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Un nouveau modèle marocain pour 2030 : identité, solidarité, innovation et résilience

Le Maroc est face à un tournant historique : transformer un événement sportif en levier de développement global. Ce rendez-vous doit être l’occasion de bâtir un modèle de modernité enraciné dans l’identité nationale, mobilisant la diaspora, le capital humain et les ressources naturelles, pour conjuguer ouverture et souveraineté.

Le 26 août 2025 à 11h45

À l’horizon du Mondial 2030, le Maroc se trouve à la croisée des chemins, confronté à l’opportunité exceptionnelle d’un rayonnement international tout autant qu’à la responsabilité impérative de définir un modèle de développement fermement enraciné dans ses spécificités culturelles, identitaires, religieuses et territoriales, résolument alternatif à une conception occidentale uniforme et souvent hors sol.

Mondial 2030 : moteur de modernité

Il s’agit d’incarner une trajectoire de modernité authentique, nourrie de notre héritage amazigh, africain, andalou et méditerranéen. Une modernité qui ne soit pas une rupture mais un prolongement, où chaque projet urbain, chaque politique publique, chaque orientation économique intègre la pluralité des langues, des traditions, des modes de vie, des rapports au sacré, et des formes d’organisation collectives héritées de nos terroirs.

Cela exige que l’urbanisme respecte l’identité régionale, que l’éducation valorise simultanément l’arabe classique, le dialectal et l’amazighe, que le patrimoine matériel et immatériel – médinas, artisanat, musique, gastronomie, savoir-faire – soit mobilisé dans une démarche de valorisation culturelle contributive.

Dans ce cadre, l’organisation conjointe, avec l’Espagne et le Portugal, de la Coupe du monde 2030 doit être perçue non pas uniquement comme un événement sportif, mais comme un catalyseur du progrès multidimensionnel. Mais la dynamique ne peut porter ses fruits que si elle s’inscrit dans une vision structurante qui dépasse la simple infrastructure événementielle pour constituer un projet de transformation sociale, économique, culturelle, environnementale et politique à long terme.

Diaspora et capital humain

Le premier levier essentiel est la diaspora, dont la force dépasse de loin les flux de transferts financiers – qui représentent pourtant plus de dix pour cent du PIB annuel – puisqu’elle incarne une réserve de talents, de réseaux, d’innovations, d’expertises, notamment en technologies vertes, entreprenariat social, savoirs techniques, ainsi qu’une porte d’accès aux marchés internationaux et une tribune de notre culture dans le monde.

Pour mobiliser ce potentiel, il est impératif de créer des cadres institutionnels sécurisés pour l’investissement, d’instaurer des mécanismes de co-développement ciblés vers les régions d’origine, de tisser des passerelles professionnelles et académiques facilitant les retours temporaires ou permanents, afin que la diaspora ne soit pas seulement contributrice financière, mais actrice et partenaire du projet national.

En parallèle, le capital humain doit occuper le centre de toute stratégie, non seulement comme ressource pour la croissance, mais comme moteur de créativité sociale et économique. Cela suppose une réforme profonde du système éducatif visant l’excellence inclusive : renforcer les formations techniques et scientifiques dans les domaines stratégiques que sont les énergies renouvelables, l’agriculture durable, l’ingénierie, l’information, tout en préservant un enseignement des humanités et des langues nourrissant l’identité ; encourager la recherche et l’innovation par des partenariats université-entreprise, tout en réduisant les écarts d’accès entre les zones urbaines et rurales ; et, surtout, former non pas uniquement pour occuper un emploi, mais pour créer, entreprendre, inventer.

Ce faisant, le Maroc préparera une génération capable de proposer des solutions propres à ses défis, plutôt que d’en importer mécaniquement les modèles.

Défis démographiques et environnementaux

Cette stratégie doit également intégrer la mutation démographique que connaît le pays, caractérisée par un recul rapide du taux de fécondité – qui a décru de plus de cinq enfants par femme dans les années 1980 à environ 1,97 aujourd’hui –, couplé à une espérance de vie en hausse (avec une moyenne avoisinant 76 ans), ce qui induit un vieillissement progressif de la population, avec une part des plus de 60 ans qui pourrait dépasser le quart d’ici 2050.

L’Occident a largement eu recours aux maisons de retraite pour répondre à cette tendance, mais ce modèle heurte notre tissu social ; mieux vaut se souvenir de la mise en garde de feu S. M. le Roi Hassan II : "Le jour où l’on ouvrira la première maison de retraite au Maroc, notre société sera en voie de disparition", car la solidarité intergénérationnelle et l’institution familiale constituent en profondeur le socle de la cohésion nationale.

