RAPATRIONS-LES
Depuis le début de la crise pandémique, le Maroc a montré une étonnante résilience : d’abord la formidable mobilisation et l’esprit de responsabilité de la société civile, ensuite la rapidité et la justesse d’analyse quand il s’agissait de prendre des décisions cruciales pour l’endiguement : fermetures des espaces publics, télétravail généralisé -mesure inédite au Maroc- et puis la délicate fermeture des frontières. Si l’opinion publique a très largement salué ces actions de souveraineté, depuis l’étranger le lockdown est vécu tel un abandon par 18.055 hommes et femmes.
18.055, c’est le nombre de nos compatriotes coincés à l’extérieur du Royaume. Ils sont salariés en mission, détenteurs de visa court séjour pour motif médical, touristes, ou désireux de rendre visite à leur famille. Ils demandent un retour au pays depuis le 15 mars dernier.
Bien sûr, exceptionnelle et irrationnelle, cette crise provoquée par l’infiniment petit, balaye tous les dogmes que nous faisons de la gestion des crises. Mais insister sur la singularité́, c’est se refuser à tirer des leçons et agir.
Pourtant, les questions du rapatriement peuvent être pensées également en amont, comme tout ce qui concerne les infrastructures critiques, fonctions vitales et métiers essentiels. Or dans cette crise, l’on n’a pas saisi l‘avantage qu’offre le réflexe habituel du pouvoir, à savoir s’arroger la responsabilité d’assurer seul, la protection de la population en temps de crise. Ce réflexe se traduit de deux façons : une centralisation de la décision autour du Chef de l’État ainsi que la mobilisation et l’opérationnalisation des services du très efficace Ministère de l’Intérieur.
Autrement dit, nous pouvons agir vite, et efficacement, pour ramener nos compatriotes bloqués principalement en Europe et au Golfe.
Le Maroc doit rapatrier ses ressortissants car c’est une question de citoyenneté, de droit et d’humanisme.
La citoyenneté d’une part. Car être Marocain, c’est non seulement appartenir à un collectif singulier et une destinée commune qui légitime l’Etat-nation, mais c’est ce sentiment d’être détenteur d’une protection dès que l’on quitte le territoire national, et que notre sécurité est menacée.
C’est une question de droit ensuite, car d’un point de vue strictement juridique, l’article 24 de la Constitution énonce que tout Marocain est libre « de circuler et de s’établir sur le territoire national, d’en sortir et d’y retourner conformément à la loi ». Et enfin, il s’agit d’humanisme, car c’est ce qui fonde aussi, les socles de notre société solidaire.
Le Maroc a passé la phase critique de l’impréparation provoquée par la fulgurance de la pandémie : Confinement jusqu’ici réussi et respecté, production nationale de masques et de respirateurs, hôpitaux non saturés et les tests sont en constante augmentation. Rapatrier 18.000 compatriotes doit donc désormais être une priorité nationale pour que leur sort ne reste pas la tâche noire de la gestion de la crise, lors du « jour d’après ».
Impossible n’est pas marocain : rapatrier 18.055 Marocains en un jour
Le pays dispose de la capacité logistique, sanitaire et humaine. La flotte de la compagnie nationale dispose de plus de 50 avions dont une quarantaine de Boeing 737 NG disposant d’un rayon d’action suffisant pour toucher la plupart des capitales européennes et ouest africaines, ainsi que 9 longs courriers pour aller chercher les centaines de ressortissants bloqués dans les pays du Golfe. Un 737 peut tout à fait opérer 2 allers-retours en 24 heures, donc 2 rapatriements, avec une moyenne de 170 passagers par avion. Sans restriction horaire ni aéroportuaire, ou de maintenance, mais un briefing spécifique des équipages avec des mesures de protection appropriées. Notre diplomatie, elle, s’assurera de la pleine coopération des autorités et des aéroports des pays concernés.
Les ambassades ont été déjà mobilisées (efficacement), afin de recenser les Marocains désireux de rentrer et dispose de données précises sur l’âge, l’état de santé ainsi que le lieu de résidence au Maroc. Le tracking se fera plus facilement une fois au Maroc après avoir passé 14 jours d’isolement dans des hôtels qui seront réquisitionnés pour l’opération.
La densité de notre expertise institutionnelle dans le champ de la logistique et le transport est parmi les plus conséquentes en Afrique : agences, office de tourisme, instituts techniques, sociétés savantes, ordres professionnels, etc. Ces structures peuvent s’organiser pour fournir des avis pour faire de ce rapatriement un autre exemple de la résilience marocaine.
Profiter de la crise pour changer de doctrine
De fait, la crise actuelle appelle à revoir notre définition de ce qui fait société ; et par voie de conséquence, notre conception de ce qu’est être Marocain. Nous vivons sans doute un moment de concorde nationale jamais vu depuis la Marche Verte en 1975. Saisissons donc cette parenthèse pour repenser notre doctrine de l’extraterritorialité de l’État-nation protecteur et les organismes dédiés aux Marocains de l’extérieur.
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