img_pub
Rubriques
Publicité
Publicité
SOCIETE

Une tragédie silencieuse: les abandons d'enfants au Maroc

L'affaire des deux garçons abandonnés par leur mère à Tiznit remet à jour le problème de l'abandon d'enfants. Un phénomène récurrent dont les chiffres sont rarement dévoilés. 

Une tragédie silencieuse: les abandons d'enfants au Maroc
Abdelali El Hourri
Le 1 septembre 2016 à 13h12 | Modifié 11 avril 2021 à 2h38

L'idée de traiter ce sujet est née de la lecture d'un communiqué du ministère de la Justice, adressé aux rédactions, le mercredi 31 aout.

Le communiqué explique, sur un ton sans émotion (ce n'est pas une critique), que le vendredi 26 août, à Tiznit, une femme se présente à l'un des commissariats de la ville, accompagnée de ses deux enfants qu'elle souhaite abandonner. La raison invoquée est le manque de moyens matériels, le père étant décédé. Les fonctionnaaires expliquent à la dame qu'elle doit revenir le lundi pour déclencher la procédure d'abandon, prévue par la loi.

Le ton du communiqué, l'existence d'une procédure légale pour abandonner sa propre progéniture, provoquent l'émotion au sein de notre rédaction. D'où cet article.

Le lundi 29 aout, la dame est convoquée par le procureur du Roi près le tribunal de premier instance, qui diligente la procédure d'abandon. Les deux enfants, âgés respectivement de 3 ans et 2 ans et demi, sont placés au centre hospitalier provincial de Tiznit.

Ce récit est celui du procureur lui-même, publié le 30 aout, qui figure dans le communiqué. L'objectif est de démentir un article paru deux jours auparavant dans un quotidien. Celui-ci avait publié une version selon laquelle le parquet avait délaissé les enfants à leurs sort, en ordonnant à la police de les reconduire au lieu ils ont été trouvés, à savoir une cage à poules!

Qu'à cela ne tienne. Si les versions diffèrent, le sujet est un: l'abandon des enfants. Au Maroc, un phénomène tristement récurent.

5.377 enfants marocains abandonnés par leurs parents en 2013

En 2014, devant les membres de la Chambre des représentants,  le ministre de la Justice, Mustapha Ramid, dévoile un chiffre alarmant: durant l'année 2013, les juridictions marocaines ont statué sur 5.377 affaires d'enfants abandonnés, contre 5.274 en 2009.

Autre chiffre alarmant. Il concerne cette fois l'année 2010, où chaque jour, naissent 153 bébés hors mariage, dont 24 enfants sont abandonnés à la naissance, indique une étude menée par le cabinet Amers, pour le compte de l'association Insaf.

Aujourd'hui, la donne a-t-elle changé? Rien n'est moins sûr. Les chiffres sur l'abandon d'enfants sont rarement publiés. Et même ceux publiés n'évoquent que la partie soumise aux tribunaux. Nous avons contacté des associations habilitées à accueillir ces enfants. Motus et bouche cousue, les données sont tenues secrètes. Aucune information ne peut fuiter sans l'approbation du parquet compétent.

Les motifs d'abandon sont nombreux. L'insuffisance des ressources figure comme principal  facteur. Et les mères célibataires sont souvent concernées. "Des femmes saisissent le tribunal pour abandonner des enfants nés d'une relation illégale", assure une source judiciaire, qui a requis l'anonymat.

Mais dans ce cas, l'intéressée est-elle poursuivie pour relation extraconjugale? Négatif. "Les tribunaux ont tendance à faire abstraction de la nature de la relation qui a engendré l'enfant. Ils se consacrent à activer la procédure, comme on le ferait pour n'importe quel enfant abandonné. Malheureusement, par peur d'éventuelles sanctions, certaines femmes délaissent leur progéniture sans passer par le tribunal. Résultat: des nourrissons sont trouvés dans des poubelles, souvent trop tard. Et ces cas sont loin d'être isolés", ajoute notre source.

Que dit la loi?

 Publiée en 2002, la loi n°15- 01 relative à la prise en charge (la kafala) des enfants abandonnés a déterminé les cas considérés comme abandon, c'est-à-dire:

" tout enfant de l'un ou de l'autre sexe n'ayant pas atteint l'âge de 18 années grégoriennes révolues lorsqu'il se trouve dans l'une des situations suivantes:

 - être né de parents inconnus ou d'un père inconnu et d'une mère connue qui l'a abandonné de son plein gré;

- être orphelin ou avoir des parents incapables de subvenir à ses besoins ou ne disposant pas de moyens légaux de subsistance;

- avoir des parents de mauvaise conduite n'assumant pas leur responsabilité de protection et d'orientation en vue de le conduire dans la bonne voie, comme lorsque ceux-ci sont déchus de la tutelle légale ou que l'un des deux, après le décès ou l'incapacité de l'autre, se révèle dévoyé et ne s'acquitte pas de son devoir précité à l'égard de l'enfant."

