Céréales. Une récolte en forte hausse au Maroc, mais toujours sous la menace d’un coup de chaleur
Après une saison de pluies record, le Maroc s’attend à une campagne agricole nettement meilleure que celles des trois dernières années, mais la récente canicule accompagnée de chergui pourrait affecter les cultures arrivées au stade de pré-maturation. Voici ce qu’il faut savoir.
Après un hiver très pluvieux, signe d’une bonne saison agricole, le Maroc connaît actuellement une hausse des températures généralisée, illustrant un dérèglement climatique de plus en plus brutal et imprévisible.
En effet, plusieurs régions du Maroc ont enregistré durant ce week-end des températures estivales, notamment dans le Sud, le Souss et les plaines de Tadla et Rehamna, avec des valeurs comprises entre 35 et 40 °C. Dans les autres régions atlantiques, notamment entre Casablanca et Tanger, le mercure a enregistré des températures comprises entre 25 et 30 °C.
Culture céréalière : une prévision de production de 80 Mq (rapport US)
Selon les récentes prévisions publiées par le département américain de l'Agriculture (USDA), la production céréalière pour la campagne actuelle devrait atteindre 80 millions de quintaux (contre 44 Mq une année auparavant). Cette récolte se répartit entre 42 Mq de blé tendre (52,5%), 23 Mq de blé dur (28,75%) et 15 Mq d’orge (18,75%), soit +82%. Le ministère marocain de l’Agriculture ne devrait pas tarder à publier ses propres prévisions de récolte.
Selon la source américaine, la superficie totale récoltée en blé tendre et en blé dur est projetée à 2,8 millions d'hectares, tandis que celle de l'orge est estimée à 1,1 million d'hectares. En raison de conditions météorologiques plus clémentes, la superficie semée cette saison devrait être supérieure d'environ 30% à celle de l'année précédente.
Il est à noter que la saison dernière, ce même rapport avait projeté une production de 35 Mq, soit un écart exceptionnel d'environ 20,5% par rapport aux années précédentes qui ne dépassait pas 7% environ.
De son côté, Bank Al-Maghrib table sur une estimation très proche de l'USDA, prévoyant une production céréalière de 82 Mq à la faveur des récentes précipitations.
Rappelons que le record historique de production céréalière avait été enregistré en 2021, avec 103,2 Mq. La projection de cette année reste donc inférieure de 22,5% par rapport à ce record, mais supérieure à celle des trois dernières années.
Situation actuelle de la campagne céréalière 2025-2026
Actuellement, la saison de moisson a commencé dans plusieurs régions du sud du Maroc, où le climat plus chaud permet un avancement accéléré du cycle des cultures. En effet, le développement des céréales est nettement plus avancé dans le Sud que dans le Nord, où les chutes de neige et les basses températures de janvier ont retardé la germination et le démarrage végétatif.
Dans les régions du Centre (Chaouia, Tadla, Saïss, Haouz), les céréales se situent principalement entre le stade d’épiaison et le début de maturation (remplissage du grain). Ces stades sont particulièrement sensibles aux stress thermique et hydrique.
La campagne agricole 2025-2026 affiche globalement des résultats nettement supérieurs à la normale. Après un démarrage proche de la moyenne historique à l’automne, l’examen de l’indice de végétation (NDVI) indique que le couvert végétal a fortement augmenté à partir de janvier pour atteindre des niveaux exceptionnels en mars et début avril 2026, dépassant les valeurs maximales des vingt dernières années.

Cela reflète un développement végétatif vigoureux et une bonne couverture foliaire des cultures céréalières, grâce à des précipitations suffisantes et bien réparties durant la majeure partie de la saison de croissance.
Toutefois, l’impact de l'augmentation récente des températures diffère d’une région à l'autre. Pour les parcelles les plus avancées, situées dans le Sud et dans certaines zones du Centre, l’impact est moindre, la croissance des grains s’en trouve accélérée et la maturation se fait rapidement.
En revanche, dans les parcelles à un stade de maturation moins avancé, une hausse brutale des températures associée à une baisse marquée de l’humidité tend à raccourcir la durée de remplissage du grain. Il en résulte des grains plus petits, moins denses et moins bien remplis, ce qui se traduit par une réduction du poids de mille grains et, in fine, par une baisse du rendement potentiel.
Pour faire face à ces phénomènes climatiques extrêmes, le recours à des irrigations de complément devient stratégique, surtout au stade critique d’épiaison-remplissage. Ces apports d’eau permettent de maintenir l’humidité du sol, de réduire le stress hydrique et de limiter les effets de la chaleur sur le remplissage du grain.
Le ministère de l’Agriculture étudie actuellement, à un stade avancé, le déploiement d’un dispositif d’irrigation de complément dans les grandes zones de production céréalière. Ce système, une fois mis en place, pourrait non seulement atténuer l’impact de ces canicules soudaines, mais aussi mieux préparer le secteur agricole à une nouvelle année de sécheresse, un risque qu’il ne faut pas négliger après sept années consécutives de déficit pluviométrique.
Climat et cultures : des effets différenciés selon les filières
L’augmentation brutale des températures et les épisodes de chergui affectent également les cultures pérennes. Les agrumes, actuellement en phase de floraison ou de nouaison (selon les variétés et régions), traversent une période très critique. La floraison est une étape particulièrement sensible aux chocs thermiques, au cours de laquelle un épisode de chaleur, même court, peut provoquer une chute importante des fleurs (avortement floral), une mauvaise nouaison et, par conséquent, une réduction significative du potentiel de production.
D’autres arboricultures peuvent également subir des brûlures foliaires ou un stress physiologique en cas d’épisode prolongé.
S'agissant de la riziculture, culture de printemps-été géographiquement concentrée dans les périmètres du Loukkos et du Gharb, la campagne s'annonce prometteuse, dans le sillage direct des importantes crues hivernales qui ont submergé de larges superficies dans ces bassins. Loin d'être un frein pour cette filière, ces inondations ont permis de reconstituer massivement les réserves hydriques nécessaires à son cycle végétatif.

Ainsi, selon les projections du département américain de l'Agriculture (USDA), la superficie emblavée devrait atteindre 9.000 hectares cette année, pour une production estimée à 55.000 tonnes. Cette performance marquerait une hausse d'environ 15% par rapport à l'année précédente, capitalisant sur une excellente disponibilité en eau et des conditions optimales lors de la période de plantation.
L'examen récent de l'imagerie satellitaire sur le bassin du Gharb montre que de larges périmètres sont toujours à l'arrêt à la suite des débordements de l'oued Sebou. La submersion prolongée des terres et des infrastructures hydro-agricoles a lourdement affecté la production maraîchère de cette région, qui attend sa relance printanière.
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