Une approche plus adaptée implique donc le développement de la médecine gériatrique, des soins à domicile, des centres de jour intergénérationnels associant activités culturelles, médicales, sociales, des dispositifs de formation et de soutien aux aidants familiaux, ainsi que des mécanismes de financement mutualisés, voire inspirés de la zakat ou du waqf modernisé ; un modèle qui valorise la famille sans renoncer à la qualité et à la dignité des soins.

À cette donnée démographique s’ajoute un défi environnemental structurant : le stress hydrique. Avec moins de 650 mètres cubes d’eau par habitant et par an, le Maroc est déjà en situation de pénurie sévère. Les projections climatiques aggravent cette situation par la diminution des précipitations, la désertification croissante et l’augmentation de la demande liée à l’urbanisation et au tourisme. La gestion de l’eau ne peut donc être traitée comme un simple problème technique ; elle doit devenir un enjeu de souveraineté culturelle.

Les réponses doivent donc être systématiquement intégrées dans une politique nationale : développement du dessalement alimenté par des sources d’énergies renouvelables, généralisation de la réutilisation des eaux usées traitées pour l’irrigation et la recharge des nappes, réduction drastique des fuites dans les réseaux – qui peuvent atteindre plus de 30% –, réorientation de l’agriculture vers des cultures résilientes et moins gourmandes en eau, valorisation des savoirs traditionnels de gestion hydrique dans les oasis et zones rurales, et, enfin, intégration, notamment dès le primaire, d’une éducation à la sobriété hydrique, c’est-à-dire à la conscience de la rareté comme valeur.

C’est là un chantier aussi technique que culturel, mobilisant les sciences, la technique, l’éducation et la culture.

Héritage durable et gouvernance

Le Mondial 2030 doit être mis à profit pour impulser cette politique de gestion intégrée des ressources naturelles : les infrastructures érigées doivent être écologiques, les stades conçus selon une logique durable, les transports collectifs renforcés et bas carbone, les investissements pensés de manière équilibrée entre métropoles et territoires plus fragiles, afin que l’événement ne produise aucune superstructure isolée mais une cohérence d’ensemble.

Parallèlement, le tourisme induit doit être orienté vers des circuits valorisant non seulement les célèbres cités impériales mais aussi les terroirs, du Haut Atlas à l’arrière-pays rural, des oasis aux zones sahariennes, en mettant en avant les pratiques culturelles, artisanales, gastronomiques et naturelles. Cette stratégie doit être accompagnée d’un effort de professionnalisation dans des secteurs connexes – logistique, sécurité, restauration, animation culturelle – en s’appuyant sur une formation spécialisée créée à cet effet, en faisant notamment appel à la diaspora pour participer à la conception, à l’organisation, à la promotion et au financement des retombées de l’événement.

L’héritage du Mondial doit ainsi être conçu comme un pacte durable pour l’avenir, au service d’une cohésion sociale accrue, d’une hausse de la compétitivité, de la modernisation des infrastructures, de la préservation de nos ressources naturelles, et, surtout, de l’affirmation de notre singularité culturelle et spirituelle dans un monde globalisé.

Pour cela, la gouvernance doit être inclusive : elle doit associer l’État, les collectivités territoriales, la société civile, le secteur privé, les universités, la diaspora, dans une démarche de dialogue et de transparence. Il ne s’agit en rien de renoncer au progrès technologique, économique et social, mais de l’"approprier", de le filtrer, de l’insérer dans notre projet collectif, afin que chaque réforme trouve sa légitimité dans son adéquation à nos valeurs, à notre identité, à nos objectifs.

Un Maroc capable de concilier modernité et tradition, efficacité économique et justice sociale, ouverture au monde et souveraineté culturelle, solidarité entre ses générations, innovation durable, gestion raisonnée de ses ressources et mobilisation intégrale de tous ses talents, y compris ceux établis à l’étranger, démontreront que les pays du Sud peuvent inventer leur propre voie de développement, cohérente, résiliente, intégrante.

Si ces orientations sont traduites en politiques publiques concertées et soutenues, le Mondial ne sera pas un événement éphémère, mais l’amorce d’une ère nouvelle, incarnée dans un modèle marocain de développement renouvelé, lucide et ambitieux, au service des femmes et des hommes du Royaume, ancré dans leur histoire, capable de relever les défis à venir, de faire rayonner ses valeurs, et de renforcer sa place légitime et souveraine dans l’ordre mondial.

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Le 26 août 2025 à 11h45

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