En la matière, le procureur du Roi dispose d'un large pouvoir. Une fois saisi d'une déclaration ou demande d'abandon, il doit placer provisoirement l'enfant dans l'un des établissements ou centres visés à par la loi (un établissement sanitaire ou dans un centre ou établissement de protection sociale s'occupant de l'enfance, relevant de l'Etat, des collectivités locales ou des organismes et associations disposant de moyens matériels et humains suffisants pour assurer l'accueil de l'enfant abandonné, ou au sein d'une famille ou chez une femme désireuse de le prendre en charge ou uniquement de le protéger).

Entre temps, le parquet diligente une enquête en vue de prouver l'abandon. Le dossier est alors renvoyé au juge des tutelles qui statue sur la prise en charge (kafala) de l'enfant. Celle-ci est accordée par jugement aux personnes et aux organismes ci-après:

"1 - Les époux musulmans remplissant les conditions suivantes:

a) avoir atteint l'âge de la majorité légale, être moralement et socialement aptes à assurer la kafala de l'enfant et disposer de moyens matériels suffisants pour subvenir à ses besoins;

 b) n'avoir pas fait l'objet, conjointement ou séparément, de condamnation pour infraction portant atteinte à la morale ou commise à l'encontre des enfants;

c) ne pas être atteints de maladies contagieuses ou les rendant incapables d'assumer leur responsabilité;

d) ne pas être opposés à l'enfant dont ils demandent la kafala ou à ses parents par un contentieux soumis à la justice ou par un différend familial qui comporte des craintes pour l'intérêt de l'enfant.

2 - La femme musulmane remplissant les quatre conditions visées au paragraphe I du présent article.

3 - Les établissements publics chargés de la protection de l'enfance ainsi que les organismes, organisations et associations à caractère social reconnus d'utilité publique et disposant des moyens matériels, des ressources et des compétences humaines aptes à assurer la protection des enfants, à leur donner une bonne éducation et à les élever conformément à l'islam."

Si vous voulez que l'information se rapproche de vous Suivez la chaîne Médias24 sur WhatsApp
© Médias24. Toute reproduction interdite, sous quelque forme que ce soit, sauf autorisation écrite de la Société des Nouveaux Médias. Ce contenu est protégé par la loi et notamment loi 88-13 relative à la presse et l’édition ainsi que les lois 66.19 et 2-00 relatives aux droits d’auteur et droits voisins.
Abdelali El Hourri
Le 1 septembre 2016 à 13h12

à lire aussi

Animation : Swinga relance sa série sur le Maroc et l'Algérie, dans les coulisses d’un retour très attendu
CULTURE

Article : Animation : Swinga relance sa série sur le Maroc et l'Algérie, dans les coulisses d’un retour très attendu

Trois ans après son premier succès, la série Maroc-Algérie d’Aji-Tfham repart avec un nouvel épisode. Un projet à 1,5 million de dirhams, financé en partie par le public et porté par une équipe en reconstruction. Détails.

Maroc-Espagne. Sebta, Mélilia et la fiction d’un front maroco-américain pour la récupération des présides
DIPLOMATIE

Article : Maroc-Espagne. Sebta, Mélilia et la fiction d’un front maroco-américain pour la récupération des présides

Sur fond de tensions inédites entre Madrid et Washington autour de l’usage des bases militaires espagnoles dans la guerre contre l’Iran, une partie du débat public espagnol voit ressurgir le spectre d’une récupération de Sebta et Mélilia par le Maroc avec un appui américain. Une hypothèse nourrie par certaines prises de position et amplifiée médiatiquement, mais qui, à ce stade, relève davantage du fantasme que d’une dynamique diplomatique réelle.

FZ Mansouri veut poursuivre Barlamane en justice
Quoi de neuf

Article : FZ Mansouri veut poursuivre Barlamane en justice

Mise en cause par barlamane.com pour une affaire foncière, la maire de Marrakech annonce qu'elle va poursuivre ce journal en ligne ainsi que tout journaliste qui relaierait ces "allégations non fondées".

Météo: les prévisions du dimanche 25 avril 2026
Les prévisions quotidiennes

Article : Météo: les prévisions du dimanche 25 avril 2026

Voici les prévisions météorologiques pour le dimanche 26 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie : - Formations brumeuses matinales et nocturnes […]

Sahara: De Mistura évoque un “véritable élan” qui relance l’espoir d’une issue au conflit
NATION

Article : Sahara: De Mistura évoque un “véritable élan” qui relance l’espoir d’une issue au conflit

Comme prévu par la résolution 2797 adoptée le 31 octobre 2025, le conseil de sécurité de l'ONY s'est réuni à huis clos pour faire le point avec l'envoyé personnel et l'envoyé spécial de l'ONU pour le Sahara, au sujet de l'avancement des efforts de paix.

Immobilier. Les nouveaux choix d'investissement en 2026 à Casablanca
Actu immobilier

Article : Immobilier. Les nouveaux choix d'investissement en 2026 à Casablanca

À Casablanca, le marché immobilier change de configuration. La raréfaction des petites surfaces et la hausse des prix pèsent sur le résidentiel, tandis que des segments comme la logistique et l'industriel offrent aujourd'hui des rendements plus élevés. Dans ce contexte, les arbitrages des investisseurs évoluent selon les budgets et les opportunités. Décryptage avec Asaad Sadqi, président de l'Association régionale des agences immobilières Casablanca-Settat.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité