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Les marchés imperturbables face à l'échec du sommet du G7

WASHINGTON, DC– Dire que le sommet du G7 qui a eu lieu ce mois-ci au Canada était inhabituel relève de l'euphémisme. Une rencontre traditionnellement amicale et prévisible de dirigeants qui épousent des idées voisines a été cette fois-ci marquée par des désaccords et des accusations, ce qui s'est traduit par l'absence d'un communiqué final signé par tous. 

Le 20 juin 2018 à 15h05

Les analystes politiques ont été rapides à dire que c'est la fin d'un G7 cohérent, uni et efficace. Pourtant les marchés sont restés impassibles. A long terme, il est tout à fait possible qu'ils aient raison -à quelques réserves importantes près.

Les participants au sommet du G7 se sont opposés sur des sujets tels que le réchauffement climatique et la réadmission éventuelle de la Russie en son sein. Mais ce sont essentiellement les désaccords commerciaux qui ont alimenté des divergences très commentées. Ces désaccords -encore amplifiés par des différences persistantes quant à la réalité de la situation- ont empêché des progrès sur des sujets pour lesquels un consensus aurait été possible (par exemple l'Iran, certains problèmes au Moyen-Orient, la Corée du Nord et l'aide aux réfugiés).

Les représentants des USA ont accusé les autres membres du G7 de "pratiques commerciales inéquitables", nuisibles à l'économie américaine et aux travailleurs américains. Les autres membres du G7 -des alliés traditionnels des USA -ont opposé au président Trump des chiffres pour le convaincre que le commerce international est gagnant-gagnant pour tous les participants.

Mais les USA sont restés sur leur position. En l'absence de concessions de la part de leurs partenaires commerciaux, notamment plus de réciprocité en matière de taxes douanières, les représentants américains ont déclaré qu'ils imposeraient de nouvelles taxes sur les importations en provenance du Canada, de l'UE et du Japon.

Cette stratégie marque une rupture par rapport au passé et constitue un nouveau choc pour l'ordre international. Même si certaines modifications dans les relations commerciales sont nécessaires, dans le passé cela se serait fait par la négociation dans le calme et non sous la menace constante d'une hausse des barrières douanières. Cette fois-ci, les principales puissances occidentales paraissent s'être engagées dans une stratégie commerciale œil pour œil, dent pour dent qui pourrait déboucher sur une guerre commerciale désastreuse pour tous les participants.

Mais les USA ne se retournent pas seulement contre ses alliés occidentaux. Trump exige de la Chine qu'elle revoit sa position en matière de vol de propriété intellectuelle et qu'elle réduise ses barrières non tarifaires (par exemple ses exigences en matière de joint venture). Les autres membres du G7 reconnaissent que les reproches formulés par les USA à l'encontre de la Chine sont légitimes et qu'ils sont aussi victimes des pratiques de cette dernière.

Néanmoins, étant donné le conflit commercial au sein même du G7, ses dirigeants n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur une stratégie commune face à l'empire du Milieu. Le sommet a été suivi par une intensification du conflit commercial sino-américain, ce qui a aggravé les incertitudes sur une reprise économique qui s'essouffle dans nombre de pays (mais pas aux USA) en raison de réformes insuffisantes.

L'échec du sommet du G7 a été un coup porté au grand jour à un groupe de pays jadis très puissant, mais qui se trouve maintenant affaibli par le réaménagement économique mondial, l'émergence du G20 et de nouvelles formes de régionalisme. Il n'est donc pas très surprenant que certains observateurs aient annoncé la fin du G7. Pourtant, à leur ouverture lundi matin, les marchés n'ont pas le moins du monde été affectés par les péripéties du week-end. Pour eux le sommet du G7 était essentiellement un non-événement.

Cette divergence pourrait s'expliquer par le fait que la dispute au sein du G7 n'aura à priori qu'un faible impact sur la croissance, notamment si on la compare à d'autres facteurs comme la politique monétaire. Plus fondamentalement, les marchés ont l'habitude d'attendre les répercussions économiques et financières manifestes d'un événement avant de procéder à un ajustement significatif des prix.

Depuis quelques années, les marchés sont de plus en plus confrontés à des manœuvres et à des déclarations politiques inaccoutumées. Mais pour l'essentiel, cela reste essentiellement au niveau des incantations, sans beaucoup de conséquences sur l'activité économique et le prix des actifs.

On l'a vu avec la joute verbale qui a opposé l'année dernière Trump à Kim Jong-un, le dirigeant nord-coréen, alors que certains analystes politiques avaient prévu qu'elle conduirait à la guerre. Il en a été de même avec la montée du revanchisme russe qui a été parfois considéré comme le signe avant-coureur d'une nouvelle Guerre froide. Autre exemple, au vu du succès électoral des partis eurosceptiques et populistes en Europe, des politologues ont annoncé le début de la fin de l'UE.

Pour les marchés, il est souvent préférable d'attendre les preuves de l'impact économique d'une déclaration ou d'un événement parfois bénin, plutôt que d'y réagir à chaud. C'est probablement aussi la bonne stratégie dans le cas du sommet du G7 -et pas seulement en raison de la baisse de son influence sur la scène internationale. Etant donné tous les liens de longue date, économiques, financiers, institutionnels, politiques et sociaux entre les membres du G7 (ce sont des stabilisateurs), le prochain sommet pourrait se révéler plus convivial et plus constructif que celui qui vient d'avoir lieu.

Le G7 n'a pas reçu un coup fatal. Il peut encore jouer un rôle sur la scène internationale, et il le fera -mais à un degré moindre. Néanmoins son fiasco de juin 2018 aura un prix. Ses membres ont perdu une occasion précieuse d'adopter des positions communes sur nombre de questions. Le reste du monde a constaté que les relations entre le centre et la périphérie du système mondial telles qu'elles fonctionnent depuis longtemps ne peuvent plus reposer sur l'unité entre les puissances économiques et financières établies. Dans une période de grande volatilité politique et sociale, la fragilisation de l'un des piliers restant du système international pourrait le déstabiliser, avec toutes les conséquences que cela comporte.

Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz

© Project Syndicate 1995–2018
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Le 20 juin 2018 à 15h05

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