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Dr Taoufik Talhaoui

Cadre chercheur au Maroc.

Quelle trajectoire pour le MASI en 2026 ? (1/4)

L’indice MASI, principal baromètre du marché boursier, subit des pressions liées aux prises de bénéfices, au rebond des taux des bons du Trésor et aux tensions géopolitiques internationales, notamment au Moyen-Orient. Dans ce contexte plus incertain. Analyse du Dr. Taoufik Talhaoui, cadre chercheur au Maroc.

Le 16 mars 2026 à 14h59

Après trois années de croissance soutenue, l’indice boursier marocain MASI, principal indice de la Bourse de Casablanca, semble entrer en ce début de l’année 2026 dans une phase d’ajustement et de correction. Cette évolution s’explique par plusieurs facteurs, dont notamment les prises de bénéfices des investisseurs après la forte hausse enregistrée ces dernières années, le rebond des taux des bons du Trésor depuis le début de l’année 2026, qui rend les placements obligataires plus attractifs, ainsi que les tensions géopolitiques internationales, notamment la récente escalade au Moyen-Orient impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran.

Ces éléments contribuent à instaurer un climat d’incertitude sur les marchés financiers et à accentuer la prudence des investisseurs.

L’escalade des tensions au Moyen-Orient entre les États-Unis, Israël et Iran pourrait peser sur l’économie mondiale si elle perdure. La hausse du pétrole, notamment le Brent, ayant déjà franchi les 100 dollars le baril, risque d’alourdir les coûts énergétiques et de ralentir la croissance mondiale.

Les pays importateurs d’énergie, comme le Maroc, seraient particulièrement exposés à ce choc. Une hausse durable du pétrole pourrait ainsi accroître la facture énergétique et fragiliser certains équilibres macroéconomiques du Royaume. Dans ce contexte d’incertitude, la Bourse de Casablanca pourrait subir des pressions baissières, les investisseurs adoptant une attitude plus prudente tant que la crise géopolitique persiste.

Cette étude (Partie 1/4), intervient à la veille de la première réunion trimestrielle de Bank Al-Maghrib en 2026, le mardi 17 mars 2026. Elle se veut un prolongement des analyses déjà développées en 2025 sur Médias24 (Cf. Référence 4 en dessous) et ce, à la lumière des évènements ayant marqué le MASI dernièrement, en intégrant les changements des trois derniers mois. Par ailleurs, l’étude présente le contexte économique national et la conjoncture internationale dans un premier temps, avant d’analyser l’évolution du MASI et les facteurs susceptibles d’influencer son évolution.

La conjoncture internationale et ses répercussions sur l’économie marocaine

 En 2025, l’économie mondiale a évolué dans un environnement marqué par une incertitude géopolitique accrue et un ralentissement modéré de la croissance. Les grandes institutions internationales, dont l’OCDE et la Banque mondiale, continuent de souligner les risques liés aux tensions géopolitiques, à la fragmentation du commerce international et au niveau élevé de l’endettement dans plusieurs économies.

La croissance mondiale devrait rester proche de 3%, avec une dynamique contrastée entre économies avancées et pays émergents. Les échanges internationaux demeurent relativement modérés et l’investissement productif reste prudent, dans un contexte où les entreprises font face à des incertitudes persistantes concernant l’évolution du commerce mondial et des politiques économiques.

Depuis le début de l’année 2026, on assiste à un regain des tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, avec l’escalade du conflit impliquant les États-Unis, Israël et l'Iran. Cette situation ravive les inquiétudes sur les marchés de l’énergie et provoque une hausse des prix du pétrole, notamment le Brent, qui a franchi le seuil des 100 dollars le baril. Par ailleurs, plusieurs tensions économiques et commerciales persistent au niveau international, alimentant la volatilité des marchés financiers et renforçant la prudence des investisseurs. Ces facteurs contribuent au maintien d’un climat d’incertitude sur les perspectives économiques mondiales.

