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Bienvenue dans le XXIe siècle

BERLIN – L'année 2016 est loin d'avoir commencé dans le calme. La baisse des cours de la Bourse chinoise a déstabilisé les marchés du monde entier. Les économies émergentes semblent au point mort. Les prix du pétrole ont plongé, ce qui a déclenché une crise chez les producteurs de pétrole. La Corée du Nord cherche à en imposer avec sa technologie nucléaire. En Europe, la crise actuelle des réfugiés fait gonfler la vague malsaine du nationalisme, qui menace de déchirer l'Union européenne. Si l'on ajoute à cela les ambitions de néo-impérialistes de la Russie et la menace du terrorisme islamiste, il ne manque alors plus qu'un vol de comètes fende le ciel pour compléter le tableau de cette année, qui promet d'être une des plus funestes.  

Le 9 février 2016 à 10h56

Le chaos semble s'amplifier de toutes parts. L'ordre international, forgé dans les flammes du XXe siècle semble être en voie de disparition et nous n'avons pas encore la moindre idée de ce qui va lui succéder.

Il n'est pas difficile de nommer les défis qui nous attendent: mondialisation, numérisation, changement climatique et ainsi de suite. Ce qui n'est pas clair, c'est le contexte d'où la réponse surgira, s'il y en a une. Dans quelles structures politiques, à l'initiative de qui et dans selon quelles règles ces questions seront négociées ? Ou bien, si la négociation s'avère impossible, faudra-t-il s'affronter pour les résoudre ?

L'ordre politique et économique, en particulier à l'échelle mondiale, ne résulte pas d'un consensus paisible ni d'un titre incontesté par le plus puissant. Il a toujours résulté d'une lutte pour la domination, souvent brutale, sanglante et longue, entre ou parmi les puissances rivales. Ce n'est que par le conflit que s'établissent les nouveaux piliers, les institutions et les acteurs d'un ordre nouveau.

Les Etats-Unis incapables d'assumer le rôle de gendarme du monde

L'ordre occidental libéral en place depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale reposait sur l'hégémonie mondiale des États-Unis. En tant qu'unique véritable puissance mondiale, ils se sont imposés non seulement sur le plan du pouvoir de contraindre (hard power) (aussi bien qu'économiquement et financièrement), mais également dans presque toutes les dimensions du pouvoir de convaincre (soft power) (par exemple, la culture, la langue, les médias, la technologie et la mode).

Aujourd'hui, la Pax Americana qui assure une grande partie de la stabilité mondiale a commencé à se déliter, en particulier au Moyen-Orient et dans la Péninsule coréenne. Les États-Unis sont peut-être toujours la plus grande puissance du monde, mais ils ne sont plus capables ni prêts à endosser le rôle de gendarme du monde, pas plus qu'à faire les sacrifices nécessaires pour garantir l'ordre. En effet, du fait de la mondialisation et d'une intégration toujours plus étroite de la communication, de la technologie (et comme nous l'avons récemment constaté), de la circulation des personnes, les centres de pouvoir sont dilués et dispersés. Par sa nature même, la mondialisation échappe à l'imposition de l'ordre du XXe siècle.

Pourtant à l'heure où un nouvel ordre mondial risque inévitablement d'émerger, ses fondations ne sont pas tout à fait indiscernables. Un ordre dirigé par la Chine semble peu probable. La Chine restera égocentrique, axée sur sa stabilité interne et son développement. Ses ambitions risquent d'être réduites au contrôle de son voisinage immédiat et des mers qui l'entourent. En outre, la Chine manque, presque à tous égards, du pouvoir de convaincre qui lui serait indispensable si elle devait essayer de devenir une force d'ordre mondial.

Vide du pouvoir et stabilité du système mondial

Ces périodes de transition turbulentes ne risquent pas non plus de cesser suite à l'apparition d'une seconde Pax Americana. Malgré la domination technologique de l'Amérique, il y aurait une trop forte résistance de la part des puissances régionales et des contre-alliances potentielles.

En fait, le principal défi des années à venir pourrait bien être celui de devoir gérer la perte d'influence de l'Amérique. Il n'existe pas de plan de retraite pour une puissance hégémonique. Alors qu'une puissance dominante peut être renversée dans une lutte pour la domination, la retraite volontaire n'est pas une option, parce que le vide du pouvoir qui en résulte risque de mettre en péril la stabilité de l'ensemble du système. En effet, surveiller la fin de Pax Americana pourrait bien de accaparer l'essentiel de la durée du mandat du prochain président américain, quel qu'il puisse être.

Pour l'Europe, cela soulève une question tout aussi ardue. Le déclin de Pax Americana, qui a servi pendant sept décennies de garant à l'ordre de l'Europe libérale, va-t-il inévitablement conduire à une crise, voire à un conflit ? Le néo-nationalisme croissant du continent semble suggérer un tel scénario, aux conséquences terribles.

La perspective peu réjouissante d'un suicide européen n'est plus impensable. Que se passera-t-il si la Chancelière allemande Angela Merkel est renversée par sa politique sur les réfugiés, si le Royaume-Uni quitte l'Union européenne, ou si la populiste française Marine Le Pen s'empare de la présidence ? Une plongée dans l'abîme est le résultat le plus dangereux que l'on puisse imaginer, si ce n'est le plus probable.

Il y a bien sûr des moyens d'éviter un suicide. Mais ceux qui se réjouissent en ce moment d'évincer Mme Merkel de son poste, de porter tort à l'identité européenne au Royaume-Uni, ainsi qu'aux valeurs des Lumières de la France, menacent de scier la branche sur laquelle nous sommes tous assis.

© Project Syndicate 1995–2016

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Le 9 février 2016 à 10h56

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