img_pub
Rubriques

Maroc 2030 : “Diaspora & Investissement”, ce joker stratégique à activer d’urgence

Et si le Maroc détenait déjà son plus grand fonds souverain : 5,4 millions de talents à l’étranger ? La diaspora marocaine ne représente pas seulement l’atout de nos "Dwayer Zman" mais est une force stratégique à activer maintenant pour être le Joker de notre Nouveau modèle de développement et du post-2030 !

Le 1 août 2025 à 15h00

Long est le chemin que le Maroc devrait parcourir avant le coup d’envoi du Mondial 2030 afin d’y arriver à temps et en bonne forme. Cela passe également, et inévitablement, par l’atteinte des Objectifs de développement durable, la mise en œuvre de la nouvelle Charte de l’investissement et la réaction sage face aux mutations géopolitiques en cours.

Le pays fait face alors à une équation cubique dont les trois solutions réelles sont l’empowerment territorial, l’investissement productif créateur d’emplois et la confiance à l’international. Face à ses multiples défis, le Royaume est amené à faire appel à toutes ses compétences, d’ici et d’ailleurs.

Aujourd’hui, et dans le contexte actuel, prétendre que la diaspora marocaine représente un simple atout dans la croissance socio-économique nationale serait un signe d’ingratitude, sinon, et si de bonne foi, d’ignorance. En réalité, les MRE s’imposent aujourd’hui comme de véritables "As stratégiques et décisifs", capables de faire basculer la dynamique nationale vers un modèle plus agile, plus connecté et plus innovant. En termes de football, dans le schéma tactique marocain pour 2030, la diaspora est notre N° 10 !

En parallèle, il convient de souligner que Sa Majesté le Roi Mohammed VI a, à maintes reprises, appelé au renforcement de l’intégration des Marocains du monde dans la vie politique et économique du pays. Dans son discours du 20 août 2015, à l’occasion de la Fête du Trône, le Souverain a insisté sur le fait que "les Marocains du monde doivent bénéficier d’un encadrement politique et institutionnel à la hauteur de leurs attentes". Il a également rappelé leur rôle fondamental dans le rayonnement international du Maroc et a exhorté les institutions nationales à leur accorder une attention particulière, notamment à travers l’instauration d’une nouvelle relation avec nos compatriotes à l’étranger qui soit fondée sur la confiance, la valorisation des compétences, la simplification des procédures et l’ancrage de leur contribution dans le processus de développement du pays.

Outre cela, et dans son discours du 20 août 2022, Sa Majesté a réaffirmé que "les membres de notre communauté à l’étranger doivent bénéficier d’une plus grande implication dans les affaires publiques et d’un accompagnement efficace pour surmonter les défis auxquels ils sont confrontés".

Par ailleurs, les chiffres montrent que :

  • 5,4 millions de Marocains vivent à l’étranger, l’équivalent d’une grande région du Royaume.
  • Leurs transferts de fonds ont atteint 117,7 MMDH en 2024, soit 7,7 % du PIB national (+2,1 % vs 2023). Ces transferts sont la première source de devises du Maroc, devant le tourisme, les IDE et les exportations de phosphates.
  • Les MRE ont représenté 49 % des 17,4 millions d’arrivées touristiques (8,5 millions de visiteurs) en 2024.
  • Les MRE contribuent à environ 15% des investissements privés au Maroc.

"À l’heure des grands choix pour 2030, la diaspora marocaine pourrait bien être le joker économique que le Royaume n’a pas encore pleinement joué".

Opération Marhaba : les retrouvailles d’abord, mais l’investissement après !

Même à des milliers de kilomètres, le Maroc ne quitte jamais le cœur de ses enfants. La distance est cette soif persistante qui ne s’étanche qu’en se jetant dans les bras d’un proche ou d’un ami, sous un ciel marocain souvent ensoleillé et chaleureux.

Cependant, au-delà de cet accueil enthousiaste et tant émotionnel, cet unique lien, qui est censé constituer un atout économique qui accélère le rythme de croissance du Maroc, demeure souvent mal exploité, faute d’interlocuteurs, d’informations ciblées ou de fenêtres administratives adaptées.

En effet, et selon les données disponibles de Bank Al-Maghrib, du CCME et du HCP, les transferts de fonds des MRE orientés vers des investissements productifs ne dépassent pas 10%, soit environ 10 MMDH. Concernant le reste, il est principalement destiné à la consommation, l’immobilier résidentiel ou encore l’épargne de précaution (dwayer zman). N’est-ce pas du gâchis ? À l’approche d’événements d’envergure et afin de relever certains défis de taille, aujourd’hui semble être le moment opportun pour convertir ce lien affectif entre les MRE et leur Patrie en un partenariat stratégique qui bénéficie à tous.