Concernant l’économie marocaine, elle a bénéficié en 2025 d’un cadre macroéconomique globalement favorable. Le reflux progressif de l’inflation, l’amélioration des réserves en devises et la reprise de plusieurs secteurs productifs ont contribué à soutenir l’activité économique. La demande intérieure a demeuré un moteur important de la croissance, appuyée par les investissements publics et privés ainsi que par la poursuite des grands projets d’infrastructures.

Au début de 2026, l’économie nationale continue de montrer des signes de résilience, portée par la dynamique de l’investissement et la reprise graduelle de certains secteurs, notamment l’industrie, les services et le tourisme. Toutefois, cette transition reste marquée par plusieurs défis externes, dont notamment la volatilité des prix de l’énergie et les tensions géopolitiques internationales. Par ailleurs, les exportations marocaines demeurent étroitement liées à l’évolution de la conjoncture chez les principaux partenaires économiques du Royaume, en particulier en Europe. Dans ce contexte, toute décélération de la demande mondiale pourrait se répercuter sur le rythme de croissance des activités exportatrices.

Malgré ces contraintes, l’économie marocaine poursuit son processus d’adaptation et de transformation, soutenu par la diversification progressive de ses secteurs productifs, la montée en puissance de l’industrie exportatrice et la poursuite des réformes structurelles.

Un environnement macroéconomique toujours favorable

Au titre de l’exercice 2025, les principaux indicateurs macroéconomiques au Maroc ont évolué dans un contexte globalement favorable, reflétant la résilience de l’économie nationale et l’amélioration progressive de plusieurs équilibres économiques (Cf. Référence 1 en dessous) :

  • Evolution de la croissance à des niveaux intéressants : Selon les prévisions, la croissance du PIB devrait se situer à 4,7% 2025 et 5% en 2026 ;
  • Maitrise de l’inflation à des niveaux bas : A fin décembre 2025, l’inflation a été contenue à 0,8%, contre 0,9% en 2024 ;
  • Augmentation du déficit budgétaire : A fin décembre 2025, le déficit budgétaire a été réduit à 60,5 milliards de DH, contre 64 milliards de DH en 2024, soit une amélioration d’environ 5%.
  • Evolution des taux des BDT à des niveaux acceptables : Au titre de l’année 2025, les taux des bons du Trésor marocains ont globalement évolué dans un contexte de détente progressive sur les maturités courtes, tandis que les maturités moyennes et longues sont restées relativement stables.
  • Augmentation des recettes en devise : A fin 2025, et par rapport à la même période de 2024, les Avoirs officiels de réserve AOR de devise ont atteint 443,3 milliards de DH, soit une hausse de 18%, vu la croissance des exportations de 2,8%, des recettes de voyages de 20,6 %, des IDE de 74,3 % et des transferts des MRE de 2,6% ;
  • Amélioration de la situation hydrique du Royaume : Le taux de remplissage des barrages a dépassé les 46,6% au 16 janvier 2026, en amélioration de 65% par rapport à la même période une année avant. A la date d’aujourd’hui, ledit taux de remplissage des barrages dépasse les 70%.
  • Recule de la facture énergétique : La facture énergétique a reculé, vu le prix du baril du pétrole Brent qui a oscillé en 2025 autour de la valeur 69 dollars, et un taux de change dollar américain/dirham marocain qui a reculé d’environ 10,0% en 2025 ;
  • Amélioration du taux de chômage : A fin décembre 2025, le taux de chômage s’est stabilisé à 13%, contre 13,3% en 2024 ;

Malgré ces indicateurs macroéconomiques globalement favorables au titre de l’année 2025, les perspectives pour l’année 2026 restent incertaines. En effet, l’environnement économique international est marqué par plusieurs facteurs susceptibles de peser sur l’économie marocaine. Parmi ces facteurs figure notamment la flambée récente des prix du pétrole sur les marchés internationaux, dans un contexte de tensions géopolitiques persistantes, ce qui pourrait entraîner une hausse de la facture énergétique du Royaume.

