img_pub
Rubriques

L’agriculture après la pandémie du Covid-19

PRETORIA – Les risques inhérents de la dépendance sur les ouvriers étrangers saisonniers se sont concrétisés dans plusieurs pays européens, dont la France, l’Allemagne, l’Italie et les Pays-Bas, qui dépendent de la main-d’œuvre d’Europe de l’est. En raison de la fermeture des frontières et des appréhensions entretenues envers la maladie et la quarantaine, ces travailleurs ne viendront pas cette saison et la plupart des récoltes de l’Europe de l’ouest vont probablement pourrir dans les champs.

Le 15 juin 2020 à 15h57

Dans certaines régions des Etats-Unis, les pénuries de main-d’œuvre agricole étaient déjà anticipées bien avant la crise de la Covid-19. Les Américains ne veulent pas travailler dans les champs et la plupart des exploitants agricoles dépendent des travailleurs saisonniers mexicains. Les participants au programme de visa H-2A, couvrant ceux qui ont été embauchés pour combler des emplois en agriculture durant moins d’un an , constituent 10% de l’ensemble de la main-d’œuvre agricole des Etats-Unis.

Or le coût et la complexité du programme H-2A constituent depuis longtemps un obstacle de taille pour les travailleurs migrants. Avec la pandémie de la Covid-19, il est encore plus difficile de les faire venir au pays. Même si les agents consulaires américains peuvent maintenant éviter l’entrevue pour l’octroi du visa aux requérants qui présentent une première demande et à ceux qui reviennent, le traitement des dossiers du programme H-2A s’est considérablement ralenti. Ajoutons à cela le poids des nouvelles exigences en matière de santé et sécurité que doivent supporter les employeurs, qui doivent mettre en vigueur des protocoles d’éloignement social non seulement au travail, mais aussi en ce qui concerne les besoins de logement et de transport à assurer aux travailleurs H-2A, la productivité globale en agriculture ne peut que fléchir.

Après cette expérience, il semble improbable que les exploitations agricoles reviennent à ce qui prévalait auparavant. La plupart s’efforceront plutôt de réduire les risques découlant de leur dépendance sur les travailleurs saisonniers étrangers en automatisant davantage leurs activités.

Certes, l’automatisation nécessite des investissements de départ considérables et certaines tâches (comme la cueillette des fruits et des légumes) sont plus difficiles à automatiser que d’autres. Mais des technologies comme les drones, les tracteurs autonomes, les robots pour les semailles et les récoltes impliquent un plus faible recours à la main-d’œuvre migrante.

L'automatisation des activités agricoles

Si de grands producteurs agricoles dans des économies avancées empruntent cette voie, leurs homologues des pays en développement devront suivre, même dans des régions qui ne connaissent pas de pénurie de main-d’œuvre. Par exemple, l’Afrique du sud dispose d’un vaste bassin de main-d’œuvre non spécialisée, la plupart du temps des chômeurs qui sont prêts à travailler dans les champs. (Le pays doit toutefois composer avec des pénuries de main-d’œuvre spécialisée.)

Toute la chaîne logistique agroalimentaire ayant été classée comme "essentielle" pendant le confinement de la Covid-19, ce secteur n’a pas cessé ses activités. Même avant la crise de la Covid-19, en 2012, le Plan national de développement (NDP) de l’Afrique du sud visait à augmenter l’emploi en agriculture et en transformation agricole d’environ un million de travailleurs d’ici 2030, notamment en favorisant les créneaux à forte intensité de main-d’œuvre et le défrichage pour augmenter la surface de terres arables.

Jusqu’ici, de telles initiatives ont augmenté les récoltes de citrons, de noix de macadamia, de pommes, de raisins de table, d’avocats et de soja. L’emploi dans le secteur de l’agriculture primaire est passé de 718.000 au dernier trimestre de 2012 à 885.000 au dernier trimestre de 2019, une augmentation de 23%.

D’autre part, après la pandémie, il est fort probable que la diffusion des technologies s’accélère, non pas en raison des conditions du marché intérieur, mais par la nécessité de demeurer concurrentiel sur les marchés mondiaux face aux producteurs des pays avancés ayant emprunté la voie de l’automatisation. En fait, le plan vise également à augmenter les investissements agraires en irrigation, la productivité et les marchés d’exportation, des objectifs qui permettraient ou nécessiteraient une automatisation accrue.

