Cannabis thérapeutique. Les avantages et défis médicaux et sociaux (experts)
Quel est le potentiel médical du cannabis ? Faut-il renforcer la recherche scientifique ? Comment sa dépénalisation va impacter la société marocaine ? Voici les réponses d'experts, invités au débat organisé par l'AMIUM6.
Vendredi 12 mars, un débat autour de la dépénalisation du cannabis thérapeutique a été organisé par l’AMIUM6 (Association des médecins internes de l’Université Mohammed VI des sciences de la santé).
A cette occasion, les apports et les défis de cette dépénalisation sur les plans médical et social ont été discutés par les professeurs et médecins intervenants.
Parmi eux, Pr Jaafar Heikel, épidémiologiste, expert OMS, spécialisé en santé publique et économie de la santé, qui rappelle que l’idée du projet de loi adopté en conseil de gouvernement jeudi 11 mars, “n’est pas de légaliser l’usage récréatif du cannabis mais plutôt le thérapeutique, c’est-à-dire pour traiter”. Mais comment et que peut-il traiter ? Quel est l’impact de ce texte sur la société ? Voici les réponses de ces experts.
Un potentiel thérapeutique établi mais à renforcer
Le cannabis est “une plante avant tout”, souligne Pr Meryem El Jemli, professeur chercheur à la faculté de pharmacie, spécialisée dans les plantes médicinales.
Selon cette dernière, cette plante est “très connue pour la diversité de ses molécules thérapeutiques. Les deux principales molécules qu’on peut trouver dans le cannabis sont le THC (Tétrahydrocannabinol) et le CBD (Cannabidiol).
“Ces deux molécules présentent un large spectre thérapeutique et peuvent être utilisées pour traiter une multitude de pathologies. D’ailleurs, plusieurs études scientifiques ont déjà prouvé l’utilisation du cannabis pour soulager la douleur, pour traiter des troubles psychiatriques, améliorer l’état dépressif, réguler l’appétit, réduire l’inflammation et ralentir l’évolution de certains cancers”.
Autrement dit, il s’agit d’un “outil” que “les professionnels de santé peuvent ajouter à l’arsenal thérapeutique, s’il est bien contrôlé”, comme l’indique Pr Heikel.
Selon ce dernier, l’efficacité médicale de certaines composantes du cannabis, dans le cas de maladies inflammatoires, a été clairement démontrée, "notamment par des études sur les MICI (maladies inflammatoires chroniques de l’intestin) ou encore sur la maladie de Crohn”.
Quant aux troubles psychiatriques, Pr Roukaya Benjelloun, professeur universitaire en psychiatrie et addictologie, indique que “le CBD a des effets très intéressants sur la dépression”, mais souligne que les publications scientifiques marocaines dans ce sens restent faibles pour l’instant.
Ce qui n’est pas étonnant pour Pr El Jemli. Selon elle, si le nombre de recherches scientifiques faites sur la plante restent limité, c’est en raison de son interdiction.
“Les chercheurs ne sont pas encouragés à travailler dessus”, martèle la professeure.
Néanmoins, Pr Benjelloun estime qu’il faut “rester curieux, scientifique et ouvert à tout. Il faut se focaliser sur les substances et les principes actifs”.
Si l’universitaire, comme tous les autres intervenants, insiste sur “les principes actifs” au lieu de la plante en général, c’est pour permettre à la population marocaine de distinguer entre l’usage récréatif et le thérapeutique.
Changement social : tout dépend de l’application du texte
“La population va avoir du mal à faire la distinction, d’autant plus que dans l’esprit de la population c’est la même plante. Et effectivement c’est le cas, mais ce sont deux variétés différentes”, souligne Dr Chakib Guessous, médecin, anthropologue et sociologue.
“Il faut insister sur le fait que les plantes cultivées aujourd’hui, vont être remplacées par celles qui ont un pourcentage beaucoup plus faible en THC ; et ceci est important à signaler pour que la population puisse un petit peu accepter”, martèle Dr Guessous.
Quant à l’impact de cette dépénalisation sur la société, le sociologue estime que la situation des populations qui cultivent le cannabis ne va “probablement pas s’améliorer au niveau financier. Par contre, elles ne seront plus dans l’illégalité”.
“Il va y avoir une amélioration des conditions de vie des enfants. En tout cas pour la scolarisation et la prise en charge de santé. L’indice de développement humain de ces régions-là va probablement s’améliorer, si et seulement si le texte est correctement appliqué”, insiste-t-il.
Dr Guessous explique que pour ce faire, il faut s’assurer que personne ne cultive du cannabis dans la discrétion totale car, si tel est le cas, il va y avoir “contamination des autres plantes et donc risque d’avoir un taux plus élevé de THC”.
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