Par ailleurs, la progression du dollar américain face au dirham marocain ainsi que la remontée progressive des taux des bons du Trésor sur le marché domestique constituent également des éléments de vigilance. Ces évolutions pourraient exercer des pressions sur les équilibres macroéconomiques, notamment à travers l’augmentation du coût des importations énergétiques et du coût de financement de l’économie. Dans ce contexte, l’année 2026 pourrait s’ouvrir sur un environnement économique plus exigeant au Maroc, appelant à une gestion prudente des équilibres budgétaires et financiers.Bas du formulaire

Il va sans dire qu’au cas où l’inflation commencerait à s’installer durablement, la banque centrale marocaine BAM sera dans l’obligation de revoir sa politique monétaire et de réviser à la hausse son taux directeur à partir du deuxième semestre 2026.

Une tendance inquiétante pour le MASI en 2026

 Pour le MASI, l’année 2025 a été globalement favorable, malgré quelques perturbations d’origine externe, notamment la première crise liée aux tarifs douaniers américains ainsi que le premier conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran. L’indice a ainsi atteint un sommet historique le 27 août 2025 à 20.233 points, confirmant la forte dynamique haussière de la Bourse de Casablanca durant cette période.

Depuis ce pic historique, le MASI a toutefois subi des pressions, suite à la succession d’événements qui l’ont conduit à entrer dans une phase de consolidation d’environ six mois, avant d’enregistrer une correction plus marquée en mars 2026. Plusieurs facteurs, tant nationaux qu’internationaux, expliquent cette phase de consolidation puis de repli, parmi lesquels :

  • Les prises de bénéfices après la forte progression enregistrée en 2025 ;
  • Les manifestations de la Génération Z au Maroc, ayant contribué à un climat d’incertitude sur le marché ;
  • Un assèchement de la liquidité sur la Bourse de Casablanca, notamment en anticipation de possibles repositionnements des investisseurs institutionnels sur les OPCI ;
  • Augmentation des rendements des BDT depuis le début de l’année 2026 ;
  • La résurgence des tensions géopolitiques et commerciales internationales, marquée par le retour des frictions sino-américaines autour des tarifs douaniers, la crise du Venezuela, la crise du Groenland, ainsi que le déclenchement d’un second conflit opposant les États-Unis et Israël à l’Iran.

Malgré la correction, le MASI devrait vraisemblablement limiter les dégâts en 2026, avant de repartir à la hausse (à l’instar de ce qui s’est passé lors de la crise sanitaire du Covid-19 et de la guerre Ukrainienne). Cette thèse s’explique par les perspectives de l’économie nationale toujours favorables, en comparaison aux dernières corrections du MASI à savoir celles en réaction à la crise sanitaire et la guerre Ukrainienne (Cf. Référence 2 en dessous), mais aussi par la tendance de la bourse de Casablanca à jouer un rôle central dans l’investissement et le développement économique du pays. Plusieurs éléments plaident en faveur d’un rebond de l’indice MASI avant la fin de l’année 2026, et potentiellement le deuxième semestre. Parmi ces éléments, on peut citer :

  • Les volumes importants de l’épargne national mobilisés et les taux de souscriptions observés lors des dernières introductions en Bourse (IPO) et augmentations de capital, notamment les valeurs TGCC et SGTM ;
  • Le retour progressif de la confiance à la place financière de Casablanca, et par les émetteurs et par les investisseurs, et l’afflux de plus en plus important des particuliers, pour investir à la Bourse de Casablanca ;
  • Les révisions en cours du cadre légal régissant l’écosystème de la place financière de Casablanca, dans une dynamique visant à favoriser son intégration progressive au cercle des marchés émergents “Emerging Markets”.

