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CAN 2025. Quand le plaidoyer militant supplante l’analyse objective

Entre lecture jugée partiale et sélection contestée des faits, les analyses d’Osasu Obayiuwana sur la finale de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) 2025 suscitent de plus en plus d’interrogations.

Le 8 avril 2026 à 14h48

Au début de cette bataille judiciaire en cours autour de l’issue de la finale de la CAN 2025, j’ai choisi d’accorder au journaliste Osasu Obayiuwana le bénéfice du doute, malgré son biais manifeste et son recours sans relâche à une sélection partiale des faits pour l’écriture de ses articles, commentaires et posts sur cette controverse continentale.

Peu enclin à raisonner sur la base d’une présomption de culpabilité, j’avais considéré que son analyse de la décision rendue le 17 mars par la Commission d’appel de la Confédération africaine de football (CAF), laquelle a jugé nécessaire de déchoir le Sénégal du trophée de la CAN et de déclarer le Maroc vainqueur par forfait, relevait, au pire, d’une conviction personnelle façonnée par sa lecture subjective des événements. Autrement dit, je pensais que même s’il se trompait sur l’analyse de ce dossier, il avait néanmoins le mérite de participer au débat de bonne foi.

Et pourtant, après avoir lu plusieurs de ses textes, en particulier ceux publiés récemment dans The Guardian et The Observer, je me vois contraint de revoir ma position en essayant de répondre à une question qui me semble désormais essentielle sur le sens et les motivations de son narratif sur ce dossier : avons-nous affaire là à une analyse digne de ce nom ou à la construction d’un récit destiné à servir une conclusion prédéterminée ?

Plus simplement, je commence sérieusement à m’interroger sur la nature de ses récentes prises de position dans cette controverse liée à la CAN : s’agit-il de contributions sincères au débat ou de textes commandités visant à promouvoir l’agenda de certaines parties ?

Quand le plaidoyer militant supplante l’analyse objective

Dans l’un de ses articles récents, publié le 18 mars, Obayiuwana écrit que la décision de la CAF l’a "laissé abasourdi" et qu’elle aurait suscité une colère généralisée à travers l’Afrique. Il convient de relever ici combien le titre comme les premières lignes de cet article installent d’emblée une tonalité fortement marquée par le biais et l’indignation, et c’est justement ce sentiment – et non une quelconque démonstration – qui imprègne l’ensemble de l’article. Tout journaliste, commentateur ou analyste traitant d’un sujet d’importance, a fortiori lorsqu’il suscite autant de controverses et de lectures divergentes, se doit, en premier lieu, de proposer une contextualisation rigoureuse et équilibrée du débat avant d’exposer son point de vue.

Or, au lieu de s’engager dans cet examen attentif et exigeant du raisonnement juridique de la Commission d’appel de la CAF, Obayiuwana procède autrement : il met au premier plan ce qu’il pense s’être déroulé en coulisses, recherche des éléments isolés venant conforter sa conclusion préconçue, puis conclut en soulignant que son intuition initiale était, en définitive, la bonne.

Le bon journalisme se réduit rarement à un exercice de confirmation de biais : avant même de s’intéresser à la manière dont vous percevez ou ressentez la question que vous traitez, vos lecteurs attendent avant tout une appréciation objective, fondée sur les faits essentiels à la compréhension de la situation analysée. Pourtant, le manquement d’Obayiuwana à cette exigence d’équité et d’objectivité ne constitue pas, en l’espèce, le problème le plus grave de son article du 18 mars.

Le véritable écueil tient plutôt à ce que, hormis ses parures d’indignation et de posture morale, le texte ne propose aucun argument solide susceptible de résister à un examen, même minimal, au regard des faits qu’il prétend analyser.

Prenons, par exemple, son affirmation selon laquelle seule une partie des joueurs sénégalais aurait quitté le terrain lors de la finale. Quiconque a regardé cette finale aurait du mal à concilier cette assertion avec les images vidéo aisément accessibles en ligne. Celles-ci montrent clairement que l’ensemble de l’équipe a quitté la pelouse, à l’exception momentanée de Sadio Mané, qui s’en est lui-même éloigné peu après, dans une tentative apparente de ramener ses coéquipiers sur le terrain.

Un tel élément factuel ne saurait être ni éludé ni interprété de manière trompeuse dans le cadre d’une analyse sérieuse de la finale du 18 janvier à Rabat.

Les limites de l’interprétation créative

Le problème que pose la mise en récit que fait Obayiuwana de cette controverse continentale ne se limite, toutefois, pas à cette représentation créative et désespérément sélective des faits. Il tient plus fondamentalement à la manière dont il mobilise – ou invoque – le cadre réglementaire de la CAF. Or l’article 82 du règlement de la CAN ne souffre d’aucune ambiguïté : "Si, pour quelque raison que ce soit, une équipe se retire de la compétition, ne se présente pas à un match, refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire de la rencontre sans l’autorisation de l’arbitre, elle est considérée comme perdante et est éliminée de la compétition en cours. Il en est de même pour les équipes précédemment disqualifiées par décision de la CAF".

Comme je l’ai soutenu dans de précédentes analyses, aucune confusion ne subsiste ici. Pourtant, afin d’étayer ses thèses centrales, Obayiuwana restreint la portée de cette disposition aux seuls cas où une équipe ne se présente pas ou ne débute pas un match. Ainsi, ce qui semble importer à ses yeux n’est pas l’intégrité de la règle telle que dictée par les instances de la CAF, mais l’utilité qu’elle peut revêtir au sein d’un récit plus large visant à délégitimer un résultat qu’on n’aime pas.

Cette propension à une lecture créative d’un règlement pourtant dépourvu d’ambiguïté apparaît avec encore avec plus d’évidence dans son article du 1er avril publié dans The Guardian, ainsi que dans son dernier texte pour The Observer, où il élude l’analyse détaillée des circonstances précises de la finale pour mettre davantage en lumière la crise de leadership qui mine la CAF. Autrement dit, il s’écarte des événements du 18 janvier – et de leurs conséquences juridico-légales – pour se focaliser sur une mise en accusation générale de la gouvernance du football africain. Dit encore plus simplement, faute d’arguments solides pour contester le raisonnement juridique ayant conduit la Commission d’appel de la CAF à sacrer le Maroc champion d’Afrique, Obayiuwana se tourne alors vers une critique globale de la gouvernance, manifestement défaillante, du football africain.

Je suis indigné, donc j’ai raison

Cela lui permet d’opérer plus aisément son grand écart journalistique : il relativise et requalifie le verdict de la CAN, disant – sans démonstration convaincante – trouver au cœur de cette décision collégiale le symptôme d’une crise institutionnelle encore plus large, alarmante. Faute d’arguments solides pour établir l’illégalité ou l’illégitimité supposée de ce verdict, il construit l’ensemble de son raisonnement autour de la crise de gouvernance de la CAF.

Son interprétation créative du règlement de la CAF et de la CAN ne permettant nullement de corroborer l’argument selon lequel la décision relative à la finale constituerait une aberration juridique, il se met à procéder par interrogation ciblée, culpabilisante : pourquoi, au fond, faire confiance à la décision d’une institution longtemps en proie à une crise morale et de leadership ?

Je ne conteste pas que la gouvernance du football africain mérite un sérieux examen. Quiconque suit le football continental depuis quelques années – voire depuis une décennie – sait que la crédibilité de la CAF a souvent été, à juste titre, mise en cause. Mais je ne saurais me laisser convaincre par le saut argumentatif qu’opère Obayiuwana, qui passe d’une décision disciplinaire contestée à un récit généralisé d’échec systémique. D’autant plus que ce glissement de registre repose sur une lecture sélective tant des faits pertinents que des règles applicables en l’espèce.

Le même schéma se retrouve dans sa manière de convoquer ou de mobiliser l’article 84 à la défense de sa thèse bancale. Pour soutenir que cette disposition ne saurait s’appliquer au comportement du Sénégal le 18 janvier, il plaide en faveur d’une lecture cumulative des articles 82 et 83, en s’appuyant sur des avis extérieurs pour donner un semblant de solidité à sa fantasmagorie légaliste. Mais, là encore, son argumentation de sable s’effondre sous son propre poids. Comme je l’ai déjà exposé dans une analyse précédente, un principe fondamental de la jurisprudence du Tribunal arbitral du sport (TAS) veut que les dispositions réglementaires soient interprétées de manière à en préserver l’effet utile. En aucun cas ces dispositions ne sauraient être lues d’une manière qui les rendrait contradictoires ou dépourvues de sens.

Ainsi, l’invocation cumulative des règles pertinentes à laquelle s’adonne Obayiuwana tend à montrer qu’à l’instar de ses acolytes,  fervents critiques de la décision de la CAF, il ne saisit pas pleinement la provenance et la portée du raisonnement juridique qu’il entend contester. L’article 82 vise le cas d’une équipe qui se retire d’un match en cours. Quant à l'article 83, il traite de l’hypothèse où une équipe ne se présente pas du tout sur le terrain. Exiger que ces deux conditions soient simultanément réunies revient à poser une exigence impossible. Une équipe ne peut à la fois abandonner un match et ne pas s’y présenter. Ces dispositions décrivent des manquements distincts, chacun suffisant, à lui seul, pour entraîner la sanction prévue à l’article 84. Toute autre interprétation relève d’une démarche analytiquement désespérée et juridiquement indéfendable.

Ainsi, à l’issue de la lecture du corpus qu’Obayiuwana consacre à cette longue controverse encore en cours plusieurs semaines après la CAN, je ne vois plus simplement un désaccord sincère ou de bonne foi quant à l’interprétation et à l’application des règlements de la CAF. J’y perçois désormais un problème plus large de construction narrative. Dans ses écrits récents, Obayiuwana procède de manière constante du particulier au général, d’une décision disciplinaire précise à une thèse englobante sur la légitimité, la crédibilité et la crise morale dans les hauts lieux du football africain. Une telle démarche n’est pas, en soi, illégitime. Elle devient, toutefois, problématique sur le plan journalistique, peu convaincante sur le plan analytique, et franchement risible sur le plan juridique – surtout en ce qu’elle repose sur des omissions, des lectures sélectives et des affirmations en décalage avec les éléments factuels disponibles.

C’est pourquoi, bien que je l’aie déjà démontré à plusieurs reprises au cours des deux derniers mois, je me vois contraint de le rappeler ici, à l’attention d’Obayiuwana comme de tous ceux qui se sont empressés de reprendre ses conclusions : aucune acrobatie rhétorico-journalistico-légaliste ne saurait altérer la réalité de ce qui s’est produit sur la pelouse à Rabat le 18 janvier passé. Le Sénégal s’est retiré du terrain en violation manifeste des règlements en vigueur. La Commission d’appel de la CAF a appliqué les règles prévues pour une telle situation. Et le Maroc a, en conséquence, été déclaré vainqueur légitime de la finale de la CAN. Telle est l’ultime séquence qui compte dans ce dossier.

Obayiuwana pourra, dans les jours à venir, publier d’autres articles ou multiplier les prises de position sur les réseaux sociaux afin d’alimenter l’indignation à travers le continent ou de souligner la profondeur de la crise de moralité, de leadership et de crédibilité que traverse la CAF. Mais lorsque cette affaire de l’issue de la CAN sera examinée devant le TAS, elle ne sera tranchée ni à l’aune du ton ni à celle du narratif d’indignation. Là encore, le verdict reposera sur les faits, sur la jurisprudence pertinente et sur la cohérence des arguments présentés par chacune des parties. Et sur ce terrain, les éléments juridiques comme factuels semblent nettement en faveur du Maroc.

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Le 8 avril 2026 à 14h48

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