Il en va de même pour l’augmentation des terres arables. L’Afrique du sud regorge d’espace pour y parvenir, particulièrement dans les anciens territoires bantoustans et les exploitations agricoles à faible rendement issues de la réforme foncière. Selon une étude de 2015 réalisée par le McKinsey Global Institute, les provinces du KwaZulu-Natal, du Cap-Oriental et du Limpopo disposent collectivement de 1,6 à 1,8 million d’hectares de terres arables peu exploitées. L’automatisation pourrait être intégrée dans le processus de valorisation de ces terres pour l’agriculture.

Plus généralement, pendant la phase de relance après la Covid-19, les décideurs des secteurs public et privé de tous les pays où l’agriculture se pratique à grande échelle devront porter une attention particulière à l’évolution vers l’automatisation. En ce qui concerne les travailleurs, même s’il est probable que dans des pays comme l’Afrique du sud on continue à offrir de nombreux emplois en agriculture, ceux qui dépendent des emplois saisonniers des économies avancées devraient se préparer à subir encore plus les aléas du marché.

Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier

© Project Syndicate 1995–2020

Par Rédaction Medias24
Le 15 juin 2020 à 15h57

à lire aussi

Le Maroc face au risque d’une inflation alimentaire diffuse et composite
ECONOMIE

Article : Le Maroc face au risque d’une inflation alimentaire diffuse et composite

Alors que les instances internationales s'inquiètent d'un nouveau choc systémique mondial lié aux tensions géopolitiques, le Maroc navigue entre une campagne agricole prometteuse et des goulots d'étranglement logistiques nationaux. Si le blé tendre reste sous protection, les filières animale, sucrière et oléagineuse demeurent exposées à une inflation de second rang et à une saturation portuaire qui grignote les marges de manœuvre. Analyse.

Pourquoi le taux d’inflation ne reflète pas toujours le vécu des ménages
ECONOMIE

Article : Pourquoi le taux d’inflation ne reflète pas toujours le vécu des ménages

Au Maroc, l’inflation ralentit, mais les ménages continuent de ressentir la hausse des prix et la pression sur leur pouvoir d’achat. Cet écart vient surtout d’une lecture incomplète du taux d’inflation, ainsi que de la nature même du panier représentatif utilisé pour mesurer l’évolution des prix.

Intelcia : Karim Bernoussi et ses partenaires reprennent 100% du capital, sortie d’Altice
BUSINESS

Article : Intelcia : Karim Bernoussi et ses partenaires reprennent 100% du capital, sortie d’Altice

Le 28 avril, les deux cofondateurs du groupe, Karim Bernoussi et Youssef El Oufir, doivent finaliser le rachat des 65% du capital détenus par le groupe Altice, dont ils n'avaient conservé que 35% lors de l'entrée du partenaire français en 2016. Une opération qui redonne à ce fleuron de l'économie marocaine sa pleine liberté de manœuvre, au moment précis où son secteur est traversé par la déferlante de l'intelligence artificielle. Karim Bernoussi, PDG du groupe, était l'invité du 12/13 de Médias24.

L’Oukaïmeden,  station d’hiver et espace culte de transhumance
SOCIETE

Article : L’Oukaïmeden,  station d’hiver et espace culte de transhumance

Alors que l’Oukaïmeden est appelé à devenir une station touristique quatre saisons à l’horizon 2027, l’anthropologue Mohamed Mahdi rappelle que ce territoire ne peut être réduit à un site de loisirs. Agdal pastoral, espace de transhumance, réservoir de biodiversité et patrimoine culturel amazigh, l’Oukaïmeden impose une approche de développement intégrée, capable de concilier tourisme, pastoralisme et préservation des équilibres sociaux et écologiques.

La météo pour le lundi 27 avril 2026
Les prévisions quotidiennes

Article : La météo pour le lundi 27 avril 2026

Voici les prévisions météorologiques pour le lundi 27 avril 2026, établies par la Direction générale de la météorologie.

Plan d’aménagement de Marchica : un nouveau souffle socio-économique pour Nador et Beni Ensar
Architecture et urbanisme

Article : Plan d’aménagement de Marchica : un nouveau souffle socio-économique pour Nador et Beni Ensar

L'aménagement de la lagune de Marchica s’apprête à un nouveau chapitre. Au-delà des avancées de la première phase, il dessine une nouvelle transformation urbaine et touristique d'ampleur, de Nador à Beni Ensar, jusqu'au village d'Arkman. L’enquête publique s’est achevée vendredi.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité