Brief Médias24. L'analyse de l'attaque terroriste visant Bamako le 25 avril 2026
Le Mali a été frappé, le 25 avril 2026, par une offensive d’une ampleur exceptionnelle, visant jusqu’aux abords du pouvoir à Bamako. À travers ce “brief”, nouveau format d’analyse de Médias24, nous revenons sur les faits, les enjeux et les zones d’ombre d’une attaque qui pourrait marquer un tournant dans la crise malienne. Ou pas.
1 - Les faits.
Depuis le samedi 25 avril 2026, le pouvoir malien affronte une double attaque du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), organisation jihadiste affiliée à la nébuleuse Al-Qaïda, et des séparatistes touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA).
Au premier jour de l’offensive, l’emblématique ministre de la Défense et homme fort des autorités de transition, Sadio Camara, a été tué par les assaillants.
2 - Les enjeux.
En déliquescence à la suite du déclenchement de la guerre en janvier 2012, voire pratiquement failli à un moment, Bamako avait repris du poil de la bête depuis que le colonel Assimi Goïta s'était hissé au sommet de l'État au tournant de la décennie 2020.
Conséquence, un Mali qui est désormais dans sa majeure partie pacifié, et ce, en dépit du départ de la France après qu'elle a mis fin à l'opération militaire Barkhane en novembre 2022. En outre, Assimi Goïta s'était même offert le luxe de précipiter le départ, en décembre 2023, de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA).
Certes, d'aucuns mettent en cause le fait qu'en contrepartie, le Mali a ouvert grand ses portes à la Russie et à ses agendas pas forcément désintéressés, pour le moins, et ce, par le truchement de la société militaire privée Africa Corps. En effet, l’ex-Wagner, comme elle se faisait appeler jusqu’en novembre 2023, déploie un contingent estimé entre 1.000 et 1.500 hommes sur place, chargés d’appuyer l’armée malienne dans ses opérations de reconquête territoriale, de renseignement, de formation et d’accompagnement au combat, notamment dans le Nord et le Centre. Mais si l’on fait fi des méthodes, il n’en reste pas moins qu’en dernière analyse, le succès a été indéniable.
Et c'est justement ce récit de restauration de l'autorité de l'État que le GSIM et le FLA cherchent à mettre en question d'abord aux yeux de l'opinion publique malienne, en voulant démontrer que le cœur du pouvoir resterait vulnérable et que la sécurisation du territoire demeurerait plus fragile qu'annoncé. Et pour ce faire, ils sont allés jusqu'à attaquer la base militaire de Kati, fief d'Assimi Goïta dans la banlieue de Bamako (une quinzaine de kilomètres de la capitale malienne), où se trouvait au moment des attaques Sadio Camara.
Visé par un kamikaze pilotant un véhicule bourré d'explosifs, le domicile du responsable malien a été frappé de plein fouet, causant la mort de l'intéressé quelques heures plus tard à l'hôpital.
Cinq heures après le début des attaques, les autorités maliennes annonçaient avoir repris le contrôle de la situation. Mais ce n'est sans doute que partie remise, dans la mesure où l'offensive a précisément montré que les groupes armés conservent une capacité d'action jusque dans les zones les plus sensibles du dispositif sécuritaire malien.
3 - L'angle mort.
Au moins un millier de combattants engagés ; Bamako, Kati, mais aussi Gao et Kidal dans le Nord, frappés quasiment en même temps : il va sans dire, comme l'écrit le quotidien français Le Monde, que c'est une "attaque sans précédent" qui a visé le pouvoir en place à Bamako. À telle enseigne que l'on peut se poser la question de savoir si, finalement, elle est bien due aux seuls GSIM et FLA. Ou si, en réalité, elle n'a pas été fomentée par les services d'un acteur bien particulier dans la région : l'Algérie.
On le sait, cette dernière est, depuis l'arrivée même au pouvoir d'Assimi Goïta, en opposition ouverte avec son voisin malien. Et cela est allé jusqu'à la rupture des relations bilatérales après qu'Alger a abattu un drone appartenant au Mali, que le pays sahélien utilisait dans sa partie nord pour traquer des éléments... du FLA.
C'est que les accointances des séparatistes touaregs avec la junte militaire algérienne sont de notoriété publique, et sans appui extérieur, nul doute que le degré de projection et de coordination observé lors de cette offensive aurait été autrement limité. Les accords d'Alger de 2015, censés pacifier le Nord-Mali en mettant fin au conflit entre le pouvoir central à Bamako et les rebelles touaregs, constituent d'ailleurs moins un instrument de résolution du conflit qu’un cadre de légitimation durable du séparatisme touareg.
Même chose pour le GSIM, dont l'animateur principal est le célébrissime Iyad Ag Ghali, né de mère algérienne, et dont il est de notoriété publique que les services algériens ont sauvé la vie à maintes reprises en intervenant directement auprès de l'armée française lorsque cette dernière l'a eu dans le viseur et qu'elle s'est retrouvée en mesure de le neutraliser pour de bon.
Sur le momentum en lui-même, un développement récent suffit largement à motiver une "opex" de l'Algérie à l'encontre du Mali : le retrait par Bamako de la reconnaissance de la pseudo "République arabe sahraouie démocratique" (RASD) en présence du ministre des Affaires étrangères marocain, Nasser Bourita.
Un affront, et pour cause, pour un État dont le président Abdelmadjid Tebboune se plaisait à dire il y a quelques années qu'il est "le seul au monde à connaître parfaitement le Mali".
4 - À suivre...
Le Mali entre désormais dans une phase de vérité. À court terme, Bamako devra d’abord démontrer qu’il est en mesure d’absorber le contrecoup de cette attaque et de reconstituer sa chaîne sécuritaire après la mort de Sadio Camara.
Mais la réplique se jouera aussi dans le Nord, autour de Kidal et de Gao, où le FLA cherche déjà à transformer le coup de force en fait accompli, tandis que le GSIM tentera certainement de prolonger l’effet psychologique de l’offensive par une guerre d’usure.
Dans les prochains jours, le véritable indicateur sera la capacité de l’armée malienne à empêcher que cette séquence ne devienne le point de départ d’une nouvelle dynamique de fragmentation territoriale. Et au vu de ses accomplissements depuis six ans, il serait hasardeux de conclure, à ce stade, à un basculement en cours.