Canicule : un dôme de chaleur exceptionnel plonge le Maroc dans un été précoce
Depuis le 21 mai 2026, le Maroc traverse un épisode caniculaire d'une rare précocité. Khémisset a frôlé les 45 °C cinq jours d'affilée, et plusieurs villes, y compris côtières, ont dépassé les 40 °C. Des températures invivables pour une saison printanière, laissant penser à un été avant l'heure.
L’essentiel :
- Depuis le 21 mai 2026, le Maroc subit une canicule précoce d'une intensité exceptionnelle, avec un pic national à 44,9 °C enregistré le 23 mai 2026 à Khémisset.
- Cet épisode de chaleur est lié à un dôme de chaleur installé sur l'Europe occidentale, qui devrait se maintenir jusqu'aux premiers jours de juin.
- Sous l’effet de ce dôme thermique, les températures ont affiché des anomalies de +6 à +10 °C au Maroc.
- Pour les climatologues, ce type d'épisode est appelé à se multiplier, plaçant le Maroc en première ligne face aux phénomènes climatiques extrêmes.
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Les détails :
Après un hiver pluvieux et un printemps particulièrement doux, la seconde quinzaine de mai a brutalement plongé le Maroc dans un épisode caniculaire d’une intensité exceptionnelle.
Ce retour en force de la chaleur, exceptionnellement précoce pour la saison, rappelle une nouvelle fois que le dérèglement climatique n’est plus une hypothèse lointaine, mais une réalité tangible que le pays affronte déjà.
Depuis le 21 mai 2026, plusieurs régions du pays ont enregistré des températures plus qu’estivales en plein mois de mai. Même des villes habituellement rafraîchies par l’influence atlantique ont franchi la barre symbolique des 40 °C, plaçant le Maroc parmi les zones les plus touchées d’Afrique du Nord par cette vague de chaleur.
Le Maroc sous haute tension thermique : Khémisset en tête du classement national
En tête du classement, c'est dans la région de Khémisset que le mercure s'est le plus affolé. Cinq jours d'affilée, du 21 au 25 mai 2026, le thermomètre y a oscillé entre 44,1 °C et 44,9 °C, ce dernier seuil ayant été atteint à trois reprises consécutives, les 23, 24 et 25 mai.
D'autres localités de la façade atlantique et de l'intérieur ont également franchi le seuil critique des 42 °C : Sidi Slimane, jusqu'à 43,5 °C le 23 mai, Taroudant, 43,7 °C le 26 mai, Smara, 43,6 °C le 26 mai, Kénitra, 42,9 °C le 22 mai ou encore Safi, 42,5 °C le 26 mai.
Les grandes agglomérations n'ont pas été épargnées. Marrakech a atteint 41,1 °C, Rabat-Salé 40,3 °C, Agadir-Al Massira 41,9 °C et Casablanca-Nouasseur 41,8 °C. Dans le Sud, la Direction générale de la météorologie (DGM) a récemment émis des alertes orange, avec des maximales pouvant atteindre 44 °C dans plusieurs provinces sahariennes jusqu'au 29 mai.
Sur la même période, plusieurs villes européennes ont enregistré une tendance comparable, avec des niveaux inhabituels pour un mois de mai. Au sud et au sud-ouest du continent, le Portugal, l'Espagne et la France suffoquent sous des maximales avoisinant les 38 °C, tandis que des pays habituellement plus tempérés comme l'Allemagne et le Royaume-Uni dépassent largement les 30 °C. Des niveaux rarement observés à cette période de l’année, notamment outre-Manche, où les normales saisonnières se situent plutôt autour de 17 °C ou 18 °C.
Au Maroc, des anomalies thermiques atteignant 6 °C à 10 °C au-dessus des normales saisonnières
Selon les experts météorologiques, cet épisode est lié à un puissant dôme de chaleur (heat dome) installé au-dessus de l’Europe occidentale, et dont les franges méridionales se prolongent jusqu'au Maroc. Ce système de haute pression agit comme un couvercle atmosphérique, piégeant l’air chaud et sec sur une large zone pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines.

Un épisode similaire avait déjà été observé au Maroc entre la dernière semaine de juin et début juillet 2025, avec des records mensuels battus dans plusieurs stations. Sidi Slimane avait alors atteint 47,7 °C, Benguérir 46,4 °C, Larache 43,8 °C, Casablanca 40,5 °C et El Jadida 39,3 °C.
D'après les données de la plateforme Climate Pulse, opérée par le service Copernicus de l'Union européenne, les anomalies de température observées au Maroc atteignent entre +6 °C et +10 °C au-dessus des normales saisonnières. La frange atlantique nord du Royaume est la plus exposée, avec un réchauffement amorcé dès le 20 mai.
Mais c'est en Europe que le dôme de chaleur déploie sa pleine puissance. Sur une large bande de l'Europe de l'Ouest, les anomalies thermiques oscillent entre +10 °C et +16 °C par rapport aux moyennes saisonnières, des écarts considérables pour un mois de mai.

Pleinement mature, ce dôme, dont le Maroc subit pour l'essentiel les retombées méridionales, devrait persister jusqu'à la fin du mois. Les modèles numériques européens ne laissent entrevoir aucune dissipation significative avant les tout premiers jours de juin, sauf dégradation orageuse capable de briser ce blocage anticyclonique.
Des épisodes voués à se multiplier
Pour les climatologues, la fréquence, l’intensité et la durée des dômes de chaleur sont appelées à croître sous l’effet du réchauffement climatique d’origine anthropique. Le Maroc, qui se situe dans une zone de transition climatique particulièrement sensible, figure parmi les pays les plus exposés à ces épisodes thermiques extrêmes.
Le pays avait déjà connu des canicules saisonnières d’une intensité inédite, comme en février 2024, en plein hiver, où le mercure s’était affolé dans plusieurs villes, y compris côtières, dépassant les 30 °C, alors que les normales saisonnières peinent à atteindre 20 °C. Casablanca avait enregistré 34,8 °C, du jamais vu en cette période de l’année.
La récurrence de ces phénomènes ne doit pas être ignorée. Du fait de sa position géographique, le Maroc doit se préparer davantage à plusieurs types de risques : sécheresses, canicules, inondations soudaines… D’autant que l’épisode de fin mai 2026 ne sera vraisemblablement ni le dernier ni le plus intense.
Alors que le Maroc sort d’un hiver pluvieux ayant permis un net remplissage des barrages, ce type de séquence rappelle aussi la fragilité persistante des ressources en eau de surface, notamment dans les zones déjà soumises à un stress hydrique.
La vigilance reste de mise dans les prochains jours. Même si un léger rafraîchissement est attendu en fin de semaine sur le littoral grâce à la brise atlantique, l'intensité et la durée de l'épisode exposent les populations les plus fragiles à de sérieux risques sanitaires.
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