Souveraineté énergétique : au parlement, Leila Benali fait le point et trace le cap vers 2030
Lors d’une séance de questions orales à la Chambre des représentants ce lundi 13 avril, la ministre de la Transition énergétique et du développement durable, Leila Benali, a livré un exposé exhaustif sur la situation énergétique du pays. Entre gestion de l’urgence internationale et accélération des réformes structurelles, la ministre a affirmé que le Maroc se trouve à un tournant historique pour consolider son indépendance.
L’exercice de transparence de Leila Benali s’est voulu sans détour. La ministre a souligné la gravité de la conjoncture géopolitique actuelle, estimant que son impact dépasse désormais celui des crises historiques de 1975, 1979 ou 2002. En cause, les tensions au détroit d’Ormuz, par où transitent 20 % du pétrole mondial, du gaz et des produits pétrochimiques essentiels à l'industrie pharmaceutique et agroalimentaire, ainsi que les menaces pesant sur les infrastructures énergétiques mondiales.
Un bouclier social face à l'inflation importée
Reconnaissant les inquiétudes des citoyens face à l'augmentation des coûts de l'assurance maritime et du transport, la ministre a rappelé les moyens financiers mobilisés par le gouvernement pour préserver le pouvoir d’achat :
- Le gaz butane : La subvention de l'État s’élève aujourd’hui à 78 DH pour une bouteille de 12 kg, contre 30 DH avant le conflit.
- L’électricité : Afin de maintenir les tarifs stables malgré l'explosion du coût des combustibles, l'État injecte chaque mois 400 millions de DH dans le secteur.
- Le transport : Le soutien aux professionnels se poursuit à raison de 3 dirhams par litre (soit environ 648 millions de DH par mois).
Pour garantir que ces efforts profitent réellement au consommateur, le Conseil de la concurrence a intensifié sa surveillance. L'objectif est d'assurer une transparence totale des marges bénéficiaires et de vérifier la corrélation entre les cours internationaux et les prix à la pompe.
Stocks de sécurité et logistique : une gestion au jour le jour
Malgré des perturbations logistiques majeures, notamment des restrictions de mouvement de deux jours constatées la semaine dernière aux ports de Mohammedia et de Jorf Lasfar, le Maroc maintient son approvisionnement.
À ce jour, le stock national est de 47 jours pour le gasoil et de plus de 49 jours pour l’essence. La ministre a assuré que les besoins pour les trois prochains mois sont totalement couverts, avec une visibilité jusqu’à la fin de l’année grâce à une diversification des sources (États-Unis, Amérique du Sud et Europe). Concernant la production d'électricité, les contrats de gaz naturel et de charbon garantissent une couverture totale jusqu’à fin juin 2024.
2026-2030 : L'accélération "historique"
Pour Leila Benali, le salut du Maroc réside dans l'accélération de la stratégie lancée en 2009. Le pays a déjà atteint 46 % de capacités renouvelables dans son mix électrique. Mais les chiffres récents témoignent selon la ministre d'un changement d'échelle :
- Investissements : Depuis 2021, le Maroc a doublé ses investissements annuels dans les énergies vertes et a multiplié par cinq ceux dédiés au réseau électrique.
- Dynamique de licences : Au cours du premier trimestre 2026 (selon les projections de planification), des licences pour 2,7 GW ont été accordées, soit 64 % de la totalité des licences octroyées entre 2009 et 2025.
- Objectifs 2026 : le ministère travaille avec des développeurs pour mettre en service 690 MW supplémentaires d'ici la fin de l'année 2026. Les énergies renouvelables devraient alors peser pour 25 % de la consommation effective, sans compter l'apport croissant de l'autoproduction.
Un plan quinquennal inédit pour le stockage
Pour pallier les faiblesses du système, notamment sur le kérosène et le gaz butane, la ministre a annoncé l'élaboration d'un plan quinquennal de stockage. Un programme d'investissement massif pour la période 2026-2030 sera lancé dès l'année prochaine pour porter les capacités de réserve à un niveau optimal (actuellement autour de 80 jours pour les produits raffinés classiques).
En conclusion, Leila Benali a rappelé que le Maroc, n’étant pas membre de l'OPEP ni producteur d'hydrocarbures, n'a d'autre choix que l'excellence dans sa stratégie de transition. Selon elle, l’approche proactive et solidaire adoptée par le Royaume prouve aujourd'hui sa pertinence, transformant une crise mondiale en une opportunité de souveraineté durable.
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