Le Maroc, avant-garde de l’immatériel
Il existe une corrélation forte entre le poids de l’immatériel et le développement économique et social d’un pays. Or cette richesse reste encore méconnue et mal mesurée, donc mal pilotée.
« Le capital immatériel s’affirme désormais comme un des paramètres les plus récents qui ont été retenus au niveau international pour mesurer la valeur globale des Etats et des entreprises » ainsi s’est exprimé le Roi Mohammed VI le 30 juillet dernier, lors d’un discours à la nation à l’occasion de la Fête du Trône, qui coïncide cette année avec le quinzième anniversaire de l’intronisation du Souverain.
Ce dernier a invité son Conseil économique, social et environnemental (CESE), en collaboration avec la Banque centrale du Maroc (Bank Al Maghrib), et en coordination avec les institutions internationales spécialisées, à mener une étude permettant de mesurer la valeur globale du Maroc entre 1999 et fin 2013. « L’objet de cette étude n’est pas seulement de faire ressortir la valeur du capital immatériel de notre pays, mais également et surtout de souligner la nécessité de retenir ce capital comme critère fondamental dans l’élaboration des politiques publiques, et ce, afin que tous les Marocains puissent bénéficier des richesses de leur pays ».
La pause introspective et l’interrogation du Souverain portent sur la manière de mesurer la richesse de sa nation, par les indicateurs classiques comme le PIB, ou bien dans les études déjà réalisées par la Banque Mondiale en 2005 et 2010 : « … la confiance et la crédibilité sont essentielles pour stimuler l’investissement. Pourtant, on ne trouve nulle part trace de ces atouts dans la valeur globale des États ». D’autre part, le Roi Mohammed VI veut faire de cette approche un outil pour mieux redistribuer les richesses dans le pays : « Je note l’ampleur des disparités sociales entre les Marocains ».
Ce 30 juillet constitue à n’en pas douter une date historique dans l’avènement du capital immatériel comme mesure de la valeur des pays, organisations et territoires. Un événement sans précédent à trois titres.
Premièrement par les termes employés : le Souverain marocain est le premier chef d’Etat à publiquement poser la notion de capital immatériel comme référentiel de pensée et d’action.
Deuxièmement par l’ambition, l’ampleur et la visibilité données au projet : le Roi Mohammed VI attend de cette étude un diagnostic objectif de la situation économique et sociale que lui-même, dans la lignée de son grand-père et son père, a personnellement contribué à façonner. Le rapport final devra être largement diffusé.
Le gouvernement, le Parlement, toutes les institutions concernées et les forces vives de la nation, devront se pencher sur les recommandations figurant dans le rapport, et contribuer à leur mise en œuvre. Troisièmement enfin, l’évaluation de la richesse immatérielle est considérée dorénavant comme un outil central d’appui à la prise de décision stratégique publique, à l’orientation des politiques de création et partage des richesses du pays.
Pourquoi cette initiative aujourd’hui ? En 15 ans, la remarquable croissance du Maroc s’est nourrie de l’équilibre entre investissements matériels et immatériels. Le capital immatériel s’est renforcé, à un rythme plus rapide que le PIB : la stabilité, la créativité culturelle et artistique, la qualité de vie, la qualité des services publics, les savoir-faire, les compétences et capacités de recherche dans certains secteurs, les marques territoriales, le climat propice aux affaires, le modèle spécifique de gestion des affaires religieuses imprégné de modération, etc.
Les trois quarts de la richesse produite par le Maroc sont constitués par du capital immatériel, contre moins de 10% pour l’Algérie, et environ 85% pour la France. Et comme le montrent les rapports de la Banque Mondiale, il existe une corrélation forte entre le poids de l’immatériel et le développement économique et social d’un pays. Or cette richesse reste encore méconnue et mal mesurée, donc mal pilotée.
Enfin, et c’est aussi une particularité de cette démarche lancée par le Roi Mohammed VI, la méthode de travail devra être :
1) adaptée au cas du Maroc et non pas importée telle quelle d’une organisation étrangère, aussi estimable soit-elle, comme la Banque Mondiale,
2) co-construite entre les différentes institutions nationales et des experts nationaux et internationaux,
3) communiquée et « lisible » par le peuple marocain.
Par conséquent, le premier défi qui s’ouvre maintenant est de mener un processus de travail ouvert et rigoureux pour bien décliner les objectifs fixés le 30 juillet, et faire émerger cette méthodologie tout en réussissant à faire coopérer de multiples parties prenantes.
Le départ est lancé ! Dans le leadership des nations sur la politique de l’immatériel, cet été, le Maroc a pris une longueur d’avance…
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