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La croissance européenne est face à deux défis

Alors que la reprise économique commence enfin à se matérialiser en Europe, l'impératif pour les responsables politiques est d'assurer que la croissance puisse être maintenue le plus longtemps possible. 

Le 4 décembre 2015 à 13h51

La relance budgétaire et monétaire a pu être appropriée à l'apogée de la crise, mais elle ne permettra guère de répondre à la principale menace pour les perspectives à long terme du continent: le duo toxique que représentent une démographie faible et un bas niveau d’investissement.

Même en supposant un afflux constant d'immigrants, la population active combinée des 28 pays de l'Union européenne devraient se contracter de 12-16 millions de personnes au cours des 15 prochaines années, selon l'OCDE et la Commission européenne. Une hausse plus forte du nombre de nouveaux arrivants pourraient aider à améliorer la situation; mais une immigration plus élevée n’est pas, à elle seule, une solution adéquate aux problèmes de long terme de l'économie de l'UE.

Le seul espoir de l'Europe de connaitre une croissance durable est de stimuler la productivité, de manière à tirer plus de valeur de sa population active en diminution. Le problème est que cela fait plusieurs années que le continent n’a plus connu de gains de productivité significatifs. En Europe occidentale, la croissance de la productivité du travail (la production par heure travaillée) décélère depuis plusieurs décennies.

La productivité stagne-t-elle vraiment?

Durant les années 1960, la productivité du travail a augmenté de manière robuste à un taux annuel de 4%, avant de ralentir à 2% dans les années 1980 et descendre en dessous de 1% au tournant du siècle. Aujourd'hui, elle progresse tant que mal à environ 0,5% par an. Pendant ce temps, la productivité totale des facteurs, qui prend en compte l'innovation technologique, a été stagnante.

L'UE a désespérément besoin de croissance économique pour permettre à ses Etats membres de maintenir leurs systèmes de sécurité et de bien-être sociaux alors que leurs sociétés vieillissent – un défi auquel sont aussi confrontés d'autres régions et pays. Mais peu font face au double obstacle qui se dresse devant l'Europe, croissance de la productivité anémique et déclin démographique.

La Chine, par exemple, est confrontée à un défi démographique similaire, avec un rétrécissement de sa force de travail et une augmentation rapide du nombre de retraités. Mais la productivité du travail en Chine a cru à un rythme de 9% par an, en moyenne, au cours de la dernière décennie.

La baisse de la croissance de la productivité dans l'UE est surprenante, étant donné l'apparition rapide de la numérisation – souvent décrite comme la révolution industrielle du XXIe siècle. En fait, une partie du ralentissement perçu peut être attribuée à des problèmes de mesure: en Europe, ainsi qu’aux Etats-Unis, les changements technologiques causés par les smartphones et l'Internet ne sont tout simplement pas visibles dans les données de productivité.

Les statisticiens ont du mal, par exemple, à tenir compte de la façon dont les consommateurs bénéficient de la qualité accrue et de la rapidité de livraison qui résultent souvent de la numérisation. En outre, à l'ère numérique, de nombreux services sont fournis gratuitement, ce qui signifie qu'ils ne sont pas comptabilisés du tout en tant que consommation.

Un autre facteur qui peut contribuer à la stagnation de la productivité est que de nombreuses entreprises ont recours à des modèles d'affaires physiques traditionnels parallèlement à de nouveaux modèles numériques.

L’ajout de systèmes hautement technologiques à des procédés traditionnels peut temporairement augmenter les coûts et donc faire baisser la productivité, surtout si les nouvelles et les anciennes activités ne sont pas bien connectées. Ces problèmes devraient diminuer avec le temps, et une partie de la faiblesse de la productivité devrait alors disparaître.

Les problèmes de la croissance européenne s'imbriquent

Néanmoins, l’ensemble du ralentissement de la croissance de la productivité ne peut pas être attribué à la transition compliquée vers une nouvelle ère technologique. Même si l'économie a commencé à se redresser, les investissements en Europe restent bien en dessous de leur niveau de 2008. La santé économique de long terme dépendra, en grande partie, du montant de la reprise de l’investissement.

Et il y a des raisons d'être pessimistes. La faiblesse de l’activité d’investissement reflète en partie une vision sombre du marché européen. Si les populations actives stagnent ou se rétrécissent et la croissance est faible, à quoi bon dépenser pour renforcer la production?

Autrement dit, les problèmes de l'Europe sont devenus étroitement liés. Le continent a besoin d'investissements pour accroître la productivité et ainsi compenser la diminution de sa population active; mais sa faiblesse démographique est à l'origine de l’aversion des entreprises à investir.

Aller de l'avant rapidement

Heureusement, il existe beaucoup de solutions possibles. Un nouvel effort d’intégration des marchés européens des services, produits numériques, capitaux et de l'énergie permettrait d'éliminer les obstacles pour les entreprises et leur apporter de nouvelles incitations à investir. Le Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement que l'UE négocie actuellement avec les Etats-Unis permettrait également de créer un plus grand marché, avec une réglementation moins lourde et plus de concurrence.

Au niveau national, les efforts de réforme comme ceux menés en Irlande, au Portugal et en Espagne pourraient améliorer l’environnement entrepreneurial et la compétitivité dans tout le continent. Enfin, l’ensemble des pays européens pourraient redoubler d'efforts pour éduquer et former leurs résidents à l'ère numérique.

Les décideurs ne doivent pas se reposer sur l'hypothèse optimiste que l'économie de l'Europe va récupérer d’elle-même. Au contraire, ils devraient poursuivre des politiques qui soutiennent l'investissement, encouragent l'innovation et promeuvent le développement des compétences.

Alors que les travailleurs et les entreprises peinent à rivaliser dans une économie mondiale en rapide évolution – et qui favorise de plus en plus les seuls vainqueurs au détriment du reste, la nécessité de politiques capables d’assurer la croissance à long terme ne pourrait pas être plus urgente.

© Project Syndicate 1995–2015

Traduit de l’anglais par Timothée Demont

Par
Le 4 décembre 2015 à 13h51

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