2021, il faut dire que son travail a été grandement facilité par le retour aux affaires de Donald Trump en tant que président des États-Unis. Nommé à un moment où c'était Joe Biden qui dirigeait la première puissance mondiale, il avait semblé à un moment clairement pessimiste, ou du moins pas franchement enthousiaste quant à la possibilité de mener à bout, et à bien, son mandat dans des conditions normales.

En octobre 2024, rappelons-le encore, il en était arrivé à proposer la "solution" d'une partition du Sahara entre le Maroc et le Polisario, option déjà soufflée au tournant du siècle par le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, à un autre émissaire onusien au Sahara, l'Américain James Baker.

Une idée vite jetée aux orties à l'époque, et pour cause... "C'est du réchauffé", se contentera de commenter le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, quelques jours plus tard à Rabat, lors d'un point de presse aux côtés de son homologue estonien.

Depuis que la résolution 2979 a été votée, à la suite d'un dur labeur en coulisses de la diplomatie nationale avec, à sa tête, le Roi Mohammed VI, les paramètres de négociation ont néanmoins beaucoup changé, sinon mué en profondeur, l'initiative marocaine d'autonomie étant désormais on ne peut plus formellement consacrée. Et le ton de Mistura a, pareillement, évolué ; c'est ce qui ressortait en tout cas de sa prise de parole, le 5 novembre 2025, bien que maladroite par endroits.

Lors de cette intervention, le diplomate italo-suédois s'était notamment félicité du fait que la résolution "offre la possibilité d’une discussion réelle et constructive, d’abord discrète, puis, espérons-le, plus ouverte". Est-ce cela s'est finalement bien produit dans les coulisses ?

Comme l'écrivait Médias24 il y a quelques semaines, les différents rounds de tractations ont, pour le moins, été caractérisés par un blackout complet. Aucune indication officielle, l'Algérie ne reconnaissant même pas par exemple sa participation, les 8 et 9 février 2026, à la réunion de Madrid – en cohérence avec sa position classique, opposée à toute forme d'implication qui confirmerait le rôle réel qu'elle joue dans l'entretien depuis plus d'un demi-siècle du conflit régional.

Mais il ressort nettement, dans l'ensemble, que l'autonomie s'impose comme seul et unique point d'arrivée, et ce, dans le sillage de la résolution 2797.

Un indicateur significatif à cet égard est la sortie de Mohamed Yeslem Beisat, responsable "diplomatique" du polisario, ouvrant la voie à une acceptation du plan marocain du 11 avril 2007 (bien qu'enveloppée, comme on pouvait s'y attendre, dans la phraséologie séparatiste usuelle).

De son côté, l'Algérie ne cesse de réitérer que le fin mot reviendra aux "Sahraouis". Mais c'est aussi, on peut le comprendre, un moyen de se défausser et de ne pas assumer le revers cinglant que représentera l'enterrement définitif de la chimère de la séparation. Le Maroc, pour sa part, n'a de toute façon pas dans l'idée d'humilier son voisin de l'Est. "Le Maroc demeure attaché à la nécessité de parvenir à une solution qui sauve la face de toutes les parties, sans vainqueur, ni vaincu. Le Maroc ne brandit pas ces changements comme un trophée et ne souhaite nullement attiser les antagonismes ou accentuer les divisions", soulignait le Roi Mohammed VI lui-même dans son discours du 31 octobre.

La Minurso, une mission en sursis

On en vient donc à la Minurso. On le sait, c'est dans l'objectif d'organiser un référendum au Sahara que celle-ci a été constituée en avril 1991. Mais de fil en aiguille, et face au désaccord relatif au corps électoral potentiel, la tenue d'une telle consultation s'est avérée tout à fait impossible. Le Conseil de sécurité a d'ailleurs lui-même pris acte de cette donne, cessant à partir de juin 2001 de faire référence au référendum dans ses résolutions sur la situation concernant le Sahara.

Parallèlement, la Minurso a continué de surveiller le cessez-le-feu, en vigueur à partir de septembre 1991. Mais en août 2016, se servant du prétexte de travaux routiers à Guergarate, le polisario entame un jeu de provocation qui va durer quatre ans dans cette zone tampon de la frontière maroco-mauritanienne, jusqu'à l'intervention des Forces armées royales (FAR) pour en déloger ses milices après un énième blocus de plusieurs semaines.

Dans la foulée, la bande à Brahim Ghali reprend les armes, et depuis lors, cette dernière est toujours en confrontation armée avec le Maroc. En octobre 2023, un projectile, vraisemblablement de fabrication iranienne, avait fait un mort après avoir été tiré depuis l'ouest du mur de défense marocain. Des éléments qui, pris ensemble, rendent tout à fait désuet un maintien de la Minurso, même donc à des fins non originelles de monitoring.

Cela s'ajoute à la volonté affichée de l'administration Trump de mettre fin aux missions onusiennes inutiles, dans un objectif de réduire la voilure financière américaine au niveau des instances internationales. La Minurso devient, de facto, un candidat en force pour être abandonné, et c'est d'ailleurs précisément la mission qui a été le plus mise en avant par le représentant permanent des États-Unis à l'ONU, Mike Waltz, lors d'un récent passage au Congrès.

En parallèle, des diplomates onusiens ont été dépêchés au cours des dernières semaines au Sahara, afin d'évaluer au plus près le bien-fondé d'un maintien de la Minurso. Leurs conclusions finales devraient être rendues lors de la réunion du 30 avril.

Il faut aussi rappeler que tout au long des mois ayant précédé la résolution 2797, le bruit avait largement couru dans les chancelleries que la Minurso serait remplacée par une "Mansaso" (Mission d’assistance pour la négociation d’un statut d’autonomie au Sahara), mais il n'en a rien été. Même s'il faut dire qu'au final, c'est bien cette Mansaso que de Mistura semble mener actuellement, sans en porter le nom.

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Le 14 avril 2026 à 19h24

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