Le point de départ : Repenser "Marhaba" comme une chaîne de valeur économique transnationale à fort impact.

Il s'agit de transformer l’opération "Marhaba" en une passerelle stratégique entre les MRE et les opportunités du territoire, bien avant leur arrivée sur le sol marocain. À l’instar des pratiques observées dans plusieurs pays d’accueil de leur diaspora, comme les programmes “India Development Foundation for Overseas Indians” ou les initiatives digitales de la Corée du Sud pour ses expatriés, le Maroc gagnerait à installer, en coordination avec les consulats, l’AMDIE, les banques partenaires et les représentations économiques, des bornes numériques interactives ou stands physiques dans les ports européens, aéroports, gares, et aires d’autoroute, dès les pays de résidence.

Ces dispositifs offriraient une information actualisée et géolocalisée sur les opportunités d’investissement dont les métiers mondiaux du Maroc, les filières prioritaires soutenues par l’État ou les régions, et finalement les offres d’accompagnement et d’incitations proposées par Tamwilcom, les CRI, ou les fonds régionaux…

Des dépliants thématiques imprimés ou numériques pourraient également être distribués, mettant en lumière le potentiel économique des 12 régions du Maroc, leurs spécificités sectorielles, leurs success stories, et les contacts directs des CRI ou guichets dédiés aux MRE.

Une fois au Maroc, des points d’information dans les stations d’autoroute, les gares ONCF et les halls d’accueil des grands aéroports permettraient de prolonger cette dynamique. Des agents multilingues, ou des bornes connectées au portail national des investissements, pourraient orienter les MRE selon leur région d’origine, leur profil, ou leurs projets envisagés.

Enfin, durant leur séjour estival, il serait pertinent de mettre en œuvre des caravanes économiques régionales ou des “Diaspora Investment Tours” : visites d’entreprises locales, rencontres avec des jeunes porteurs de projets, pitchs d’opportunités à co-financer, immersion dans des incubateurs régionaux… Le tout, dans un esprit de reconnexion utile, intergénérationnelle et territorialisée.

Une dynamique encore fragmentée

À quelques jours du 10 août, Journée nationale du migrant, cette date qui nous rappelle chaque année le rôle crucial de nos compatriotes établis à l’étranger, l’enjeu est d’accroitre la part destinée vers l’investissement productif dans les transferts des MRE.

La situation semble paradoxale : le fort attachement affectif et le potentiel de financement et d’expertise considérable demeurent disproportionnés aux initiatives d’investissement, surtout productives. En cause, trois défis majeurs à relever immédiatement :

  1. Le manque de confiance, nourri par l’absence de suivi, de retours d’expérience concrets ou de mécanismes rassurants pour sécuriser l’investissement.
  2. Une communication insuffisamment ciblée, qui ne parle ni le langage ni les codes des jeunes générations issues de la diaspora, pourtant prêtes à s’engager autrement.
  3. La contrainte du temps, trop souvent ignorée : avec quelques semaines seulement pour agir chaque année, il devient indispensable de proposer des parcours simplifiés, des démarches digitalisées et des services accessibles rapidement, notamment durant les périodes de retour massif ; et qui commencent depuis les pays de résidence grâce à une forte mobilisation de notre réseau de consulats.

Certes il existe plusieurs signaux positifs, mais le véritable tournant viendra d’un changement de posture : passer de la promesse à la preuve, du symbolique à l’opérationnel, et de l’émotion à l’efficacité.

Diaspora : transfert de fonds… et de compétences

La diaspora marocaine constitue un vivier d’innovateurs et un puits inépuisable de compétences. On estime aujourd’hui à plus de 700.000 le nombre de MRE hautement qualifiés (ingénieurs, médecins, chercheurs, chefs d’entreprise, créateurs de contenu, etc.).

Ces talents sont capables d’injecter une dose d’innovation dans les territoires marocains, à condition d’élaborer des programmes de transfert de compétences, de mentorat ciblé, et surtout une passerelle vers les marchés publics, où la commande nationale doit jouer un rôle de levier. Pour ce faire, et de manière concrète, le Maroc peut :

  1. Lancer un fonds de co-investissement diaspora (Tamwilcom x Régions)
  2. Créer une plateforme nationale de projets territoriaux co-finançables par les MRE (crowdfunding institutionnel)
  3. Développer un programme “Diaspora Business Angels & Mentors”, orienté innovation inclusive impliquant le secteur privé
  4. Flécher 3 à 5% des marchés publics innovants vers les solutions issues ou portées par des MRE
  5. Organiser des roadshows AMDIE, CRI & CGEM ciblés 2e/3e générations (Europe, Amérique du Nord).