Coté performance opérationnelle des sociétés cotées, celles-ci ont réalisé un chiffre d'affaires CA global de 360,4 MMDH en 2025, en augmentation de 10% par rapport à 2024. Le secteur des BTP a enregistré un CA additionnel de 11,7 MMDhs (+ 28,2%), suivi par le secteur minier qui a généré un CA excédentaire de 5,4 MMDH (+51,9%). Le secteur bancaire arrive quant à lui en troisième position avec un CA supplémentaire de 4,8 MMDH (+5,3%). De son côté le secteur de la distribution a contribué au CA excédentaire par un montant de 4,3 MMDH (+15,8%). Enfin, le secteur de la santé qui a généré un excédent de 1,7 MMDH (+45%). Concernant la dette hors financière des sociétés cotées en 2025, celle-ci s’est établie 65,2 MMDH en augmentation de 4,2% par rapport à 2024. Quant au CAPEX desdites sociétés en 2025, il a progressé pour atteindre 30,9 MMDH, soit une croissance de 10,3% (Cf. Référence 3 en dessous).

Concernant la performance du MASI, celle-ci a connu une grande croissance en atteignant le niveau de 27,57% à fin décembre 2025. Plusieurs secteurs ont contribué à cette performance, notamment les mines, l’industrie pharmaceutique, les banques, le BTP, et l’ingénierie et biens d’équipements industriels.

En conclusion, malgré la bonne performance enregistrée en 2025, et en dépit des fondamentaux de l’économie marocaine globalement solides, ainsi que de la santé financière relativement robuste des sociétés cotées à la Bourse de Casablanca, l’indice boursier marocain MASI pourrait connaître une tendance baissière durant une grande partie de l’année 2026.

Cette évolution resterait conditionnée par la persistance des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, dont la prolongation au-delà des attentes pourrait accentuer l’incertitude sur les marchés financiers. Par ailleurs, des difficultés éventuelles de l’État marocain à mobiliser les ressources budgétaires nécessaires pour honorer ses engagements sociaux et financer les grands projets structurants liés à la préparation de la FIFA World Cup 2030 pourraient également exercer des pressions supplémentaires sur la confiance des investisseurs et sur l’évolution du marché boursier.

Quel canal pour l’évolution du MASI début 2026 ?

Le graphique ci-dessous (Graphique 01) montre clairement un changement de tendance du MASI entre 2025 et le début de 2026 :

  • Une forte tendance haussière en 2025 : Durant l’année 2025, le MASI a évolué dans un canal ascendant bien défini (zone verte).
    • L’indice est passé d’environ 14.500–15.000 points à plus de 20.000 points, atteignant même un record historique autour de 20.340 points en août 2025.
    • Cette phase a été marquée par une progression régulière, avec des corrections limitées et un sentiment de marché très favorable.
  • Un retournement de tendance à partir de l’automne 2025 : À partir du dernier trimestre 2025, le marché sort du canal haussier et entre dans une phase de consolidation puis de correction.
    • Le sommet proche de 20.000 points constitue un point de retournement.
    • Depuis ce niveau, l’indice évolue dans un canal baissier (zone orange), caractérisé par des sommets et creux de plus en plus bas.
  • Début 2026 : un marché volatil et orienté à la baisse : Au début de 2026, le MASI poursuit cette phase corrective :
    • L’indice se situe autour de 17.100–17.200 points en mars 2026, soit un recul notable par rapport aux sommets de 2025.
    • Plusieurs séances ont été marquées par de fortes fluctuations, avec par exemple une baisse hebdomadaire d’environ -5,75% dans un contexte géopolitique tendu et de hausse des prix de l’énergie.
    • Des rebonds techniques apparaissent ponctuellement, mais ils restent contenus dans le canal baissier.

Lecture technique du graphique : Techniquement, trois éléments ressortent :

  • Rupture du canal haussier 2025 → signal de fin de tendance.
  • Formation d’un canal baissier en 2026 → phase de correction / consolidation.
  • Zone de support autour de 16.000–17.000 points, testée à plusieurs reprises.
Quelle trajectoire pour le MASI en 2026 ? (1/4)
Graphique 01 : Evolution du MASI depuis le début de 2025.

Références :

Par
Le 16 mars 2026 à 14h59

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