Parlons actions : Jeunes, territoires et dignité (part 1)
Le Maroc avance, mais pas encore au rythme que réclament nos jeunes, nos territoires et notre pacte social. La vision, elle, ne manque pas : elle est claire et assumée au plus haut niveau. C’est l’exécution qui bloque, freinée par des mécanismes hérités, des coordinations incomplètes et un tempo qui ne suit pas les attentes du Roi et de son peuple.
Notre Royaume progressera davantage grâce à la solidité de ses institutions, rappelée avec constance par le Souverain. Dans un monde instable, elles constituent notre socle de stabilité et notre levier de projection internationale. Mais l’enjeu essentiel n’est plus celui de la vision. Il est celui de la gouvernance : la capacité de ces institutions à exécuter, coordonner et rendre compte.
Tant que cette mécanique restera fragmentée, prudente à l’excès et parfois paralysée par des intérêts étroits, nous risquons de voir des ambitions nationales majeures freinées, au détriment de l’ensemble du pays.
Le Maroc que nous devons bâtir est un Maroc d’équité systémique : un pays où l’action politique corrige les injustices au lieu de les prolonger, où les territoires avancent ensemble, et où la dignité économique n’est pas négociée selon l’emplacement géographique ou les relations sociales.
Cette équité n’est pas un supplément d’âme ; elle est la condition de la cohésion nationale et de notre crédibilité internationale. Elle suppose un État social pleinement assumé, capable d’arbitrer avec courage, d’allouer les ressources selon les besoins réels, et de protéger l’intérêt général des logiques de rente ou de confort institutionnel.
Le Nouveau modèle de développement, présenté en 2021, a posé les fondations : économie productive, capital humain renforcé, inclusion, durabilité. Mais quatre ans plus tard, force est de constater que le blocage n’est pas intellectuel. Il est politique et organisationnel.
Le Maroc ne manque ni de stratégies ni de diagnostics ; il manque de coordination ferme entre institutions, et de mécanismes de redevabilité capables d’empêcher que des décisions cruciales soient retardées par inertie administrative ou par la défense d’intérêts particuliers qui, à terme, peuvent coûter cher à tout le pays.
L’approche tant attendue exige de repolitiser la question de l’exécution : oser décider, oser trancher, oser redistribuer autrement. La croissance nouvelle que nous recherchons ne pourra être ni inclusive ni durable si elle continue d’être diluée dans des compromis internes ou dans la succession de dispositifs qui s’ajoutent sans transformer.
Le véritable défi n’est plus de multiplier des “pseudo-dispositifs” qui rassurent davantage leurs promoteurs qu’ils ne transforment la réalité. Il est de refonder la manière dont l’action publique est pensée, articulée et pilotée, avec une exigence ferme de résultats, de transparence et de responsabilité.
La précédente tribune dédiée à la question de l’emploi des jeunes rappelait que la dignité économique est une exigence souveraine. Aujourd’hui, il s’agit d’aller plus loin : comprendre que la dignité ne dépend pas seulement de ce que nous faisons, mais de la manière dont nous gouvernons.
Le Maroc avance, et la vision royale demeure claire et visionnaire. Mais notre responsabilité collective est désormais de garantir que les intérêts particuliers ne brident plus l’intérêt général, que la redevabilité devienne une norme, et que la gouvernance cesse d’être le maillon faible d’un projet national pourtant solide. C’est cette transformation systémique "institutionnelle, territoriale et politique" qui déterminera notre capacité à traduire les ambitions nationales dans la vie quotidienne de chaque citoyen.
Car il serait illusoire de croire que des solutions techniques peuvent suffire lorsque les causes sont profondes. La crise de la jeunesse n’est pas seulement une crise d’accès à l’emploi ; elle révèle avant tout une crise structurelle de gouvernance et d’architecture des politiques publiques. Et c’est précisément sur ce terrain que nous devons désormais concentrer notre intelligence collective.
Jeunes : de la fracture visible aux dysfonctionnements invisibles
On parle trop souvent de notre jeunesse en chiffres : taux de chômage, pourcentage de NEET. Mais un indicateur résume tout : avec un taux d’activité de 43%, notre marché du travail fonctionne comme une usine qui ne fait tourner que 43 machines sur 100, laissant 57 à l’arrêt, alors que le Maroc a besoin de pleine puissance…
Pourtant, derrière ces indicateurs se cache une réalité humaine bien plus profonde. Dans les quartiers populaires des grandes villes comme dans les montagnes de l’Atlas, à l’Oriental comme dans les oasis, une grande partie de notre jeunesse vit une précarité multidimensionnelle : revenus irréguliers, coût de la vie en hausse, difficulté d’accéder au premier emploi, sentiment d’immobilisme social, manque de visibilité sur l’avenir.
Ce constat ne doit pas nourrir la résignation : il doit nourrir notre engagement. Car la jeunesse marocaine ne demande ni assistance ni privilège ; elle réclame la possibilité d’agir, d’innover, de créer, de contribuer pleinement au développement du pays.