De nos jours, il ne s’agit plus de convaincre, ou plutôt de persuader les MRE de revenir, mais le réel enjeu est de leur permettre d’investir, de transmettre et de transformer à distance. Cela n’est point possible avec des procédures d’investissement où le manque d’information fait encore défaut.

En 2022, Marocains d’ici et d’ailleurs ont vibré comme un seul cœur pour un seul maillot. En 2030, c’est cette même équipe unie qui peut transformer l’élan sportif en victoire économique. Une seule équipe, une seule ambition, un seul gagnant : le Maroc.

Nos MRE sont tellement qualifiés qu’ils peuvent protéger nos "bois" contre toute éventuelle décroissance, défendre les intérêts économiques du pays, animer nos milieux urbains et ruraux avec des investissements productifs et tirer dans la lucarne du développement pour un Maroc sans faille en 2030. Condition sine qua non : leur offrir les conditions appropriées !

Par
Le 1 août 2025 à 15h00

à lire aussi

Supply Chain Finance. Lancement de la stratégie nationale au Maroc, ce qu’il faut savoir
Actus

Article : Supply Chain Finance. Lancement de la stratégie nationale au Maroc, ce qu’il faut savoir

Le Maroc a lancé, ce 22 avril 2026 à Casablanca, sa stratégie nationale de la Supply Chain Finance, un dispositif visant à structurer le financement des chaînes de valeur. Ce mécanisme, qui permet d’optimiser la trésorerie des entreprises à travers leurs relations commerciales, doit faire l’objet d’un déploiement progressif sur plusieurs années, avec pour objectif d’élargir l’accès au financement, notamment pour les PME.

Les “Rendez-vous de la RSE”, un cycle de formation pour accompagner les PME vers la durabilité
Quoi de neuf

Article : Les “Rendez-vous de la RSE”, un cycle de formation pour accompagner les PME vers la durabilité

Le cycle de formation, qui sera déployé dans quatre régions, vise à renforcer la résilience et la compétitivité des PME sur les marchés nationaux et internationaux.

CNRA et RCAR : des performances solides en 2025 avec 142,8 MMDH de réserves et 29,2 MMDH d’actifs
Quoi de neuf

Article : CNRA et RCAR : des performances solides en 2025 avec 142,8 MMDH de réserves et 29,2 MMDH d’actifs

La CNRA et le RCAR affichent en 2025 des performances financières solides, avec des réserves de 142,8 milliards de dirhams pour le RCAR et un actif net de 29,2 milliards de dirhams pour la CNRA, confirmant la robustesse du système de prévoyance et un taux de respect des engagements supérieur à 95 %.

N+ONE Datacenters partenaire d'hébergement de la première région cloud hyperscaler au Maroc et dans la région
GITEX 2026

Article : N+ONE Datacenters partenaire d'hébergement de la première région cloud hyperscaler au Maroc et dans la région

N+ONE Datacenters, leader des infrastructures de centres de données hyperscale et edge en Afrique, franchit une nouvelle étape dans le développement de son empreinte au Maroc. En tant que partenaire d'hébergement officiel d'Oracle pour le lancement de la première région cloud public d'un hyperscaler en Afrique du Nord, et à travers l'extension majeure de ses campus de Casablanca et Settat, N+ONE consolide sa position de référence régionale au service de la souveraineté numérique du Royaume.

Marchés de gros de Casablanca : tomate en hausse, viandes rouges en baisse au 22 avril 2026
SOCIETE

Article : Marchés de gros de Casablanca : tomate en hausse, viandes rouges en baisse au 22 avril 2026

DATA. Au 22 avril 2026, les prix relevés sur les marchés de gros de Casablanca évoluent de manière contrastée, selon les données de la SDL Casa Prestations. La tomate poursuit sa hausse, l’orange progresse également, tandis que les viandes rouges, la banane importée et la courgette enregistrent les replis les plus marqués par rapport à la semaine précédente.

Sahara : l’Autriche considère le plan marocain d'autonomie comme une “base réaliste pour une solution politique durable”
DIPLOMATIE

Article : Sahara : l’Autriche considère le plan marocain d'autonomie comme une “base réaliste pour une solution politique durable”

À l’issue d’une rencontre entre Nasser Bourita et la cheffe de la diplomatie autrichienne, Vienne a réaffirmé son soutien à la résolution 2797 de l’ONU et au plan d’autonomie sous souveraineté marocaine, qu’elle considère comme une base réaliste pour une solution politique durable au différend du Sahara.

Médias24 est un journal économique marocain en ligne qui fournit des informations orientées business, marchés, data et analyses économiques. Retrouvez en direct et en temps réel, en photos et en vidéos, toute l’actualité économique, politique, sociale, et culturelle au Maroc avec Médias24

Notre journal s’engage à vous livrer une information précise, originale et sans parti-pris vis à vis des opérateurs.

Toute l'actualité