Laisser s’installer une fracture générationnelle et territoriale serait une faute démocratique et un risque majeur pour la cohésion nationale.
Les orientations royales sont claires : territorialiser les politiques publiques, améliorer leur cohérence, fluidifier leur exécution et replacer la dignité économique du citoyen au centre de toute réforme.
Cette vision, profondément ancrée dans notre potentiel, articule progrès économique et progrès social, innovation et inclusion. Mais ce cadre ne peut produire ses effets que si nous acceptons de transformer nos méthodes. Il ne s’agit plus de multiplier des programmes épars ou effets d’annonce décrédibilisant la relation citoyen/institutions.
Il s’agit de refonder les systèmes qui conditionnent leur impact : aligner la formation, l’emploi et l’entrepreneuriat ; impliquer les collectivités et les acteurs de terrain dans la conception des politiques ; valoriser les innovations qui répondent à des besoins réels ; et intégrer la participation citoyenne dans l’évaluation et l’ajustement des dispositifs.
Une telle transformation exige un courage politique authentique, une volonté réelle de redistribution des opportunités, et une gouvernance capable de protéger l’intérêt général des inerties institutionnelles.
Car le défi n’est plus technique. Il est systémique.
La jeunesse marocaine porte un potentiel immense, mais ce potentiel est freiné par des mécanismes institutionnels qui, sans être intentionnellement exclusifs, produisent une exclusion silencieuse : dispositifs d’insertion trop lents et inefficaces, institutions qui ne dialoguent pas, absence de pilotage unifié, programmes territoriaux qui s’empilent sans cohérence, faiblesse persistante de l’exécution locale. Il ne s’agit plus d’ajouter des initiatives à d’autres initiatives : il s’agit de revoir l’architecture de l’action publique. Les jeunes ne demandent ni exception ni traitement préférentiel. Ils demandent simplement un système qui fonctionne.
Pour y répondre, il nous faut une volonté politique alignée avec l’esprit de nos institutions. Le Maroc possède les fondations : Vision royale, Constitution, institutions, cadre de la régionalisation avancée, politique d’État social. Mais il manque encore cette audace structurelle, au niveau de l’action gouvernementale, qui aligne les ambitions nationales avec la réalité vécue par les citoyens.
Cette audace exige un changement de mindset : servir les causes souveraines plutôt que se servir de la chaise.
Elle ne relève ni du slogan ni de la posture ; elle renvoie à une exigence de responsabilité publique alignée sur l’esprit de nos institutions et les attentes des citoyens.
Elle repose sur trois leviers simples et déterminants : placer la dignité économique avant la logique administrative ; instaurer une redevabilité publique claire, région par région ; et garantir que chaque politique publique atteigne réellement celles et ceux qu’elle vise. Il ne s’agit pas de remettre en question l’ambitieux modèle marocain : solide, reconnu et consolidé par les orientations royales. Il s’agit d’en accélérer la mise à niveau, pour que ni l’inertie ni les intérêts particuliers ne freinent les aspirations d’un pays tout entier.
Cette tribune marque ainsi une inflexion : passer d’un constat technique à une lecture structurelle, interroger non seulement ce que nous faisons, mais la manière dont nous organisons notre justice sociale, notre cohérence institutionnelle et notre gouvernance territoriale. Car au-delà des dispositifs, c’est la vision d’un Maroc juste, efficace et profondément attaché à la dignité économique qui doit guider l’action publique. Une dignité qui n’est pas un principe abstrait, mais un pilier de souveraineté ; une justice territoriale qui n’est pas un slogan, mais la première condition de stabilité nationale.
Le moment appelle une nouvelle échelle de lecture : quitter le réflexe fragmenté pour penser l’architecture ; sortir du catalogue de dispositifs pour construire la cohérence ; dépasser la question "comment faire mieux ?" pour poser la seule question qui compte vraiment : "comment réconcilier l’action publique avec les attentes sociales, économiques et territoriales du Maroc d’aujourd’hui ?"
Les prochaines tribunes chercheront à explorer les raisons pour lesquelles certaines défaillances héritées se sont aggravées ces cinq dernières années, affaiblissant l’action publique, et comment y mettre un terme pour préserver la stabilité du pays.
Elles rappelleront que maintenir cette stabilité est un impératif indiscutable !
Que cette stabilité devienne impossible sans une révision franche de l’attitude de certains politiciens, encore déconnectés de l’ampleur des enjeux que le Maroc vient à peine de traverser.
Et la stabilité ne se préserve ni par l’inertie ni par le confort de certains, mais par ce qui fonde notre identité collective : la Tamaghrabit qui rassemble, la Mrouwa qui tranche, et l’El3efa qui protège l’intérêt général.
Elles montreront enfin que l’emploi et l’Empowerment des jeunes ne sont plus des thématiques périphériques, mais des enjeux centraux de souveraineté économique, de cohésion territoriale et de stabilité sociale.
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